"Mon TER est parti avec 30 minutes de retard, le contrôleur était retenu dans un autre train en retard"

SOCIÉTÉ
TRANSPORT - Jeudi et vendredi, 15 collectifs d’usagers excédés par leurs lignes de transports s’unissent pour lancer une grève des billets. Une première. Car si chacun sur sa ligne fait face à ses propres problématiques, tous veulent la même chose : voyager assis, être informé, arriver à l’heure. Aujourd’hui, zoom sur l’AVUC, association des voyageurs-usagers des Chemins de fer, présente sur les lignes Le Mans-Paris .

Quinze collectifs d’usagers programment une grève nationale des billets jeudi et vendredi. Chacun sur leur ligne, ils soulèvent des problèmes différents. Mais tous réclament une seule chose : le triple A, voyager Assis, Avertis et A l’heure. Chaque jour, metronews part à la rencontre de ces usagers exaspérés. Aujourd’hui, zoom sur l’association AVUC, association des voyageurs-usagers des chemins de fer, à l’œuvre sur les lignes TGV et TER du Mans.

Ce sont eux qui ont, les premiers, inventé la grève des billets. Un nouveau mode de protestation, pour faire entendre la voix des usagers. Au Mans, l’AVUC ( association des voyageurs usagers des chemins de fer ) essaie, depuis la fin des années 1980, de défendre les intérêts de ces salariés qui, tous les jours, empruntent TER ou TGV pour aller travailler. Le premier combat à l’époque ? L’obtention d’un abonnement de travail, lors du lancement du TGV Atlantique, qui rallie désormais Le Mans à Paris en moins d’une heure. 2 000 personnes l’utilisent chaque jour pour aller travailler. Mais c’est en 2011 que l’association fait parler d’elle à large échelle, quand, après une galère de train de trop, les usagers décident de monter à bord, et de ne pas présenter leur billet. 

"On est lanceurs d'alerte, pas populistes"

"C'était un acte militant, citoyen, pacifique, et assez visuel, pour montrer la colère des usagers qui ne se sentaient pas pris en compte", se souvient Willy Colin, président de l'AVUC. "Il faut les remettre au centre des attentions." Lancée sur la ligne Paris-Le Mans, la fronde dure 15 jours, s’étend au réseau TER, et est ultra relayée médiatiquement. Parallèlement, une pétition lancée "SNCF ras-le-bol" recueille 13 000 signatures et témoignages. Les passagers obtiennent une compensation. "On joue beaucoup sur la médiatisation, c’est une vraie arme", reconnaît Willy Colin. "On n’a jamais autant parlé de ces usagers de tous les jours. On sortait de toutes ces années TGV. On a commencé à voir un changement de ton et de communication avec Guillaume Pépy, le patron de la SNCF, qui a commencé à parler de ces trains du quotidien, des "lignes malades"."

Les voyageurs ont fait bouger les choses. Pacifiquement. "La protestation n’est pas tourné vers le personnel, mais bien les politiques menées à plus haut niveau par la SNCF, et l’Etat", précise Willy Colin. Car pour lui, "les cheminots sont les premiers interlocuteurs des usagers, mais aussi les premières victimes de ce système où il y a de plus en plus de communication, de métiers parallèles, et de moins en moins de cheminots sur les quais et dans les trains." Aujourd'hui, l’AVUC mobilise, essentiellement via les réseaux sociaux et affiche plusieurs milliers de sympathisants : "On agit en mode collectif, spontané, avec des actions fortes", précise Willy Colin. "On ne veut pas être populistes, on est plutôt des lanceurs d’alerte sur des problématiques qui vont être de plus en plus fortes, qui sont de vrais sujets de société."

"Des situations ubuesques"

Car les conditions de transport ne s’améliorent pas : "Ça devient ingérable. De plus en plus, ce sont des trains qui ont 15, 30 minutes de retard, pour des problèmes de conditions climatiques, de maintenance du matériel, de gestion du trafic", raconte Willy Colin. Le quarantenaire aligne les "exemples "aberrants", les  ""situations ubuesques", les "annonces fumeuses" : "Il y a trois jours, mon TER Le Mans à Laval est parti avec 30 minutes de retard, parce que le contrôleur n’était pas là : il se trouvait lui-même sur un autre train en retard." Il voit aussi "des TER à quai qui ne partent pas car il n’y a pas de conducteur ou de contrôleur et il n’y a pas de remplaçant." Et si ça allait un peu mieux l’an dernier, depuis la rentrée, "c’est catastrophique".

Des petits détails peut-être… Mais qui chamboulent des vies : "Les trains organisent, rythment nos vies, que ce soit pour la crèche, la garderie, les réunions le soir. Quand il y a un grain de sable dans cette organisation, c’est forcément source de stress, de fatigue, d’angoisse. Certains en ont perdu leur travail", témoigne Willy Colin.  Reste que dans la bataille, même si l’AVUC siège dans les comités de lignes, et est en discussion régulière avec la SNCF, rien n’est facile. "On a eu quelques avancées, mais le bilan reste maigre. On est en face d’un mur, très stratifié, très organisé, avec une inertie incroyable, qui a souvent réponse à tout", raconte Willy Colin, qui pourtant échange de temps en temps des SMS avec Guillaume Pépy him, le patron de la SNCF. Il reconnaît d’ailleurs un vrai talent au PDG : "C’est un très bon communicant !" Mais reconnaît, malgré tout, qu’une fenêtre de tir est ouverte pour les usagers :  "Au moins, on peut parler de nos problèmes. Cela n’existait pas il y a 10 ans."

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