"Montrer ses cheveux au naturel, c’est un acte politique !" : quand un coloriste pousse les femmes à montrer leurs cheveux blancs

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INTERVIEW - Il est coloriste, et pourtant il milite pour le blanc, le gris, le naturel. Frédéric Mennetrier, coloriste à l’Atelier du Blanc, à Paris, qui chouchoute régulièrement mannequins et célébrités donne son avis sur la tendance des cheveux blancs.

"Des cheveux qui blanchissent ? Je ne vous le conseille pas... " Dans un billet publié sur son blog, la journaliste Mona Chollet raconte la réaction de son coiffeur, ulcéré, quand elle lui indique qu’elle veut garder ses mèches blanches, et les laisser pousser. Ce qui a l’air de fendre le cœur de son coiffeur. "Dans sa bouche, un processus banal, commun à la majorité des femmes, devient une sorte de tare qui m’affecterait personnellement."


LCI a pourtant trouvé LE coloriste qui prêche contre ses intérêts, qui pousse les femmes aux cheveux blancs à délaisser leurs teintures, pour laisser la place au  naturel : Frédéric Mennetrier, de l’Atelier blanc, à Paris. Et sa vision séduit : mannequins et célébrités se pressent dans son salon blanc. De Kim Kardashian à Cara Delevingne ou Natasha Poly, sont passées chez lui. Tous azimuts, il séduit. 

LCI : On entend que le blanc est tendance. Constatez-vous que vos clientes le demandent de plus en plus ?

Frédéric Mennetrier : Honnêtement, il y en a très peu qui le demandent. Mais par contre, quand nous le proposons, certaines acceptent. Quand on voit une femme avec un gros pourcentage de cheveux blancs, on lance l’idée. Pour certaines, c’est hors de question, impossible. Pourtant, on n’a pas tous cette chance, on n’est pas tous égaux face aux cheveux gris : ce sont souvent les brunes qui ont tendance à avoir une très belle chevelure, poivre et sel. Mais ce sont aussi plus souvent les brunes qui sont prises dans l’engrenage des teintures, des racines à refaire de plus en plus fréquemment, de la couleur qui tourne, de la repousse, des cheveux plombés... C’est mon avis, d’un point de vue technique !

LCI : Vous, pensez que ce retour au naturel va se développer ?

Frédéric Mennetrier : D’un point de vue image, c’est un sujet qui, je trouve, a gagné un peu du terrain, du bon côté : il y a de plus en plus de femmes qui montrent leurs cheveux. Il y a 10, 15 ans, je disais que c’était un acte politique ! Il est inévitable qu’on ait cette tendance : il y a tellement d’abus de jeunisme, partout ! Le contre-pied, ça va être ça. On n’arrive plus à se projeter dans tous ces canons, dans ces jeunes filles de 18 ans, anorexiques, qui nous disent ce que doit être la beauté. Il y a aussi un aspect technique, qui va jouer : il y a de plus en plus d’allergies, car les femmes se colorent de plus en plus tôt ; la période de teinte se prolonge. Et l’âge où les cheveux saturent et ne supportent plus les teintures arrivent de plus en plus vite. Et il y a peu d’alternatives, car les colorations dites "naturelles" ne donnent pas un résultat aussi net que la coloration chimique. Il va falloir trouver une solution.

LCI : Vous comprenez que pour une femme, ce soit difficile à assumer ?

Frédéric Mennetrier : Bien sûr, c'est un moment dur à passer, étant donné le diktat et la pression sociale qu'elles subissent. Depuis toujours, on nous dit 'une femme, ça n’a pas de poils, ça met du rouge sur la figure, c’est sexy'. Il faut avoir le courage d’être soi-même. Il y a une phrase que j’aime beaucoup, que Gainsbourg fait dire à Isabelle Adjani dans "Pull Marine" : 'Je n'aurai plus qu'à/Mettre des verres fumés/ Pour montrer tout ce que je veux cacher'. Je trouve de la même manière qu’un cheveu coloré montre tout ce qu’on veut cacher. C’est très rare de voir un cheveu gris bien caché. Les femmes qui ont beaucoup de cheveux gris coloré, ça se voit. Et c’est ça qui vieillit.

LCI : Alors que vous, vous trouvez le blanc fantastique...

Frédéric Mennetrier : Il faut le dire : les femmes qui ont des cheveux gris sont magnifiques. Je pense toujours à cette Italienne, la rédactrice du Vogue Italie, Franca Sozzani ; ou encore à cette sublime mannequin française de 60 ans, Yasmina Rossi, ou encore à cette journaliste de mode, Sophie Fontanel. Les cheveux gris, c’est d’ailleurs très à la mode ! Cela montre bien que c’est très joli. C’est une couleur qu’on n’arrivera jamais à faire. On pourra essayer de s’en approcher, mais jamais y parvenir. Et quand le visage perd de sa fermeté, le gris est plus doux au teint, et permet un maquillage léger.

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Et si les cheveux blancs étaient devenus tendance ?

LCI : Votre position, de la part d’un coloriste, n’est pas commune. D’habitude, ils militent plutôt pour la couleur !

Frédéric Mennetrier : Un coiffeur classique va tenter de cacher ce blanc, en cherchant la nuance, pas trop foncée, mais pas trop clair ; et souvent le mélange de tout ça fait des couleurs "ménopausées", des couleurs juste affreuses, qui vous vieillissent horriblement. Souvent aussi, l’oxydation uniformise la couleur, et on obtient le fameux casque orangé ou brun opaque qui plombe la mine, et pousse les femmes à abuser du fond de teint et du rouge à lèvres. A mon avis, c’est plutôt ce modèle qui fait prendre dix ans ! Car une chevelure naturelle, c’est fait d’une multitude de couleurs, une sur chaque cheveu. On ne veut pas finir comme Donald Trump !

LCI : Reste que le gris, ou le blanc, nécessite du soin...

Frédéric Mennetrier : Il faut bien s’en occuper. Déjà, adapter sa coupe. Parce qu’en effet, les cheveux blancs, si vous avez les cheveux longs, ou pas entretenus, ou même trop court, ça vous vieillit. Par contre, des cheveux mi-longs, avec un sublime gris c’est magnifique ! mais de manière générale, les cheveux gris ne supportent pas la négligence : dès qu’on a un certain âge, passé les 35 ans, il faut que le cheveu soit super propre, sain, bien coupé, bien brillant.

LCI : Y a–t-il une recette pour passer, facilement, de sa couleur à ses cheveux naturels ?

Frédéric Mennetrier : Il va y avoir un ou deux ans d’enfer. C’est inévitable, il faut en passer par là. Mais nous, on accompagne les femmes dans ce processus-là ! Mais c’est vrai que c’est moins facile pour une personne lambda qu’une célébrité : si elle va au bureau avec une barre blanche, elle risque d’être confrontée assez vite à des remarques. Une solution est de laisser pousser pendant 4 ou 5 mois sans rien faire, puis vous coupez très court, pour éviter le côté bicolore. De toute façon, le gris est une posture, un choix très fort, qui marche avec une allure, une personnalité !

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