"N'attend pas la cigogne": une campagne pour la fertilité fait polémique en Italie

SOCIÉTÉ
BABY BLUES – En Italie, le ministère de la Santé a lancé "Fertility Day", une campagne destinée à augmenter le taux de fécondité. Sans pour autant prendre en compte le contexte de grande précarité économique des jeunes couples dans le pays.

Des bébés à tout prix. Alors qu’en matière de taux de fécondité, la France se targue de rester en tête du classement des pays européens avec ses 1,96 enfants par femme, l’Italie, qui plafonne à 1,37, lutte pour éviter de se retrouver en situation de dénatalité. Et a décidé d’encourager les jeunes femmes à procréer, au moyen d’une campagne de pub à l’initiative du ministère de la Santé.


Lancée mercredi 31 août, elle vise à annoncer le "Fertility Day" - littéralement "la journée de la fertilité" - prévue pour le 22 septembre. Au programme : des événements à Rome, à Bologne, et surtout des affiches ayant pour but de secouer les consciences… et les désirs d’enfants des jeunes italiennes.


"La beauté n’a pas d’âge. La fécondité, si" peut-on ainsi lire à côté de l’image d’une jeune femme, une main sur le ventre, un sablier dans l’autre. "Dépêche-toi, n’attend pas la cigogne !", "La fertilité est un bien commun", ou encore "Jeunes parents. La meilleure façon d’être créatifs" sont autant de slogans rappelant à tous que la fertilité ne dure qu’un temps. 


Cigarette et date de péremption

Une campagne qui est bien loin de faire l’unanimité en Italie. Sur les réseaux sociaux notamment, nombreux sont ceux qui s’insurgent contre une vision réductrice de la femme, cantonnée dans son rôle de reproduction. Surtout, des voix s’élèvent pour dénoncer une position gouvernementale hors-sol, oublieuse "du contexte économique et social". Pour l’écrivain Roberto Saviano, cette campagne est "une insulte à celles et ceux qui ne peuvent pas avoir d’enfants, et à celles et ceux qui voudraient mais n’ont pas de travail."

Quid des crèches et des congés maternité ?Osez le féminisme

La presse italienne le rappelle bien : dans un pays où le taux de chômage des jeunes flirte avec les 40%, seules 57% des femmes âgées de 25 à 54 ans ont un emploi. Difficile, dans ces conditions, de fonder une famille, nombreuse qui plus est. C’est en tout cas l’avis de Act !, une communauté d’activistes qui s’oppose fermement à cette nouvelle campagne : "Pour aider les jeunes à faire des enfants, le gouvernement doit faire davantage que nous rappeler que la fertilité baisse avec l’âge ou le tabac" décrit une porte-parole du mouvement à LCI. "On aimerait que les citoyens demandent un changement radical en matière de politique familiale, basée sur des contrats de travail décents et une aide pour les femmes qui veulent continuer à travailler tout en ayant des enfants."


Des arguments que vient éclairer une comparaison avec la France, où, selon Osez le féminisme, on aborde depuis longtemps la question de la fécondité par le prisme économique et social. "On retrouve dans cette campagne une planification étatique qui ressemble fortement à une intrusion dans la vie des femmes" précise ainsi une porte-parole auprès de LCI. "Mais au-delà du sexisme affiché dans cette campagne, on peut se demander si tout est fait pour permettre aux jeunes mères de rester actives. Quid des crèches, les congés maternité en Italie ? En France, nous avons un taux de fécondité les plus élevés d’Europe. Pourquoi ? Parce que derrière, il y a des décennies de combat pour un service public décent. Visiblement, le problème de la fécondité en Italie est pris à l’envers : c’est tout un système qui doit être conçu." En attendant, le portail du ministère de la Santé conçu pour l'occasion reste, depuis la polémique, vide de tout contenu.


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