Moi, cheminot en grève (Ep. 3) : "Le mouvement va se durcir"

CARNET DE BORD - Les cheminots entament ce mercredi la quatrième session de mobilisation. Selon Wladimir, le jeune conducteur de train que nous suivons depuis le début du conflit, le mouvement est en train de prendre de l'ampleur et il pourrait même se transformer en grève reconductible.

"Nous abordons ces deux nouveaux jours de grève toujours aussi positivement".  Wladimir, le cheminot que nous suivons depuis le début de la grève, en est convaincu : "La mobilisation est aussi forte que les 3 et 4 avril derniers sur notre secteur Paris-Rive gauche" assure le membre de la CGT, entré à la SNCF il y a six ans en tant que conducteur de manœuvre et devenu conducteur de ligne en 2016. Alors que le mouvement a débuté il y a plus de deux semaines, Wladimir réfute toute lassitude chez ses collègues. "Au contraire, certains qui au départ n’étaient pas forcément grévistes se joignent à nous. Nous allons vers une amplification du mouvement" estime celui qui a prévu de faire grève jusqu'à la fin du mois de juin.

Pour appuyer ses propos, le jeune homme nous explique que les cheminots reçoivent de plus en plus de soutien sur le terrain. "A notre dernière assemblée générale, nous avons reçu des délégations de camarades d’Air France et de la CGT Energie. Ca nous a reboosté" déclare-t-il à LCI, convaincu que les usagers et l'opinion publique sont "majoritairement" de leur côté. "J’ai fait récemment beaucoup d’actions auprès des usagers. Contrairement aux idées reçues, la plupart nous soutiennent, même si ça les embête de ne pas avoir de train. Très peu se disent contre les cheminots, contre notre mouvement. Je reçois des messages sur Twitter pratiquement tous les jours de personnes qui me disent 'Tenez bon, ne lâchez pas'" ajoute ce père de trois enfants.

Il y aura un avant et un après printemps 2018."Wladimir, conducteur de train

De quoi laisser espérer à Wladimir qu'une vraie convergence des luttes est possible. "Concrètement, c’est en train de se modéliser" assure-t-il. "Je pense que pour les 50 ans de mai 68, nous allons faire un petit cadeau à notre gouvernement. Il y aura un avant et un après printemps 2018. Maintenant nous entrons dans un combat 'à la vie à la mort'. Soit le gouvernement et le patronat continuent d’écraser la classe ouvrière, soit nous irons chercher nous-même de nouveaux acquis" explique encore, en langage militant,  ce conducteur de train des lignes N et U du Transilien.

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Alors que la direction de la SNCF qui prévoit pour ce mercredi deux Transiliens sur cinq et un TGV sur trois et assure que le nombre de grévistes chute... Wladimir, lui, n'est pas d'accord. Il pense même que le mouvement va se durcir. "Lors de nos dernières assemblées générales, nous avons beaucoup discuté de l'amplification du mouvement. Dans les temps qui vont suivre, nous envisagerons peut-être de partir sur un mouvement reconductible. C’est en train de se discuter dans les AG" nous a indiqué Wladimir. "Cela fait des décennies que nous n’avons pas été chercher de nouveaux acquis sociaux. Là, la question est en train de se poser. Donc nous voulons vraiment mettre en place un mouvement plus dur, pour aller à l’offensive."

Macron n'a pas convaincu les cheminots

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Enfin, nous ne pouvions pas ne pas interroger Wladimir sur les propos du président de la République sur ce conflit. Emmanuel Macron a réagi à la grève à la SNCF jeudi 12 avril lors d'une interview sur TF1 et LCI, puis dimanche 15 avril sur BFMTV et Mediapart. Le chef de l'Etat a essayé de donner des garanties aux cheminots, en assurant que l'entreprise ne serait pas privatisée, que les petites lignes ne seraient pas fermées ou encore que l'Etat reprendrait la totalité de la dette de la SNCF. "C'est Pinocchio, à chaque fois qu’il parlait son nez s’allongeait. J’ai regardé des vidéos, pas plus tard que tout à l’heure, de Nicolas Sarkozy en 2004. Il disait ‘Il n’y aura pas de privatisation d’EDF et de GDF’. Ca m'a rappelé un petit peu monsieur Macron. Je ne le crois pas du tout." 


L'intervention d'Emmanuel Macron n'a donc rien apaisé ? "Non carrément pas" a répondu Wladimir, qui sera en repos mercredi mais fera bien grève jeudi. "Désolé de décevoir monsieur Macron mais ça a plutôt renforcé notre volonté de continuer le mouvement."

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