Migrants : la France a-t-elle "pris sa part" ? Voilà ce que disent les chiffres

Migrants : la France a-t-elle "pris sa part" ? Voilà ce que disent les chiffres

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STATS - Le torchon brûle entre la France et l'Italie sur le sort des 629 migrants du navire Aquarius. Le porte-parole du gouvernement Benjamin Griveaux a justifié le silence de Paris sur ce sujet car la France "avait pris sa part" de migrants. Cette défense résiste-t-elle aux chiffres ?

Il aura fallu un bateau pour relancer la querelle des pays européens sur l'accueil des migrants. Si l'Aquarius et les 629 migrants à son bord ont finalement trouvé un port espagnol où accoster, après avoir erré plusieurs jours en Méditerranée, l'heure est au débat sur la générosité de chaque pays européen.


Visé pour avoir gardé le silence alors que les côtes françaises sont plus proches de l'Aquarius que celles de l'Espagne, Emmanuel Macron a dénoncé la "part de cynisme et d'irresponsabilité du gouvernement italien" après son refus d'accueillir le navire. Et l'Italie de répondre qu'elle n'avait pas à "recevoir de leçons hypocrites de pays ayant préféré détourner la tête" sur la question migratoire. 

Mardi, le porte-parole du gouvernement, Benjamin Griveaux, assurait sur CNews que la France "avait pris sa part" de migrants. Les statistiques européennes sur ce point montrent que la France fait partie des pays qui reçoivent le plus de demandes d'asile, et de ceux qui en accordent le plus un statut protecteur aux demandeurs. Mais par rapport à sa population, la France est beaucoup moins accueillante que la moyenne européenne.


En 2017, l'UE a accordé un statut protecteur (il en existe trois : réfugié, protection subsidiaire ou raisons humanitaire) à 538.000 demandeurs d'asile, selon Eurostat. Parmi eux, 325.400 (soit 60%) ont obtenu ce statut en Allemagne. Derrière vient la France, avec 40.600 statuts protecteurs délivrés, puis l'Italie (35.100), l'Autriche (34.000) puis la Suède (31.200). En 2016, la France était quatrième avec 35.710 décisions positives, derrière l'Allemagne (445.000), l'Italie et la Suède.

En prenant en compte la population de chaque pays européen, la France n'est plus au deuxième rang, mais au dixième rang de l'UE (12e rang en comptant les pays européennes non-membres de l'UE : Islande, Liechtenstein, Norvège, Suisse). Comme le montre le tableau ci-dessus, la France accorde un statut protecteur à 605 demandeurs d'asile pour chaque tranche d'1 million d'habitants, soit Soit 0,061% de sa population, contre plus de 3.000 pour l'Allemagne, l'Autriche ou la Suède.


En 2017, la France se trouve donc en dessous de la moyenne de l'UE dans ce domaine (1.050 demandes d'asile acceptées pour 1 million d'habitants). À peu près au niveau du Danemark, de l'Italie, des Pays-Bas et de la Finlande. 

La France accepte peu de demandes d'asile par rapport aux autres pays

Un autre indicateur permet d'estimer si la France prend ou non "sa part" dans l'accueil des migrants : le taux de reconnaissance des demandeurs d'asile, c'est-à-dire la part de demandeurs d'asile qui obtient un statut protecteur. Et ce taux est plutôt faible dans le cas de la France. C'est le troisième plus faible taux de l'UE derrière la République Tchèque et la Pologne.

Comme le montre Eurostat ci-dessus, la France a donné en 2017 une réponse positive à 29% des demandes d'asile en première instance, contre 50% pour l'Allemagne, 41% pour l'Italie et 35% pour l'Espagne. Enfin, la France a été, en 2017, plus sévère avec ceux qui ne relèvent pas de l'asile selon elle. Le nombre de non-admissions de ressortissants étrangers à la frontière a augmenté de 34%. Quant aux expulsions, elles ont augmenté de 174,6%, et les retours aidés de 32%.

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