Migrants de Calais : l'Angleterre est-elle responsable de la crise ?

Migrants de Calais : l'Angleterre est-elle responsable de la crise ?
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FACT CHECKING - Alors que 1700 migrants ont encore tenté, dimanche soir, de traverser le tunnel sous la Manche pour entrer au Royaume-Uni, plusieurs personnalités politiques estiment que Londres ne fait pas assez d'efforts. Qu'en est-il exactement ? Eléments de réponse.

Le ton monte entre la France et le Royaume-Uni. Depuis quelques semaines, le nombre d'immigrés tentant de traverser clandestinement le tunnel, sous la Manche a fortement augmenté. Dans la seule nuit de dimanche à lundi, 1700 tentatives ont ainsi été déjouées par les forces de l'ordre autour de l'entrée du tunnel. Une situation intolérable, qui pousse nombre de personnalités politiques françaises à demander un effort aux Britanniques.

Xavier Bertrand, député de l'Aisne, a ainsi menacé de remettre en cause le traité du Touquet , qui définit les responsabilités en termes d'immigration de Londres et Paris. "On n'a pas besoin d'être expert en géographie pour bien comprendre que la frontière anglaise est à Douvres et pas à Calais", a-t-il reproché sur iTélé, regrettant que la France "fasse le travail des Anglais à la place des Anglais". Un avis également partagé par François Bayrou, qui a estimé sur Europe 1 que "la France joue les gardes-frontières pour la Grande-Bretagne".

Ce que prévoit le traité du Touquet

Signé en 2003 par les deux pays, le traité du Touquet prévoit en effet que les contrôles d'immigration se fassent avant de quitter le pays, c'est-à-dire en France pour ceux qui veulent rejoindre le Royaume-Uni et vice-versa. Dans la mesure où très peu de clandestins veulent franchir le tunnel dans le sens Douvres-Calais, c'est surtout de ce côté de la Manche que les forces de l'ordre sont mobilisées pour surveiller les immigrés.

Ce déséquilibre entre les deux pays explique que beaucoup, Xavier Bertrand en tête, estiment que la frontière entre la France et le Royaume-Uni se trouve à Calais, et non pas à Douvres. D'autant que les accords bilatéraux qui ont suivi celui du Touquet, en 2009, 2010 et 2014, ont encore renforcé cet état de fait : ils prévoyaient que la Grande-Bretagne finance les contrôles et la sécurisation des zones de transit, laissant à Paris le soin de surveiller les abords du tunnel sous la Manche.

Le Royaume-Uni, un eldorado, vraiment ?

Si autant de clandestins tentent chaque soir de passer entre les mailles de la sécurité, c'est parce qu'ils voient Londres comme un véritable eldorado. "Pourquoi veulent-ils aller en Angleterre? Car il y a du boulot et surtout vous pouvez bosser là-bas sans papier d’identité. Il n' y a pas de carte d’identité en Angleterre", expliquait la semaine dernière Xavier Bertrand. Il est vrai qu'avec un taux de chômage de 5,6 % contre 10 % en France et une croissance très supérieure à celle de ses voisins, la santé économique du Royaume-Uni a de quoi faire des envieux. Et même si, contrairement à ce qu'avance le député Les Républicains, les immigrés outre-Manche doivent bien présenter des papiers d'identité à leur employeur, "il est encore trop facile de travailler illégalement" en Grande-Bretagne, a reconnu David Cameron.

Cameron promet plus de moyens

Sous la pression, le Premier ministre britannique a promis ce week-end d'envoyer "davantage de clôtures, plus de ressources, plus d'équipes avec des chiens renifleurs", qui viennent s'ajouter aux 10 millions d'euros alloués la semaine dernière pour renforcer la sécurité du site d'Eurotunnel. Des moyens qui pourraient permettre d'endiguer le flot d'immigrés tentant de rejoindre Londres, mais qui ne résolvent pas le problème : depuis le début de l'année, d'après l'agence de surveillance des frontières européennes Frontex, quelque 81.500 migrants ont été secourus en mer Méditerrannée et entassés dans des camps, sur l'île de Lampedusa, en Sicile ou dans d'autres ports italiens.

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