Métro, RER... Pourquoi il pourrait devenir moins facile de frauder

Métro, RER... Pourquoi il pourrait devenir moins facile de frauder

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TRANSPORTS – Dans son rapport annuel, la Cour des comptes souligne les résultats décevants des mesures anti-fraude dans les transports en commun d'Ile-de-France, alors que le manque à gagner pour la SNCF et la RATP dépasse 360 millions d'euros. De nouvelles actions sont cependant envisagées pour réduire fortement ce phénomène.

Un manque à gagner qui pèse toujours très lourd. Dans son rapport annuel présenté mercredi, la Cour des comptes souligne une nouvelle fois le poids de la fraude pour la SNCF et la RATP en Ile-de-France, relevant que si des efforts réels ont été consentis, leurs résultats sont "décevants". Citant des chiffres de 2013, l'institution de la rue Cambon révèle que le coût de la fraude pour la SNCF et la RATP s'élève à 366 millions d'euros, dont 118 millions pour la seule lutte contre ce phénomène d'ampleur.

Le manque à gagner pour la RATP est notamment en constante augmentation entre 2010 et 2013, souligne la Cour, qui note des situations différentes selon la structure du réseau. Entre 2011 et 2014, bus et tramway ont enregistré une dégradation substantielle en matière de fraude, tandis que les choses se sont améliorées sur les réseaux fermés (métro et RER).

Multiplier le nombre de contrôleurs

Une tendance confirmée à metronews par la régie de transports parisienne, qui rapporte pour 2015 un taux de fraude sur son réseau fermé d'environ 3%, contre 11,9% sur le réseau de surface, "en baisse pour la première fois depuis 2012". La SNCF, elle, a enregistré une baisse notable du taux de fraude sur son réseau transilien, celui-ci passant de 5,3% en 2010 à 2,5% en 2014. Une diminution que la Cour attribue toutefois, principalement, à la fusion des zones tarifaires 5 et 6 en 2011, puis au dézonage récent du Pass Navigo.

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Pour contrer le phénomène, les deux sociétés de transport assurent poursuivre leurs efforts. La RATP affirme multiplier et diversifier ses méthodes de contrôle, notamment en augmentant le déploiement de petites équipes de contrôleurs en civil. A l'instar de la RATP, la SNCF vient, pour sa part, de mettre en place l'amende à 5 euros pour les usagers étourdis qui oublient de valider leur titre de transport. Plus probant, le projet d'assermentation de la compagnie ferroviaire, qui prévoit de permettre aux agents en gare - notamment en charge de l'accueil et du renseignement des voyageurs, identifiables par les uniformes SNCF - de verbaliser les fraudeurs. Courant 2016, 500 volontaires doivent expérimenter la mesure qui, à terme, pourrait multiplier par huit le nombre de contrôleurs de la SNCF.

Renforcer le contrôle d'identité des fraudeurs

En outre, un vaste plan d'installation de portiques d'accès a été lancé pour les gares franciliennes de la SNCF encore ouvertes (50% de l'ensemble des gares du réseau d’Île-de-France). D'ici 2019, plus que 10% des usagers, contre 20% aujourd'hui, passeront encore par une gare non contrôlée, affirme la compagnie. Un projet de 27 millions d'euros qui concerne notamment la gare Saint-Lazare (et non Austerlitz, comme indiqué précédemment). De loin le chantier le plus ambitieux de la SNCF, toujours à la recherche d'un dispositif de contrôle des titres de transport capable d'absorber, sans trop de perturbations, le flux de voyageurs d'une gare comme celle du nord de Paris.

Mais les deux sociétés de transport ne sont pas les seules à être concernées par la lutte contre la fraude, juge la Cour des comptes mercredi. "L'échec constaté en ce domaine n'est pas seulement celui des entreprises, mais aussi celui de l'action publique", relèvent ainsi les juges, incitant l'Etat à s'engager aux côtés des acteurs privés. Ils appuient ainsi les mesures permettant d'assurer un contrôle fiable des identités des fraudeurs, alors que plus d'un PV sur deux n'est pas recouvert par la RATP et la SNCF. A ce titre, une proposition de loi sur la fraude et la sécurité dans les transports a été adoptée le 28 janvier par les sénateurs. L'un des amendements adopté oblige les passagers à avoir un document d'identité sur eux lorsqu'ils ne disposent pas d'un titre de transport valable, et de permettre aux transporteurs d'exiger des titres de transport nominatifs. Une disposition pour l'instant bloquée par la Commission nationale de l'informatique et des libertés (CNIL).

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