Mystérieuse disparition de 129 enfants réfugiés depuis le démantèlement de la "jungle" de Calais

SOCIÉTÉ

DECRYPTAGE - L'association "Help Refugees" alerte sur la disparition de 129 réfugiés mineurs isolés, depuis le démantèlement, au mois de mars, de la "jungle" de Calais. Ont-ils gagné l’Angleterre ? Ont-ils intégré des réseaux de trafic d’enfants ? Autant de questions en suspens qui montrent de grandes lacunes en matière de protection des jeunes migrants. Metronews a tenté d’en savoir plus.

Ils se sont évanouis dans la nature. A Calais, depuis le démantèlement de la "jungle" le mois dernier, ils sont près de 130 réfugiés mineurs non accompagnés à avoir complètement disparu de la circulation. C’est en tout cas ce que rapporte l’association britannique Help Refugees vendredi dans un post Facebook pour le moins alarmant.

CALAIS BREAKING NEWS: 129 UNACCOMPANIED MINORS UNACCOUNTED FOR SINCE DEMOLITIONOur teams have now completed a full and...

Posté par Help Refugees sur  vendredi 1 avril 2016

"Nous sommes profondément choqués et très inquiets d’annoncer que 129 mineurs non accompagnés n’ont pas pu être recensés (…) C’est tout simplement inacceptable" déplore ainsi le groupe humanitaire qui vient en aide aux réfugiés de part et d’autre de la Manche.

Sollicitée à plusieurs reprises ce jeudi 7 avril, l’association britannique n’a pas donné suite. En revanche, Calais Action, un organisme partenaire qui a pour mission de centraliser les dons, a lui accepté de répondre à nos questions. Tess Berry-Heart est bénévole de l’association. Et elle elle aussi été informée de cette disparition de masse. La jeune femme précise ainsi à metronews : "Il faut bien comprendre que les jeunes ne sont pas partis tous ensemble, comme un seul groupe. Le plus probable, c’est qu’ils aient quitté le camp, petit à petit, seul ou par bandes de deux ou trois. Nous nous en sommes rendu compte au mois de mars, lorsque nous avons fait un recensement des réfugiés restants."

Alors, que sont devenus ces enfants et adolescents, âgés de 7 à 17 ans ? Pour Tess Berry-Heart, trois hypothèses sont possibles : "Ils peuvent avoir pris le bus ou le bateau jusqu’en Angleterre, avoir été récupérés dans des trafics d’êtres humains ou encore avoir intégré des réseaux de drogues ou de prostitution." Des craintes partagées par l’agence de coordination policière Europol qui, au mois de janvier, a publié un chiffre choc : plus de 10.000 enfants migrants non accompagnés auraient disparu en Europe, ces deux dernières années. Là encore, Europol suppose que nombre d’entre eux soient exploités, notamment sexuellement, par le crime organisé.

"Aucune solution proposée"

Une analyse pas forcément partagée par le GISTI (groupe d’information et de soutien des immigrés). Pour Jean-François Martini, chargé d’étude sur la question des mineurs isolés au sein de l’association, l’hypothèse des réseaux criminels est une "dramatisation un peu forcée qui finit par masquer une autre réalité". Celle du manque de prise en charge, par les autorités, des mineurs réfugiés isolés. "Il semble plus facile d’évoquer le chiffre des 'disparus' - la faute à pas de chance - que celui des jeunes qui ont fait l’objet d’un refus de protection par un service de l’aide sociale à l’enfance ou un juge des enfants" écrivait-il dans l’édito de la revue Plein droit, en mars dernier.

Et sur ce point, les associations de terrain sont bien d’accord. "Pendant l’expulsion, aucune solution n’a été proposée aux mineurs, aucun système n’a été mis en place par le gouvernement français pour assurer leur sécurité. Il n’y a pas de système d’enregistrement des enfants à Calais ou à Dunkirk. Nous appelons les autorités françaises à immédiatement mettre en place un système pour les 294 enfants isolés restant dans le camp" demande Help Refugees dans son post Facebook en forme d’appel à l’aide.

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Structures d'accueil saturées

Car c’est bien là le problème. En matière de prise en charge des mineurs réfugiés non accompagnés, les zones d’ombre sont nombreuses. Et entre associations et autorités gouvernementales, on se renvoie la balle. "C’est le président du centre départemental qui est au centre de tout, nous précise Jean-François Martini. Il est censé mettre en place une protection administrative, et confie le soin à l’organisme France Terre d’Asile de repérer les mineurs isolés. Mais à Calais, depuis longtemps, les structures d’accueil sont saturées. Et quand on laisse un jeune en attente pendant des mois, puis qu’ensuite on ne le retrouve plus, s’en inquiéter n’est plus qu’une vaste fumisterie."

Contacté à ce sujet, le conseil départemental du Pas-de-Calais n’a pas donné suite à nos sollicitations. Quant à la Défenseure des droits des enfants, Geneviève Avenard, qui s’est rendue dans la "jungle" au mois de février, on nous assure qu’elle n’a pas été saisie du cas d’un mineur non accompagné disparu pour le moment. En attendant, le 3 avril dernier, Kareem, un réfugié afghan de 11 ans passé par Calais a été retrouvé en Angleterre. Placé à l'heure actuelle dans un centre pour enfants, il avait effectué la traversée par ses propres moyens.

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