Mort de Shaoyao Liu : dans la communauté chinoise, le sentiment d'un "traitement différencié" par les autorités

Mort de Shaoyao Liu : dans la communauté chinoise, le sentiment d'un "traitement différencié" par les autorités

JUSTICE - Après la mort de Shaoyao Liu, 56 ans, tué dimanche par un policier à Paris, des manifestations mettant en cause les forces de l'ordre ont eu lieu dans le 19e arrondissement. Entre insécurité générale et sentiment d'être déconsidérés par les autorités policières et judiciaires, LCI a interrogé des représentants de la communauté chinoise.

"Malaise général", "traitement différencié", "prise en charge ralentie" : quelques jours après la mort de Shaoyo Liu, un ressortissant chinois de 56 ans tué le 26 mars par un policier à son domicile parisien, la communauté chinoise dénonce de nombreuses défaillances des autorités policières et judiciaires. Et trois jours après le décès du quinquagénaire, les enquêtes se poursuivent et l'émotion perdure. 

Entre les fonctionnaires de la Bac et la famille de la victime, deux versions des faits s'opposent obstinément. Les policiers évoquent une agression de M. Liu, qui tenait alors une paire de ciseaux, les obligeant à lui tirer dessus. Les proches, eux, nient toute attaque et parlent d'un coup de feu tiré sans sommation pendant que les policiers forçaient la porte.

Les deux soirs qui ont suivi sa mort, des centaines de manifestants ont protesté, parfois violemment, devant le commissariat du 19e arrondissement, réclamant que la vérité soit faite sur les circonstances du décès de Shaoyo Liu et des sanctions sévères pour les policiers impliqués. Certains exprimaient aussi une frustration plus générale envers la police et la justice. 

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Nouvelle manifestation de la communauté chinoise mercredi soir

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Dans ce contexte de tensions, l'un des avocats de la famille, Calvin Job, ne "veut pas brouiller le message" mais "comprend la colère légitime de cette communauté". Le défenseur, qui a déjà eu à traiter des affaires d'agressions sur des personnes d'origine asiatique, évoque "un traitement différencié" envers ces derniers.

"Des préjugés existent, par exemple celui qui consiste à lier les personnes d'origine asiatique à des organisations mafieuses", explique Me Job. Il mentionne aussi la "barrière de la langue", qui crée des retards dans la procédure de dépôt de plainte, quand les justiciables ne sont pas simplement "éconduits au guichet du commissariat".

Tamara Lui, présidente de l'association "Chinois de France - Français de Chine", évoque aussi "des délais de prise en charge très longs" et une "lassitude". Pour cette représentante, c'est un "ressenti généralisé". "Ce n'est pas forcément une réalité vécue par tous, mais tout le monde partage l'idée que les relations avec la police française sont parfois compliquées", déclare-t-elle à LCI. Pour autant, dit-elle, "les préjugés que l'on retrouve chez des policiers sont ceux que l'on peut retrouver dans le reste de la population". 

Tout le monde pense que c'est une bavure- Jackie XaoHua Troy, vice-présidente du Craaf

Pour Tamara Lui, la situation d'insécurité que connaît la communauté chinoise "ne s'est pas améliorée depuis la vague d'agression de 2016 et les manifestations qui ont suivi". En décembre 2016, cinq hommes ont été condamnés pour avoir volé et torturé des commerçants d'origine chinoise.

Du côté du ministère de l'Intérieur, on ne souhaite pas communiquer tout de suite sur la question, mais on renvoie vers les mesures annoncées en septembre 2016 par le ministre de l'Intérieur d'alors, Bernard Cazeneuve, après cette vague de violence. Notamment une "cellule spécifique de suivi" et un "redéploiement d’une partie des effectifs" dans le département de la Seine-Saint-Denis.

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Pour Jackie XaoHua Troy, vice-président du Conseil représentatif des associations asiatiques de France (Craaf), le "malaise général" de la communauté concerne beaucoup moins la police que la justice, qu'elle accuse de n'être "pas assez sévère" envers certains agresseurs. "Le problème, c'est que la justice ne considère pas certains actes comme racistes", explique-t-elle, évoquant "le préjugé selon lequel les Chinois sont riches".

Si elle admet que "beaucoup de Chinois en France ne parlent pas bien Français", ce qui gêne leurs relations avec la police, elle estime que ce n'est pas de la responsabilité des autorités. Concernant le décès de Shaoyo Liu, elle refuse de parler de problème généralisé avec la police, mais espère que les fonctionnaires impliqués seront "sévèrement punis". "Tout le monde pense que c'est une bavure", confie-t-elle. Et d'ajouter : "Ce qu'on n'a pas apprécié, c'est la diffusion de rumeurs infondées sur la personnalité violente de la victime".

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