Répartition des migrants de Calais : pourquoi la Corse n'en accueillera aucun

Répartition des migrants de Calais : pourquoi la Corse n'en accueillera aucun

Société
PAS SUR MON ÎLE – Afin de vider la "Jungle" de Calais, le ministère de l’Intérieur prévoit de créer des centres d’accueil et d’orientation (CAO) pour migrants à travers la France. Outre l’Île-de-France, la Corse ne devrait pas être concernée par ce plan. La raison officieuse ? Les échauffourées de Sisco qui, pourtant, n’ont aucun rapport avec la question des réfugiés.

Ce seront donc près de 12.000 places qui devraient être créées à travers la France d’ici 2017. Afin de progressivement procéder au démantèlement de la "Jungle" de Calais, Bernard Cazeneuve a décidé de l’ouverture de 1006 places d’accueil et d’orientation dans les Hauts-de-France, de 1784 places en Auvergne-Rhônes-Alpes, ou encore de 1332 dans le Grand Est. 


Mais sur l’infographie établie par Le Figaro, qui, ce mardi matin, révèle ces chiffres, deux régions restent blanches : l’Ile-de-France et…la Corse. Une décision justifiée dans le document ministériel, dans le premier cas, par une situation "particulièrement tendue sur la question de l’hébergement". L’explication, en ce qui concerne l’Île de Beauté, reste en revanche beaucoup plus évasive.


L'Etat étant très courageux...Gérard Sadik

Le Figaro explique ainsi que "le gouvernement est contraint de tenir compte du climat local depuis les heurts sur la plage de Sisco, près de Bastia, le 13 août dernier". Sauf que ces heurts, dont on a d’abord cru qu’ils étaient liés à la présence d’un burkini sur une plage, n’ont rien à voir avec la question des migrants, qui pas une fois, ne se sont invités dans la virulente polémique qui a secoué le pays cet été. Alors pourquoi avoir laissé cette région en dehors du plan de répartition ?


Nous avons posé la question à Gérard Sadik, coordinateur de la question d’asile à La Cimade, organisme accompagnant les personnes étrangères dans la défense de leurs droits. Pour lui, c’est d’abord la distance qui justifie la décision de ne pas inclure la Corse dans cette carte. "L’insularité, à mon sens, fait qu’on ne va pas envoyer de migrants en Corse". De même, rappelle-t-il, "qu’on n’en envoie pas en Outre-Mer".  D’autres critères viennent ensuite expliquer la décision de l’Intérieur : "Historiquement, il y a très peu de demandeurs d’asile en Corse. Il me semble qu’on y compte trois demandes par an. Il y en a parfois davantage à Monaco, par exemple… Et enfin, il faut bien dire que les tensions liées au nationalisme corse rendent ces questions explosives. L’Etat, étant très courageux, a décidé de s’en passer."


Pétition contre l'immigration

C’est bien en effet un certain manque de courage qui est souligné sur les réseaux sociaux, où quelques internautes, interpellés par ce qu'ils considèrent comme une différence de traitement entre les régions, n’ont pas manqué de faire savoir leur mécontentement.

Il est vrai néanmoins que la question de l’accueil des migrants crispe l’Ile de Beauté depuis quelques années déjà. En 2015, notamment, une pétition était mise en ligne pour s’opposer à la venue "d’une migration économique massive", arguant notamment que "l’immigration pose déjà trop de problèmes de communautarisme en Corse".


Mais n’y a-t-il réellement aucune structure, si ce n’est capable, au moins ouverte à l’idée d’accueillir des réfugiés sur l’île ? A priori, une rapide recherche prouve le contraire. Le diocèse d’Ajaccio, sur son site internet, affirme en effet, en septembre 2015, vouloir "enclencher le moteur de l’accueil des migrants". Un souhait émis en écho à l’appel formulé par le Pape, la même année. 


Le plus urgent est d'attendrePhilippe de Casabianca

Mais, contacté, l’ancien chargé de communication du diocèse, Philippe de Casabianca, donne une toute autre version d’un vœu… qui restera très pieux : "En principe, tous les diocèses sont prêts à accueillir des migrants. Mais en réalité, nous n’avons pas mis en œuvre une politique spécifique." Et lui aussi d’établir, dans ce dossier épineux, un parallèle entre la situation des réfugiés et les événements de Sisco : "D’une part, il y a le sentiment que les autorités françaises essaient de gommer l’identité culturelle de la Corse, qui se revendique chrétienne. D’autre part, on se souvient de deux cas d’échauffourées cette année, à Ajaccio puis à Sisco, où l’on a essayé d’invoquer un motif raciste."  Alors en matière d’accueil, Philippe de Casabianca en est certain, "le plus urgent est d’attendre. C’est trop tendu, les gens ne sont pas capables d’écouter".


Contacté, le ministère de l'Intérieur indique qu'il s'agit "avant tout d'une raison technique objective : du fait du faible nombre de demandes d'asile, il n'existe pas de structures administratives pour le traitement de ces demandes. Il n'y a pas d'opérateur administratif chargé de l'accompagnement des migrants".

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