Migrants : le lycée parisien Jean-Quarré au bord de l'implosion ?

Migrants : le lycée parisien Jean-Quarré au bord de l'implosion ?

REPORTAGE - Au lendemain de l'évacuation des camps d'Austerlitz et de la mairie du 18e, celui du lycée Jean-Quarré transformé mi-août en centre d'hébergement temporaire, continue son bonhomme de chemin. Mais semble avoir atteint ses limites, tant en termes d'accueil que de gestion.

Que devient le lycée Jean-Quarré, transformé en centre d’hébergement d’urgence après son occupation par des centaines de migrants le 31 juillet dernier ? Le lieu, rebaptisé la MDR, pour "maison des réfugiés", située à quelques encablures de la place des fêtes dans le 19e arrondissement de Paris, est devenu le plus gros espace d'accueil de migrants dans la capitale suite à l'évacuation jeudi des campements d'Austerlitz et de la mairie du 18e.

Ce lieu, aujourd'hui, a de nombreux défis à relever, inhérents à son mode de fonctionnement : les limites de l’autogestion. Toutefois, contrairement aux camps évacués et détruits jeudi matin, l’avenir du lieu est moins obscur pour le lycée et ses occupants, son évacuation n'étant pas à l'ordre du jour. Mais il reste flou. Très flou.

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La promiscuité source de tensions

Comme le souligne un article de Libération publié jeudi, le collectif "La Chapelle en lutte", qui a aidé à l’occupation du lieu en juillet dernier, ne maîtrise aujourd’hui plus grand-chose face à l’afflux de migrants. "Evidemment que les limites de l’autogestion sont atteintes, tonne auprès de metronews Claire,bénévole fraîchement arrivée qui vient donner son temps libre et participe à la vie collective du lieu. S’ils ont d’autres solutions à proposer, qu’ils n’hésitent pas, hein. Alors oui, c’est pas très propre dans les parties communes, c’est mieux dans les dortoirs. Mais si le journaliste qui a écrit l’article veut nous filer un coup de main et retrousser ses manches, qu’il n’hésite pas", grince-t-elle.

Combien de migrants vivent aujourd’hui dans le bâtiment ? De 300 au départ, ils seraient aujourd’hui 500 dixit le quotidien. Un nombre difficilement vérifiable mais l’ordre de grandeur est là, synthéthisable en un mot : surnombre. Ce qui peut conduire à des problèmes, décrits dans les colonnes du quotidien : manque d’hygiène, racket, violences. Des accusations que certains bénévoles reconnaissent volontiers, et qu’ils tentent d’expliquer : "La saleté est inhérente à la promiscuité, souligne l’une d’elle, tout comme les tensions qui parfois dégénèrent. Mais c’est rare. Il faudrait essayer de mettre 500 Parisiens et on verrait s’ils feraient mieux", persifle-t-elle.

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Des évacuations qui laissent relativement indifférents

Dans le lycée, la communication avec nombre de migrants est complexe à cause de la barrière de la langue. Arabophones, ils ne maîtrisent que les rudiments du français enseigné tous les jours par des bénévoles. Certains parlent cependant quelques mots d’anglais et acceptent de parler avec des journalistes, comme Abdelhamid. Arrivé il y a 7 jours du Soudan, celui du Nord, il nous concède avoir peu entendu parler des camps, détruits jeudi . Lorsqu’il arrive à Paris, une connaissance lui parlera tout de suite du lycée où il se rendra aussitôt. Comment trouve-t-il le lieu ? "Good, good", assure-t-il d’emblée… avant de nuancer son propos et de faire comprendre que le lycée ne lui plaît qu’à moitié. "C’est mieux que dormir dans une tente", résume-t-il.

Rachid, lui, est Libyen. Dans un français balbutiant, il explique être arrivé en Europe en 2006, et vadrouiller depuis. Il y a un mois, il a posé son sac au lycée Jean-Quarré et cherche depuis un travail dans le bâtiment. "Je fais de la peinture, des enduits, tout", explique-t-il. Les évacuations de jeudi matin, il s'en est peu préoccupé. De toute façon, les CRS bloquaient l'entrée du bâtiment. Il se dit bien ici même si, faute de trouver rapidement un emploi, il ne compte pas s'éterniser. "Si dans une semaine, voire deux, je n’ai rien, je partirai. J’irai en Italie".

La population du lycée semble donc peu à peu se diversifier, et se renouvelle régulièrement, tout comme les bénévoles. Mais face aux challenges que doit relever le lycée Jean-Quarré, et avec l'arrivée de l'hiver, il lui faudra évoluer. Au risque d'imploser ou d'être déserté.

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