#MeTooAmnesie : des victimes de violences sexuelles brisent le silence sur l'amnésie traumatique qu'elles ont subie

Manifestation contre les violences sexuelles sur les mineurs, à Ajaccio le 5 juillet 2020.

METOOAMNESIE - Sur les réseaux sociaux, de nombreuses personnes ont évoqué une période pendant laquelle elles n'avaient pas conscience des violences subies. À travers ce mouvement, les associations réclament la suspension du délai de prescription dans le cas d'un viol sur mineur.

Le mouvement #MeTooAmnesie a été lancé sur les réseaux sociaux dimanche 21 février. De nombreuses victimes d'inceste ou de pédocriminalité ont commencé à témoigner de l'amnésie traumatique qu'elles ont subie. De quoi parle-t-on ? Il s'agit d'un phénomène psychotraumatique mis en place par le cerveau en situation de stress extrême. En d'autres termes, c'est une période pendant laquelle une personne n'a pas conscience des crimes qu'elle a subis. 

#MeTooAmnesie se place dans le sillage de #MeTooInceste, caractérisé par une déferlante de témoignages de victimes. Un phénomène encouragé par le récit de Camille Kouchner qui accuse son beau-père Olivier Duhamel d'inceste sur son beau-fils dans son ouvrage La Familia grande.

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Combien d'individus sont concernés par l'amnésie traumatique ? Selon l'association "Moi aussi amnésie" - à l'origine du mouvement lancé sur Twitter - entre 40 et 60% des victimes de pédocriminalité et d'inceste sont affectées par ce mécanisme neurologique. "Violée à cinq ans par un cousin de 39 ans pendant des vacances d'été. 32 ans d'amnésie traumatique. Ma plainte a été classée sans suite en raison de la prescription." Derrière ce témoignage, la voix de Mié Kohiyama, présidente de "Moi aussi amnésie". Avec elles, de centaines de victimes ont levé le voile sur cette question. 

Certaines racontent la sensation ressentie lorsqu'elles étaient sous le coup de ce mécanisme de défense entraînant l'oubli - qui peut être total ou partiel. "J'ai de grosses pertes de mémoire de mon enfance. Certains passages sont flous d'autres inexistants et pourtant je sais qu'il s'est passé des choses. J'ai des peurs, des bruits, des sensations désagréable qui reviennent des fois", raconte une internaute. Et parfois, la résurgence des souvenirs peut se manifester d'une façon violente pour les victimes. "Tout m'est revenue à la figure lorsque je suis sortie avec quelqu'un qui était comme mon bourreau : anorexie, trouble panique et autres troubles que je me trimballe encore aujourd'hui", poursuit-elle. 

Les associations réclament l'imprescriptibilité

Briser le silence peut donc prendre des années. Voir des décennies. Mais les victimes n'ont pas toujours le temps. " 35 ans d’amnésie traumatique. Je n'ai jamais pu déposer plainte", reprend une internaute. Avec la loi actuelle, les crimes sexuels sur mineurs sont prescrits 30 ans après que la victime a atteint sa majorité. Cette législation constitue un obstacle pour recourir ensuite à la justice selon les associations. "Ce mécanisme neurologique est un pilier de l'impunité de la pédocriminalité et de l'inceste", écrit l'organisation "Moi aussi amnésie" sur Twitter. 

Les organisations représentant les victimes de violences sexuelles réclament la suspension du délai de prescription. L'objectif est de donner la possibilité aux individus concernés de voir leur plainte prise en compte au moment où les souvenirs reviennent. "Si la victime a des éléments de preuves, si elle pense avoir le droit d'être reconnue comme victime, la justice ne peut pas lui dire trop tard. C'est la pire des réponses", reprend l'association sur sa page Twitter.

Certaines victimes parlent même de "chance" lorsqu'elles ont encore le temps de porter plainte après une amnésie traumatique. Comme la comédienne et écrivaine Andréa Bescond - réalisatrice du film Les Chatouilles. L'artiste de 41 ans écrit dimanche : "Violée à neuf ans. Je suis sortie de l'amnésie traumatique à 17 ans. J'ai porté plainte à 23 ans. C'était long et difficile, je n'étais pas prête psychologiquement mais je l'ai fait. J'ai eu de la chance."

Andréa Bescond n'est pas la seule à évoquer la "chance"." Violée de mes 3 ans à mes 12 ans. 20 ans d'amnésie traumatique. J'ai de la chance, je suis sortie d'amnésie à temps, je peux porter plainte. Devons-nous compter sur la chance ?" écrit une internaute en interpellant le président Emmanuel Macron et le garde des Sceaux Eric Dupont-Moretti. Le mouvement MeTooAmnesie comprend aussi la patineuse Sarah Abitbol ou la psychiatre Muriel Salmona, qui demandent aux pouvoirs publics de se saisir de la question de l'amnésie traumatique.

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Et justement que fait l'exécutif à ce sujet ? À l'issue de plusieurs consultations réalisées avec les associations sur ce sujet, le garde des Sceaux s'est engagé début février à "faire évoluer la loi". La piste envisagée ? L'instauration d'une "prescription réactivée" ou "échelonnée". Par exemple, si un individu commet des violences sexuelles sur cinq personnes et que les faits sont prescrits pour quatre, alors ces derniers pourraient néanmoins déposer plainte.

Par ailleurs, l'Assemblée nationale a adopté jeudi, à l'unanimité, une proposition de loi qui fixe à 15 ans le seuil de non-consentement et 18 ans en cas d'inceste. 

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