Métro, RER : y a-t-il un problème avec la gestion des colis suspects ?

Métro, RER : y a-t-il un problème avec la gestion des colis suspects ?

TRANSPORT - A la suite d'un préavis déposé par les syndicats CGT, FO, Sud et Unsa, 233 conducteurs de la ligne A du RER sont en grève aujourd'hui. Ils pointent des "consignes managériales inadaptées et dangereuses lors du traitement des objets abandonnés". Metronews fait le point.

Jeudi matin, ligne 3. Les passagers arrivent, s’entassent sur le quai, à l’arrêt Gambetta. Le métro tarde. Au haut-parleur, une voix annonce qu’en raison d’un colis suspect à Bourse, la circulation est coupée entre République et Opéra. Soupirs. Parfois, énervement. Malgré tout, un métro, déjà bien plein, arrive. Et repart, mais stationne longtemps, de plus en plus longtemps, à chaque arrêt. Alors forcément, à République, tout le monde sort et c'est l'entonnoir dans les couloirs.

Depuis les attentats du 13 novembre, ce genre d’incident est quotidien. Le signalement des colis suspects a en effet été multiplié par quatre : chaque jour, une petite quinzaine sont signalés sur l’ensemble du réseau, dont 6 à 7 pour les métros et les RER. Coïncidence ou pas, ce même jeudi, les conducteurs du RER A sont en grève. Les syndicats de la RATP estiment que justement, la direction ne prend pas assez au sérieux le traitement des colis suspects. Dans un communiqué publié lundi, l’Unsa, CGT, SUD et FO pointent des "consignes managériales inadaptées et dangereuses lors du traitement des objets abandonnés".

"Il ne faut pas minimiser les risques"

"On est vraiment en colère", explique à metronews Pascal Lepetit, secrétaire adjoint de SUD RATP. "La ligne A est la plus chargée d’Europe. La régularité est une prouesse de chaque jour, et quelques fois, cela vire à l’obsession, avec un comportement de la direction qui est dangereux." D’après le syndicaliste, la RATP "met la pression à des conducteurs pour entrer dans des gares et ne pas retarder les trains, alors qu’on sait qu’un colis suspect a été identifié. On est conscient que le fait d'arrêter les trains peut être pénalisant pour les passagers. Mais il ne faut pas non plus minimiser les risques."

Ce qui a mis le feu aux poudres ? Le dimanche 24 novembre dernier, à la Défense en fin d’après-midi, "un colis suspect avait été identifié, et malgré tout, on a demandé au conducteur d’entrer en gare", explique Pascal Lepetit. "Le colis signalé était sur le quai d’en face, distant d’une dizaine de mètres. Dans un RER, il y a 3000 personnes par rame. Vous imaginez une explosion ? On l’a très mal ressenti." Le secrétaire adjoint cite aussi l’exemple d’agents d’encadrement "qui vont prendre des risques inconsidérés" pour "plaire à leur direction" : "Il est arrivé à des agents d’aller ouvrir une valise, pour voir si c’était dangereux ou non". Le tout s’ajoute à un climat déjà pesant. Rames bondées, sous-sol, antécédents des attentats de Saint-Michel… Les transports en commun offrent un cocktail particulièrement anxiogène. "Les passagers sont méfiants, et n’ont qu’une hâte, sortir du métro. Le conducteur, lui, est enfermé dans son train toute la journée."

En moyenne, 42 minutes d'interruption de trafic

Pour apaiser tout ça, les syndicats demandent une "clarification des règles et des procédures pour les conducteurs, mieux calées avec la préfecture de police". Des discussions sont déjà en cours depuis le début de la semaine avec la direction. La RATP relaie déjà sur son site la procédure à suivre en cas de colis suspect, en lien avec la préfecture de police. "Il peut s’agir d’un objet abandonné. L’agent de station va observer. S’il a un doute, une équipe de police est appelée sur place", précise la RATP à metronews. "On s’en remet entièrement à leur décision : ils évaluent l’objet, en fonction ils demandent la fermeture du trafic ou de la station, ou non." Le temps d’évacuer la station, de faire intervenir une équipe de déminage… En moyenne, chaque colis déclaré suspect génère 42 minutes d’interruption de trafic. Les syndicats doivent décider ce jeudi, à l'issue de leur journée de grève, de la poursuite ou non du mouvement sur le RER A.

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