Mode islamique : pourquoi la polémique enfle (et pourquoi ça va sans doute continuer)

SOCIÉTÉ

ZOOM - Après un dossier publié mardi dans Le Parisien sur la mode islamique, autrement appelée "mode pudique", les réactions s’enchaînent sur ce sujet sensible. Vous n’avez rien suivi ? Metronews vous fait un petit récap’ sur cette polémique.

Depuis la semaine dernière, la question de la mode islamique, développée par des enseignes internationales, enflamme les débats. Le sujet a notamment émergé avec un dossier du Parisien mardi dernier, qui a suscité une avalanche de réaction et contre-réactions. Dernière en date, Elisabeth Badinter qui appelle à boycotter les marques développant cette mode dite "pudique". Retour sur cette polémique en 6 actes.

► Ce qu'il se passe
Depuis peu, des enseignes internationales de vêtements, comme Uniqlo ou Marks&Spencer, proposent des hijabs ou des maillots de bains couvrant l'intégralité du corps, excepté le visage et les mains. La griffe italienne Dolce & Gabbana a ainsi créé une ligne de voiles et de tuniques longues, spécialement destinée aux femmes musulmanes. La firme suédoise H&M, avait elle aussi tenté d'approcher ce marché en septembre dernier, via une publicité présentant un mannequin voilé. 

Derrière cette mode, ces grandes marques tentent surtout d’accrocher le marché du Moyen-Orient, qui présente, commercialement parlant, un beau pactole appalé à grossir toujours plus. Le Parisien  l'estime aux alentours de 443 milliards d'euros en 2019. 

► Le cri de colère de Laurence Rossignol
Mercredi dernier, interrogée sur le sujet sur RMC, la ministre du Droit des femmes s’est emportée. "On ne peut pas admettre que c'est banal, que c'est anodin que de grandes marques investissent ce marché", a-t-elle asséné. "C'est irresponsable de leur part. (…) Elles font la promotion de l'enfermement du corps des femmes ". Car pour la ministre, les vêtements ont un impact direct sur le mode de vie proposé : "Nous observons que ces tenues sont accompagnées dans de nombreux quartiers de phénomènes sur la voie publique (...). Par exemple on voit de moins en moins de femmes dehors, dans la rue, dans les cafés."

 Des féministes arrivent en renfort
Le coup de gueule de la ministre a été salué par plusieurs associations féministes. La Clef (Coordination française pour le lobby européen des femmes), qui regroupe une cinquantaine d'associations féministes, s'est réjouie dans une lettre ouverte que la ministre des Droits des femmes ait "réagi avec force et indignation face à la banalisation du port du voile islamique". Dans un communiqué, la présidente du Haut conseil à l'égalité entre les femmes et les hommes (HCE), Danielle Bousquet, a pour sa part souligné le "courage dont fait preuve dans ce débat" Laurence Rossignol. Elle "a eu raison de dénoncer l'irresponsabilité des grandes marques qui, au nom du profit, n'hésitent pas à reprendre à leur compte une stratégie fondamentaliste politico-religieuse".

► Les créateurs de mode entre prudence et indignation
Dans son dossier, le Parisien explique que la plupart des maisons de couture (Karl Lagerfeld, Jean-Paul Gauthier…) ont refusé de commencer le sujet. Mais d’autres ne sont pas restées indifférentes. "On ne doit pas banaliser un vêtement qui, quoi qu'on en pense, n'est pas anodin pour l'image de la femme", a confié la créatrice Agnès b. au quotidien. Pierre Bergé, lui, a lancé un vibrant appel aux créateurs : "Renoncez au fric, ayez des convictions !", a-t-il lancé sur Europe 1. "Les femmes ont droit de se voiler, mais je ne vois pas pourquoi on va vers cette religion, ses habitudes, ses mœurs absolument incompatibles avec celles de la liberté qui sont les nôtres, occidentaux", a-t-il ajouté.

► Des musulmans jugent cette polémique "stigmatisante"
Mais en réaction, des voix musulmanes se sont étonnées de ce débat, électrique comme souvent sur l'islam ces derniers mois, sur fond de développement d'un islam identitaire, voire fondamentaliste. "Est-ce que la France n'a pas d'autre souci, alors qu'elle combat le terrorisme, que de stigmatiser les femmes musulmanes ?", s'est irrité Abdallah Zekri, secrétaire général du Conseil français du culte musulman (CFCM). "Est-ce qu'un ministre a le droit de s'ingérer dans la manière dont une femme souhaite s'habiller ?" D’autres prêchent pour le "pragmatisme", comme le blogueur musulman Fateh Kimouche. Pour lui, ces articles "répondent tout simplement à un marché, y'a pas de gros barbu derrière. Il y a des milliers d'emplois à la clé".

► Appel au boycott.
Samedi, la philosophe Elisabeth Badinter a apporté son soutien à Laurence Rossignol. "La ministre a parfaitement raison sur le fond", estime-t-elle dans un entretien au Monde . "Je pense même que les femmes doivent appeler au boycott de ces enseignes (...) En l’espace de dix ans, de nombreuses filles des quartiers se sont mises à porter le voile en France. "Révélation divine ? Non, montée de la pression islamique", explique la philosophe.

Le sujet n’est sans doute pas prêt de se tasser : vendredi, France Info a rapporté les crispations qui règnent chez Air France. Pour la réouverture de la ligne Paris-Téhéran, les hôtesses ont reçues des consignes strictes en matière de dress-code : veste, pantalon, et se voiler les cheveux en sortant de l’avion.

A LIRE AUSSI >> Vol Paris-Téhéran : les hôtesses d'Air France refusent de porter le voile

Sur le même sujet

Et aussi

Lire et commenter