Mosquées perquisitionnées en France : comment est repérée la radicalisation

Mosquées perquisitionnées en France : comment est repérée la radicalisation

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ISLAM - Plusieurs lieux de culte musulmans, jugés radicalisés, ont fait l'objet de perquisition depuis les attentats de Paris. L'Etat a affirmé sa volonté de dissoudre les mosquées radicalisées et expulser les imams qui prônent la haine. Mais quand et comment une mosquée se radicalise-t-elle ? Metronews fait le point.

Aubervilliers, Brest, dans le Rhône ou encore les Alpes-Maritimes... Plusieurs lieux de culte musulmans jugés radicaux ont fait l'objet de perquisition administrative, voire de fermeture, depuis ce lundi. Dans le cadre de l'état d'urgence, le ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve a affirmé dimanche 15 novembre sa volonté de dissoudre les mosquées radicalisées et expulser les imams qui prêchent la haine. Mais sur quelles indications se base l'Etat pour juger de la radicalité d'un lieu de culte ? Qu'est-ce qui différencie l'orthodoxie et le radicalisme ?

Pourquoi perquisitionner une mosquée ?
L'état d'urgence a déjà permis plus d'une centaine de perquisitions, chez des particuliers mais aussi dans des lieux de cultes. "Il s’agit d’une opération de sécurité générale, nous perquisitionnons dans plein d’endroits dans lesquels se trouvent des situations difficiles. S’il y a des salles de prière clandestines, nous irons. Mais ce n’est pas une campagne systématique contre des mosquées", précise un proche du dossier à La Croix .

Il s'agit en effet de repérer pour dissoudre les associations qui servent de support juridique à des lieux de cultes suspects – et non de mosquées directement —, précise Le Figaro . Ces perquisitions administratives sont basées sur des renseignements concernant des individus suspects mais qui ne font pas l'objet d'une enquête, indique La Croix.

Qu'est-ce qu'une mosquée radicale ?
Le sociologue Samir Amghar, spécialiste du salafisme et de l'orthodoxie en islam, a défini dans les colonnes de L'Obs une mosquée radicale comme "une mosquée qui va mettre en avant un discours haineux, accompagné d'une manifestation violente et qui va encourager des passages violents". Mais le sociologue rappelle qu'il faut distinguer deux types de radicalisation : religieuse d'une part, où les valeurs de la religion vont l'emporter sur toutes autres valeurs de la société ; et politico-religieuse d'autre part, qui va justifier les attentats à partir d'un argumentaire religieux. Mais sur la question des discours prononcés par les imams, "il est difficile de savoir où placer le curseur", explique Amar Lasfar, président de l'Union des organisations islamiques de France à France 24 .

A Brest par exemple, l'imam de la mosquée Sunna perquisitionnée est connu pour tenir des discours qui font polémiques. En octobre, Rachif Abou Houdeyfa a fait l'objet de vives critiques pour avoir professé à des enfants qu'écouter de la musique était un péché. "Ces déclarations peuvent entraîner des comportements déviants", a indiqué le maire de la ville au Télégramme . Ses prêches, filmés et diffusés sur la toile, sont suivis par près de 185.000 personnes. Toutefois, l'imam a condamné les attentats et l’extrémisme religieux, et appelé sur Facebook "à la plus grande collaboration avec les autorités (...) pour la sécurité de nos concitoyens".

Comment savoir si une mosquée est radicalisée ?
Pour Samir Amghar, ceux qui pratiquent un islam très orthodoxe ont également un regard très critique sur le passage à la violence, à l'image de l'imam de Brest qui a condamné les attentats. Des propos jugés radicaux ne sont pas forcément illégaux, résume pour sa part l'imam de la mosquée de Bordeaux, Tareq Oubrou, à France 24. Les discours tenus par l'imam de Brest ne sont donc pas forcément un signe de radicalisation, bien qu'ils soient jugés très orthodoxes.

Dans l'application, il reste très difficile pour l'Etat de repérer les lieux de cultes suspects, explique Le Figaro : selon un expert interviewé par le quotidien, les réseaux les plus redoutables ne sont justement pas constitués en associations repérables. De plus, "ce n'est pas parce qu'un lieu est repéré comme étant salafiste ou affilié aux Frères musulmans qu'il va tomber dans les critères qui peuvent conduire à une dissolution", ajoute cet expert. La dissolution d'une association doit répondre à des critères, tels que provoquer "à la haine ou à la violence" ou bien de se livrer "à des agissements en vue de provoquer des actes de terrorisme".

De la "délation positive" pour les Français musulmans
Le président du Conseil français du culte musulman, Anouar Kbibech, rappelle à France 24 que le travail de prévention est déjà effectué par les imams d'une majorité des 2500 lieux de cultes musulmans en France et que les expulsions d'imams sont régulières. Selon lui, près d'une centaine de mosquées pourraient être concernées en France par la radicalisation. A l'image du recteur de la mosquée de Villeurbanne Azzedine Gaci qui s'est exprimé dans Le Progrès , la communauté musulmane française a largement appelé à la "délation positive" et à la dénonciation des extrémismes pour venir à bout du radicalisme.

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