Pourquoi Rokhaya Diallo ne fera-t-elle pas partie du Conseil National du numérique ?

Pourquoi Rokhaya Diallo ne fera-t-elle pas partie du Conseil National du numérique ?

DirectLCI
POLEMIQUE - Le secrétaire d'Etat au numérique a demandé au Conseil National du numérique de revoir sa copie concernant sa composition. En cause ? La présence, dans ses rangs, de la militante afroféministe Rokhaya Diallo, qui ne conviendrait pas à tout le monde. L'entourage de Mounir Mahjoubi confirme à LCI "que le gouvernement et Matignon ont reçu énormément de messages" depuis l'annonce de sa nomination.

La nouvelle présidente du Conseil National du numérique devra finalement revoir sa copie. Alors que Marie Ekeland, qui a succédé  à Mounir Mahjoubi à la tête de cette instance consultative, présentait lundi sa nouvelle équipe, le secrétariat d'Etat au Numérique a retoqué sa composition deux jours plus tard, dès le mercredi 13 décembre. 


La nouvelle est arrivée par communiqué de presse, selon Le Figaro. Le secrétariat d'Etat y rappelle que "la présidente du Conseil" - chargé d'étudier les questions relatives au numérique - "a pu composer son équipe, en intégrant des points de vue dont certains peuvent être différents de ceux du gouvernement". Mais la contradiction tombe rapidement : "Cependant", poursuit le communiqué, "(...) le Conseil National du Numérique a besoin de sérénité pour travailler, et les derniers échanges sur la composition du Conseil soulignent que ces conditions ne sont pas pleinement réunies. J'ai donc demandé à la présidente du CNNum de proposer une nouvelle composition du Conseil".

La notion de "racisme d'Etat" au coeur de la polémique

Alors quel est le problème ? Quel est, quels sont, les éléments qui ne permettent pas à la nouvelle formule du Conseil National du numérique de travailler dans la "sérénité" ? Rokhaya Diallo, essayiste, qui se présente comme une "militante féministe intersectionnelle et décoloniale", avait partagé dernièrement sa joie d'être nommée au Conseil, remerciant au passage la présidente "pour sa confiance" et souhaitant "proposer des solutions pour réduire la fracture numérique en faveur de toutes les populations". Et si son nom n'est pas cité explicitement dans le communiqué, il tourne allègrement depuis 48 heures sur les réseaux sociaux. 


Dès mardi 12 décembre, Amine El-Khatmi, président du "Printemps Républicain", relaye l'annonce de sa nomination en y ajoutant ce commentaire : "Vous avez demandé le racisme d'Etat. Ne quittez pas..." Une référence à la polémique, datant de quelques semaines déjà, suscitée par les ateliers non-mixtes proposés par le Syndicat Sud 93, et qui a abouti à la plainte du ministre de l'Education pour l'utilisation du terme "racisme d'Etat". Or, cette notion, Rokhaya Diallo s'emploie régulièrement à l'expliquer et à la dénoncer

Rapidement, la députée Les Republicains des Bouches-du-Rhône, Valérie Boyer, lui emboîte le pas, ajoutant à son indignation la nomination du rappeur Axiom. Elle dénonce dans cette composition du Conseil les "contradictions" du premier Ministre, dans une lettre qu'elle lui adresse. "Vous laissez la polémique grandir contre Alain Finkielkraut qui parle avec ironie de "non-souchiens" en référence aux propos de Houria Boutelja en 2007 et en même temps vous mettez en avant Rokhaya Diallo qui parle de 'femmes racisées'", déplore-t-elle notamment. 

"Ce n'est pas Valérie Boyer qui nous a alerté"

Contacté par LCI, l'entourage de Mounir Mahjoubi commence par confirmer que Rokhaya Diallo est bien au coeur du problème : "Suite à la nomination du Conseil, des membres du gouvernement et de Matignon ont reçu énormément de messages et des propos rapportés sur le cas de madame Diallo. Marie Ekeland a donc eu des échanges avec le ministre et avec des personnes qui ont contribué aux nominations et elle a proposé de faire une nouvelle composition" nous explique-t-on. 


Mais à quoi est due cette reculade ? Pas à l'intervention de Valérie Boyer ni du Printemps Républicain, si l'on en croit les propos de l'entourage du secrétaire d'Etat. "Cela n'a rien à voir avec le Printemps Républicain. Quant à Valérie Boyer, sa lettre est venue en plus, mais ce n'est pas elle qui nous a alerté." Nous n'en saurons pas plus sur l'origine des alertes au gouvernement. De leur côté, ni Marie Ekeland ni Rokhaya Diallo n'ont donné suite à nos sollicitations. Mais sur Twitter, la militante féministe a réagi aux interpellations, avant même d'être évincée : "Donc je n'ai pas le droit de collaborer avec les institutions de mon propre pays parce que j'ose dire publiquement qu'elles sont imparfaites ? Quelle étrange conception de la démocratie."

Sur le même sujet

Plus d'articles

Lire et commenter