Naufrage de migrants au large de Calais : quatre idées reçues sur la tragédie

Naufrage de migrants au large de Calais : quatre idées reçues sur la tragédie

DRAME - Après le naufrage qui a coûté la vie à 27 migrants dans la Manche, les interrogations affluent sur les options qui auraient pu l’éviter. Tour d’horizon des principales idées reçues sur le sujet.

C’est le drame en mer le plus meurtrier depuis la multiplication des traversées migratoires de la Manche, amorcée en 2018. Après le naufrage d’une embarcation mercredi 24 novembre, 27 migrants ont perdu la vie selon un bilan provisoire, en tentant de rallier l’Angleterre depuis les côtes françaises. Parmi eux, sept femmes et trois enfants, précise une source policière à l’AFP. Depuis la tragédie, de nombreuses idées reçues circulent au sujet de ces flux migratoires et sur les difficultés à les contrôler. 

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Crise des migrants : naufrage meurtrier au large de Calais

"Il y a de plus en plus de migrants à Calais"

L’une d’entre elles concerne le nombre de migrants affluant à Calais, qui seraient selon certains de plus en plus nombreux. Selon le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin, interrogé ce jeudi sur RTL, "il y a quinze fois moins de migrants aujourd’hui qu’il y en avait lors des arrivées très nombreuses de migrants à Calais, c’est-à-dire il y a environ une quinzaine d’années". Aujourd’hui, on enregistre environ un millier de personnes vivant à Calais, tout comme à Dunkerque. 

De fait, la "jungle de Calais" rassemblait bien plus de migrants qu’aujourd’hui, avec un pic à 7000 migrants enregistré en août 2016 selon la préfecture du Nord-Pas-de-Calais contre 600 aujourd’hui, soit douze fois moins, détaille la vidéo en tête d’article. En cause, le démantèlement des camps et la fermeture de la route terrestre.

"Il faudrait engager beaucoup plus de secours en mer"

"Ça devait arriver, c’était écrit, on sait que les moyens des secours en mer sont insuffisants", a déploré Alain Ledaguenel, président de la SNSM (Société Nationale de Sauvetage en Mer) de Dunkerque. Comme lui, certains estiment que le déploiement de davantage de secours en mer permettrait d’éviter ce type de tragédies. Mais selon une étude de trois économistes reprise par Le Monde, l’intensification des secours pourrait provoquer l’effet contraire, bien que cette idée reste dérangeante sur le principe. 

En Italie par exemple, en 2013, à la suite du drame de Lampedusa qui avait fait 366 morts, les opérations de sauvetage ont été considérablement renforcées, mais parallèlement, le nombre de migrants ayant rejoint l’Italie a été multiplié par quatre, passant de 40.000 à plus de 170.000 personnes. Le nombre de morts a quant à lui suivi la même tendance. Un afflux dopé par la quasi-assurance d’être sauvé, souvent illusoire, qui incite les passeurs et les migrants à prendre la mer, quitte à recourir à des embarcations vétustes et dangereuses, selon cette étude. 

"Si on arrête les passeurs, on règle le problème"

C’est l’une des thèses les plus brandies depuis la tragédie, en particulier au sein du gouvernement. Les migrants décédés “ont été victimes du pire des systèmes, qui est celui des passeurs et des trafiquants d’êtres humains, c’est cela qui opère sur le sol européen”, a estimé Emmanuel Macron. "Les premiers responsables de cette ignoble situation sont les passeurs, des criminels qui organisent pour quelques milliers d’euros des traites d’êtres humains", a abondé Géral Darmanin. 

Pourtant, lorsque des passeurs sont arrêtés, de nouveaux prennent le relais, ces réseaux n’étant pas réellement organisés. La pratique reste ainsi "artisanale". Dans un rapport de 2017, l’association La Cimade fait même valoir que la lutte contre les passeurs a pu mettre davantage en danger les migrants : les embarcations en bois, plus faciles à saisir et détruire, ont été remplacées par des bateaux pneumatiques moins fiables, plus propices au naufrage. "La fermeture des frontières extérieures constitue la principale raison pour laquelle des personnes prennent autant de risques dans leur parcours", souligne l’association.

"Il suffirait d’ouvrir un couloir légal de passage entre la France et le Royaume-Uni"

La classe politique, en particulier à gauche, a défendu ces dernières heures la mise en place d’une voie légale pour faire entrer les migrants en Angleterre. "Pour éviter de laisser ces hommes et ces femmes aux mains des passeurs, il faut qu’il y ait une voie de passage légale vers le Royaume-Uni", a estimé sur France Info Adrien Quatennens, député LFI. "Plutôt que de chercher à bloquer les gens, à les laisser partir dans des conditions qui sont innommables, avec des risques incroyables, pourquoi ne pas ouvrir des voies légales ?", s’est interrogé quant à lui Olivier Faure, secrétaire du PS. 

Mais le Royaume-Uni refuse d’accueillir ces migrants, ce qui est précisément à l’origine des tensions sur le dossier migratoire entre Paris et Londres depuis plus de 20 ans. Et les autorités britanniques ne sont pas prêtes à assouplir leur politique. Tandis que l'ensemble des demandes d'asile est en baisse par rapport à 2020, la multiplication des arrivées par petits bateaux a été qualifiée d’"inacceptable" par la ministre de l’Intérieur Priti Patel la semaine passée, rapporte le Guardian. Le Premier ministre Boris Johnson veut prouver que la promesse des pro-Brexiter de "reprendre le contrôle", notamment sur les frontières du Royaume-Uni, a été remplie.

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Dans un rapport publié en janvier 2020 sur les mesures que peuvent prendre les pouvoirs publics face à l’immigration irrégulière, l’OCDE recommande pourtant de mettre en place des voies d’entrées régulières pour une lutte efficace contre l'immigration clandestine et les réseaux de trafiquants. Mais elle reconnait que "ouvrir la ‘porte d’entrée’ ne veut pas dire pour autant que tout le monde arrêtera d’emprunter la ‘porte de service’", le nombre de visas délivrés risquant de rester bien inférieurs aux demandes.  

Quant à la régularisation de travailleurs étrangers, l’OCDE affirme qu’elle a "un effet clairement positif", notamment face aux pénuries de main-d'œuvre locales. Mais elle note que cette stratégie portée à grande échelle "sape les efforts déployés pour maitriser les flux migratoires", et recommande donc "des régularisations individuelles de façon continue ou par roulement, selon des critères d’admissibilité précis, stricts (...) plutôt que de mettre en œuvre de vastes programmes ponctuels"

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