Polémique à Calais : "Ce n’est pas un mur anti-migrants, mais anti-intrusion de migrants" se défend la préfecture

Polémique à Calais : "Ce n’est pas un mur anti-migrants, mais anti-intrusion de migrants" se défend la préfecture
SOCIÉTÉ

DECRYPTAGE – Mercredi, le gouvernement anglais a annoncé que la construction d'un mur de 4 mètres de hauteur sur un kilomètre, de part et d'autre de la rocade menant au port de Calais, allait prochainement débuter. Objectif de ce mur, financé par Londres : empêcher les migrants d'embarquer dans les camions. Interrogée par LCI, la préfecture du Pas-de-Calais nuance l'expression de "mur anti-migrants".

Un mur "anti-migrants" à Calais. Un mur  "à l’israélienne", "comme au Mexique". Depuis mercredi, les médias nationaux relaient la nouvelle : le gouvernement britannique va construire un mur à Calais, pour empêcher les migrants de gagner le Royaume-Uni. Le projet serait même plus que bien avancé, puisqu’il pourrait être terminé à la fin de l’année. 

Interrogée par LCI ce jeudi sur cette décision à fort potentiel polémique, la préfecture du Pas-de-Calais tient tout d'abord à rappeler que le projet n’est pas du tout nouveau, et... bel et bien soutenu par l’Etat français. "C’est un travail qui a été entrepris depuis le début du printemps 2016, en lien avec les exploitants du port, les autorités britanniques, et les services de l’Etat. Il prévoit la construction d’un mur anti-bruit et anti-intrusion", indique-t-elle. Avant de dégonfler, ou tout au moins nuancer, le sujet. "Ce n’est pas un mur anti-migrants  comme cela a pu être noté, mais anti-intrusion de migrants", se défend-elle. Nuance subtile, mais importante pour les porteurs du projet : il ne s’agit donc pas, pour eux, d’"encercler le campement de migrants".  Mais d'effectuer des "travaux de sécurisation" autour de la zone portuaire.

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    Mur végétalisé

    Cette rocade portuaire, en proie à de nombreuses tentatives d’intrusion, est en effet depuis longtemps considérée comme le maillon faible de la zone de transit. Pour y remédier, des grilles ont été installées en avril 2015, du port à la rue des Garennes. Puis en mai-juin 2016, jusqu’à la route de Gravelines. Le mur est donc considéré comme une suite logique de cette sécurisation. 

    Dans le document présenté lors d’une réunion publique qui a eu lieu le 7 juillet dernier, les porteurs du projet insistent d'ailleurs sur les autres aspects de ce mur : il sera entièrement végétalisé et a pour premier objectif "la diminution des nuisances sonores, l’atténuation du bruit de 10 décibels", et "la sécurisation des usagers de la RN 216", voitures et chauffeurs routiers. Il sera tout de même équipé de vidéosurveillance, toujours pour la "sécurisation des usagers de la RN 216", et pour "permettre l’anticipation des interventions suite à un incident", et d’éclairages.  

    "Mettre hors de danger les migrants"

    De migrants, peu ou pas question dans le power point présenté aux riverains. Pourtant, ils semblent bien visés.  "L’objectif n’est pas d’évincer les migrants, mais bien de les mettre hors de danger et faire respecter les frontières", insiste-t-on, à la préfecture, en prêchant le "pragmatisme", face à la "réalité du terrain". Les chiffres sont en effet là pour le rappeler : trois migrants sont décédés depuis quelques mois sur la rocade : le 9 mai dernier, un jeune Pakistanais de 24 ans est retrouvé mort, vers 3 h 30, percuté par une voiture ; le 12 juillet, à 2 h du matin, c’est une Erythréenne de 18 ans, décédée sur la rocade, percutée par un poids-lourds ; le 27 juillet, toujours au cœur de la nuit, un migrant soudanais de 28 ans dont le corps est retrouvé sans vie. 

    "On barricade une chaussée, comme sur le périphérique parisien", insiste la préfecture. "On n’est évidemment pas sur un mur comme au Mexique, où on barricade une frontière, avec des miradors et des barbelés. C'est plutôt un mur de protection." Il s’agit, aussi et surtout, comme l'a expliqué un commissaire lors de la réunion publique de juillet, "d'empêcher les attaques en masse" de migrants, "qui sont les plus dangereuses pour les automobilistes", rapporte la Voix du Nord.  Dernier gros incident en date : le 30 juillet, un poids-lourd avait pris feu sur la rocade, après un assaut de migrants. La demande d'un mur avait d'ailleurs été formulée dès avril par le président de la Société d'exploitation des ports du détroit, pour empêcher les tentatives d'intrusion sur la zone portuaire.  

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      Quelques pétitions en Angleterre

      Si le projet de mur a donc avancé en "transparence" au niveau local, il a néanmoins été rondement mené pendant l’été, laissant sans doute peu de temps aux oppositions éventuelles de se manifester. La réunion publique du 7 juillet n'a attiré qu'une centaine de personnes. Quelques pétitions ont été lancées en Angleterre. Mais elles atteignent péniblement le millier de signatures. 

      Peu de résistances, donc, même si la maire de Calais soutient le projet du bout des lèvres. Comme d'autres habitants, elle estime que la priorité, et la seule vraie solution, reste le démantèlement de la Jungle. "On nous a annoncé un démantèlement, je dis que le mur n'est plus vraiment une urgence", a-t-elle argué sur LCI, mercredi soir. "Opérons ce démantèlement et voyons si c'est suffisant". Quoi qu'il en soit, les travaux préparatoires, débroussaillage fauchage, taille d’arbres, ont commencé dès à la mi-août.  Les travaux de bétonnage sont être lancés dans les jours à venir, pour une "mise en service" d'ici la fin de l'année.

      VIDEO - Calais : un mur de béton pour stopper les migrants

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      Calais : un mur de béton pour stopper les migrants

      VIDEO - La maire de Calais exige le démantèlement

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      LE MUR DE CALAIS

      VIDEO - Mur à Calais : la maire de la ville a demandé l'arrêt du projet

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      Mur à Calais : la maire de la ville a demandé l'arrêt du projet

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