Mixité sociale au collège : "C’est prouvé, cela tire les classes vers le haut"

Mixité sociale au collège : "C’est prouvé, cela tire les classes vers le haut"
SOCIÉTÉ

EDUCATION - La ministre de l'Education nationale veut réintroduire de la mixité sociale dans certains collèges jugés "ghettoïsés". Qu’en pensent les parents d’élèves ? Metronews a posé la question à Hervé-Jean Le Niger, de la FCPE et Valérie Marty, de la PEEP.

Plus de mixité sociale dans les collèges ? Le sujet est "très intéressant", rebondit directement Hervé-Jean Le Niger, vice-président de la FCPE, première fédération des parents d’élèves. Ce lundi le journal Libération révèle que la ministre de l’Education, Najat Vallaud-Belkacem, va annoncer début novembre une série d’expérimentations dans une petite dizaine de départements. Avec un objectif : réintroduire de la mixité sociale dans des collèges "ghettos". "La mixité sociale et scolaire fait partie des premières valeurs que nous défendons", affirme Hervé-Jean Le Niger. "Cette mixité tire les classes vers le haut, les élèves ont de meilleurs résultats. C’est prouvé."
 
Reste que le travail sur ce sujet de la carte scolaire "est éminemment compliqué". "La mixité est difficile à construire, surtout quand le tissu social urbain est homogène", reconnaît le vice-président de la FCPE . "Par exemple à Paris, dans les 18e, 19e, 20e arrondissements, il est presque impossible de construire cette mixité sociale du fait de l’habitat". Le gros problème reste toujours : comment mélanger les effectifs ? En son temps, Nicolas Sarkozy avait fait de la carte scolaire un de ses chevaux de bataille, promettant aux parents une plus grande liberté dans le choix du collège. La procédure de dérogation avait alors été assouplie… mais avait eu pour effet de créer plus de "collèges ghettos", selon un rapport parlementaire de 2012. "C’est un système qui a totalement montré ses limites, la Cour des Comptes l’a rappelé. Au lieu de mieux mélanger les élèves, la mesure a eu l’effet inverse", analyse Hervé-Jean Le Niger. "C’est humain, certains mécanismes sont à l’œuvre dès la maternelle : les parents vont s’installer dans certains quartiers pour échapper à certains collèges."

"Déconstruire les rumeurs et les stéréotypes"

L'une des pistes envisagées serait de faire en sorte que les départements attribuent plusieurs collèges à un secteur, alors que le système actuel rattache un seul collège à une zone géographique. Comme dessiner une carte scolaire le long d’une ligne de métro. "L’Etat reprendrait alors la main, explique Libération, en affectant les élèves dans l’un ou l’autre des établissements en tenant compte des origines sociales". "Il va falloir un travail très fin, d’orfèvre, associant les collectivités territoriales, les établissements, pour dessiner ces cartes", prévient Hervé-Jean Le Niger. Valérie Marty, présidente de la PEEP, est plus nuancée sur l'efficacité : "Cela ne va pas être miraculeux. On ne peut pas trop accroitre la distance entre le domicile et l'école pour les jeunes élèves, pour des problèmes de fatigue, de violence." Pour elle, ce problème de mixité sociale est "une évidence", mais la réflexion est à faire en amont, lorsqu'on implante un établissement. "La mixité sociale du collège ne reflète que celle du quartier dans lequel il est implanté. Certaines collectivités, comme vers Colombes, dans les Hauts-de-Seine, ferment des collèges installés au pied de barres d'immeubles pour les réimplanter ailleurs." Bref, doivent se mêler à tout ça les politiques de la ville, pour mieux mélanger les habitants et les quartiers.

Car en parallèle de ces changements de carte, le vice-président de la FCPE estime qu’une nécessaire pédagogie est à mettre en place. "Il faut que les chefs d’établissements se déplacent dans les écoles, qu’ils présentent leurs collèges aux élèves, aux parents, et avec les équipes pédagogiques. Il y a un travail très important à faire pour déconstruire les rumeurs et les stéréotypes, montrer aux parents ce que leurs enfants ont à gagner à fréquenter une école mixte." Valérie Marty abonde : "Quand les parents fuient un établissement, le premier critère est le problème de la violence, des rackets et vols, et absolument pas du niveau de réussite ou de celui de l'équipe pédagogique, qui sont souvent très dynamiques dans ces établissements. Il y a un gros travail à faire sur le lien entre les parents et l'établissement scolaire, à travers par exemple les portes ouvertes, pour leur redonner confiance."

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