Najat Vallaud-Belkacem : "Mon objectif : que les hommes et les femmes exercent les mêmes métiers"

Najat Vallaud-Belkacem : "Mon objectif : que les hommes et les femmes exercent les mêmes métiers"

Société
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INTERVIEW –"T'es pas cap, tu es une fille", "pleure pas comme une fillette", ou "c'est pas un métier d'homme, sage-femme !" Autant de clichés sexistes qui nous collent à la peau... Comment les abolir ? Le Commissariat général à la stratégie s'est penché sur la question dans un long rapport détaillé, qu'il a remis cette semaine à la ministre des Droits des femmes, Najat Vallaud-Belkacem. Avec, à la clé, 30 recommandations. La ministre réagit pour metronews .

Quels enseignements tirez-vous de ce rapport ?
Il montre à nouveau combien ces "représentations figées" qui enferment chaque sexe dans un rôle préétabli sont à la racine des inégalités entre hommes et femmes. Ces carcans font obstacle à la liberté des filles et des garçons d’être eux-mêmes. C’est en leur nom que les femmes n’ont pas eu, pendant longtemps, le droit de vote. Ils perdurent aujourd’hui et il faut s’y attaquer de front.

Le rapport préconise de commencer par l'école...
C’est dans cette perspective que nous mettons progressivement en place les modules "ABCD Égalité" à l’école primaire. Les enseignants sont formés pour faire prendre conscience aux filles et aux garçons des limites qu’ils se fixent à eux-mêmes de façon injustifiée. C’est un formidable outil pour leur apprendre à envisager l’avenir sans barrières et dans le respect de l’autre sexe. Les enseignants eux-mêmes disent combien cela les conduit à interroger leur propre  pratique professionnelle pour offrir aux filles et aux garçons la même attention, la même sévérité, les mêmes attentes.

Est-ce une façon d'inclure la problématique du genre à l'école ?
Non, l’égalité, le respect de l’autre, c’est comme tout le reste, ça s’apprend. Il ne s’agit jamais de nier la différence de sexe mais de porter un message fort : cette différence ne doit justifier aucune inégalité.

Le rapport montre que les stéréotypes s'accompagnent aussi d'une trop grande part d'hommes ou de femmes dans certains métiers...
2014 sera l’année de la mixité des métiers. Objectif, à terme : réduire le nombre de métiers de fait quasiment fermés aux femmes ou aux hommes. Les hommes restent une exception dans les services à la personne ou les métiers de la petite enfance, les femmes dans le BTP, le transport ou les métiers techniques, au nom de représentations souvent datées.  Nous allons donc faire signer des "plans d’actions mixité" à une dizaine de branches professionnelles. L’objectif : 30 % de métiers mixtes (au moins 40 % d’hommes ou de femmes, ndlr) d’ici à dix ans, contre 17 % aujourd’hui.

Sans oublier la publicité qui entretient ces stéréotypes : la femme qui s'occupe du foyer et l'homme qui travaille...
C'est pour cela que mon projet de loi qui sera présenté à l'Assemblée lundi prévoit de donner une nouvelle compétence au CSA, celle de veiller à l'image et la juste représentation des femmes dans les médias. Cela le conduira à lutter contre les images portant atteinte à la dignité des femmes mais aussi les programmes porteurs de stéréotypes exagérés ou encore la trop faible présence d'expertes à l'écran... Par ailleurs l'autorité de régulation professionnelle de la publicité est de plus en plus réactive face aux abus, et c'est encourageant.

Le rapport propose aussi de mettre davantage en valeur les personnages féminins dans les manuels scolaires. Vous y songez ?
Oui. C’est une question qui se pose aux professionnels qui sont en charge de la rédaction de ces manuels. Qu’ils tiennent davantage compte de la place des femmes dans l’histoire, c’est évidemment un enjeu majeur. Le rôle des femmes a souvent été passé sous silence. Ce serait leur rendre justice.

Que pensez-vous de la proposition de programmer des études sur l'enfance en y incluant la problématique du genre ?

C’est une dimension que la recherche ne peut pas ignorer : la différence des sexes est une réalité. Des études, quel que soit leur champ (santé, sport, précarité etc...) qui ne tiennent pas compte des différences de situation objectives entre les femmes et les hommes passent souvent à côté d'analyses précieuses. Or nous avons besoin de ces analyses pour mieux adapter nos politiques publiques à la réalité des hommes et des femmes de ce pays.

La Suède, à la pointe de la lutte contre les inégalités, expérimente dans quelques établissements une neutralité totale pour les enfants. Cela vous inspire-t-il ?
Non, cela ne fait pas partie de nos options. Nous voulons porter des principes et des valeurs, sans nier la réalité évidente des individus : il y a des filles et des garçons, et c’est très bien ainsi. Cette différence ne doit simplement jamais conduire à justifier d’office une inégalité de traitement.

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