"Une guérison inexpliquée" : le médecin de Lourdes nous raconte comment le cas de Sœur Bernadette Moriau est devenu miraculeux

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INTERVIEW - Pour reconnaître la guérison de Sœur Bernadette Moriau comme miraculeuse, l'Eglise s'est appuyée sur un dossier scientifique. Le docteur Alessandro de Franciscis, président du Bureau des constatations médicales de Lourdes, explique à LCI ses méthodes de travail.

Il reçoit les pélerins certains d'avoir guéri après leur passage à Lourdes. Le docteur Alessandro de Franciscis, président du Bureau des constatations médicales de la Cité mariale, a centralisé les différentes études scientifiques ayant permis d'authentifier  la guérison survenue en 2008 de Soeur Bernadette Moriau, au terme d'un processus de plusieurs années ayant abouti en 2016. Guérison reconnue, dimanche 11 février 2018, par l'évêque de Beauvais comme le 70e miracle de Lourdes. Ce médecin, qui dirige depuis neuf ans cette instance, explique comment se déroule le processus de reconnaissance.  

LCI : Quels sont vos critères pour authentifier une guérison ?

Dr. Alessandro de Franciscis : Notre méthode de travail est très rigoureuse. Quand un pèlerin nous déclare sa guérison, si le dossier semble intéressant, nous le convoquons à une réunion au Bureau des constatations médicales de Lourdes qui existe depuis 1883. Différentes étapes se succèdent alors. Dans le cas de Bernadette Moriau, le dossier a été ouvert en juillet 2009. Nous avons conduit trois réunions collégiales en 2009, 2013 et 2016, en nous appuyant sur de nouveaux examens médicaux. Nous statuons alors sur un cas clinique, en commençant par dresser un diagnostic (une grave invalidité appelée le syndrome de la queue de cheval et affectant l’extrémité de la colonne vertébrale, dans son cas). Nous étudions ensuite la guérison, qui doit répondre à différentes caractéristiques : elle doit être imprévue (sans signe prémonitoire), instantanée, complète et durable. Reste enfin à chercher s'il y a une explication à cette guérison. Nous croisons alors des expertises de rhumatologues, de neurologues, de psychiatres, parmi tant d'autres. Dans le cas Bernadette Moriau, nous avons constaté que la guérison n'avait pas d'explication connue, c'est donc ce qu'on appelle une "guérison inexpliquée".

L'ensemble du processus prend au minimum dix ansDr Alessandro de Franciscis, président du Bureau des constatations médicales de Lourdes

LCI : Avez-vous votre mot à dire sur la question du miracle ?

Dr Alessandro de Franciscis : Non, ce n'est pas mon domaine. Pour la dimension religieuse, c'est à l'Eglise de se prononcer. Les instances médicales se limitent à authentifier la guérison. Il arrive d'ailleurs que l'Eglise ne considère pas comme miraculeuses certains guérisons que nous ne pouvons pas expliquer. Le Bureau des constatations médicales de Lourdes est chargé d'étudier un maximum de pièce présentées par le patient pour consolider le diagnostic. Il peut s'agir de multiples examens, d'attestations, d'imageries médicales par exemple. Puis, le collège de médecins vote à main levée. Une fois ce barrage passé, le Comité médical international de Lourdes (Cmil), composé d'une trentaine de professeurs de différentes spécialités, intervient. Ces médecins se réunissent et votent à bulletin secret. Si ce vote confirme qu'il s'agit bien d'une guérison, il appartient ensuite à l'évêque de Tarbes et de Lourdes de prévenir l'évêque du diocèse du patient, qui décidera de reconnaître un miracle ou non. Toutes ces étapes prennent au moins dix ans (le précédent miracle survenu à Lourdes, la guérison en 1989 d'une Italienne souffrant de graves crises d'hypertension, avait été reconnu au bout de 24 ans, ndlr).

LCI : Combien de dossiers traitez-vous ?

Dr Alessandro de Franciscis : Je reçois chaque année une centaine de personnes au Bureau des constations médicales de Lourdes. En règle générale, un tiers des cas retient mon attention. Mais la procédure longue et laborieuse en rebute encore une bonne partie. La Sœur Bernadette Moriau a voulu collaborer mais certains ne veulent pas subir de nouveaux examens, de nouvelles radios, de nouvelles consultations. Il n'empêche que depuis la création du Bureau il y a 135 ans, plus de 7000 guérisons ont été déclarées inexpliquées et 70 ont été reconnues comme des miracles.

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