Morgane Seliman, victime de violences conjugales : "Je devrais être morte"

Morgane Seliman, victime de violences conjugales : "Je devrais être morte"
SOCIÉTÉ

TEMOIGNAGE – Sous l'emprise d’un homme violent et obsessionnel, Morgane Seliman raconte dans un livre l’enfer des violences conjugales. Un cauchemar de quatre ans, qui hante encore sa vie. Invitée de Salut les Terriens ce samedi 3 octobre, nous l'avions rencontrée ce mercredi.

Elle se déplace le dos toujours un peu courbé, toute menue, presque frêle. Mais le visage de Morgane Seliman, où brillent d'immenses yeux noisette, est celui d’une femme déterminée. Quand vient le moment de poser pour la photo, dans les locaux de sa maison d’édition au 47eme étage de la tour Montparnasse, elle se redresse et murmure pour elle-même : "Faut que je me tienne droite !" Car à 32 ans, relever la tête, rester debout, c’est devenu l’objectif de sa nouvelle vie. Après six ans de vie commune avec un homme, dont quatre années de violences conjugales et d’humiliations quotidiennes, Morgane a fait le choix de se reconstruire.

Pour l’aider, il y a ce livre, qu’elle publie ce jeudi aux éditions XO. "Il m’a volé ma vie" est un récit qui grandit en elle alors même que Morgane est encore sous l’emprise de cet homme violent. "Je voulais raconter ce que je vivais, mais je ne savais pas où cacher les feuilles de papier. Il fouillait tout " nous explique-t-elle, du ton de l'évidence. Le véritable déclencheur, c’est l’appel à témoignages lancé par l’émission de France 2 "Dans les yeux d’Olivier". On recherche des femmes en grande détresse. Morgane se prête au jeu et dans la semaine qui suit la diffusion, en août 2014, la maison d’édition la contacte. "Il m’a volé ma vie" n’est pas un exutoire, pas l’expression d’une vengeance débridée. C’est un témoignage choc à destination des autres victimes de violences conjugales.

Compte à rebours

"Il faut dire la vérité", souffle-t-elle. "Quand je me suis enfin séparée de mon compagnon, trois femmes sont venues me dire qu’elles avaient vécu la même chose. Trois femmes, sur les 800 habitants de ce village de région parisienne, c’est énorme !" Sa vérité, elle la livre avec l’aide de l’écrivaine Caroline Sers, à travers des scènes d’une violence incroyable. Elle raconte le compte à rebours terrible que lui lance cet homme, en attendant que leur fils soit couché : "Dans deux heures, je te défonce". Les colères et les coups qui se déclenchent au moindre prétexte, parce que la télécommande est de travers sur la table basse du salon, parce le jaune des œufs au plat n’est pas exactement au milieu du blanc.

Elle raconte l’esclave en laquelle il la transforme peu à peu, l’obligeant à lui enlever ses chaussures lorsqu’il rentre du travail, à passer la serpillère dans l’appartement trois fois par jour et à désinfecter chaque objet, dans sa peur maladive des microbes. Et s’étonne toujours d’être encore en vie. "Je devrais être morte" constate-t-elle froidement. Adieu les amis, la famille et son travail dans une agence immobilière, Morgane est isolée de tout.

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Un rêve brisé

De sa voix douce, un faible sourire au coin des lèvres, Morgane poursuit : "Dans le livre, je ne dis pas tout. Je garde pour moi au moins 30% des choses qui se sont passées, trop dures, trop intimes. C’est mon jardin secret pour toujours." Elle veut parler, en revanche, de son incapacité à quitter ce bourreau. Cette immobilité si incompréhensible pour un regard extérieur.  "Je nourrissais toujours l’espoir de pouvoir le guérir et de fonder avec lui une famille apaisée" avance-t-elle. Ce rêve de famille unie, il finit par se briser. Le jour où son compagnon lève la main sur leur petit garçon, Morgane s’en remet finalement à la justice. Et part se cacher en foyer pendant de longs mois, son enfant de cinq ans sous le bras, grâce à l'intervention de l'association Du côté des femmes.

Aujourd’hui, elle vit en Normandie dans un appartement bien à elle. Restée sans emploi, elle tente tant bien que mal de retrouver une vie normale. Quant à son ancien compagnon, condamné à un an de prison ferme et à une injonction de soins, il est libéré au bout de six mois. Tous les deux échangent encore régulièrement au téléphone à propos du petit, qui voit son père pendant la moitié des vacances scolaires. Mais pas question pour Morgane de se retrouver en face à lui. Rassurée par une ordonnance de protection, elle attend avec anxiété le 17 novembre, date à laquelle cette décision de justice prendra fin.

La suite, personne ne la connait. "J’ai peur de sa réaction à la sortie du livre, mais je veux quand même dire aux femmes battues que ça vaut le coup de se libérer. Oui, il y a des étapes difficiles pour s’en sortir, mais moi, quand je rentre chez moi le soir, je sais que je ne vais plus me faire défoncer." Un témoignage utile, donc, même si elle en a payé le prix fort : "Rien qu’à me souvenir de ces scènes, j’ai parfois les douleurs qui me reprennent."

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 "Il m'a volé ma vie", éditions XO document, 16,90 euros

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