"Ne me dépose pas devant l’école", "tu fais un boulot à la con"… Mon enfant a honte de moi, que faire ?

"Ne me dépose pas devant l’école", "tu fais un boulot à la con"… Mon enfant a honte de moi, que faire ?

FAMILLE
PSYCHO - A l’adolescence, avoir honte de ses parents est un sentiment fréquent, et tout ce qu'il y a de plus normal. Mais parfois, on ne sait pas comment réagir face à certaines situations. Du coup, on a demandé conseil au docteur Patrick-Ange Raoult, psychologue clinicien, auteur du livre : "la honte à l'adolescence".

Marcher trente mètres derrière ses parents quand on est dans la rue, devenir écarlate quand ils débarquent au collège pour la réunion des profs... Ces situations vous disent quelque chose ? Votre ado a tout simplement honte de vous... Et vous, l'air de rien, cela vous touche. A partir de quel âge pouvez-vous y être confronté ? Comment réagir ? LCI s'est penché sur la question.


Déjà, pas de panique, vous êtes loin d'être un cas isolé : c'est tout à fait fréquent - et même normal - qu'à partir d'un certain âge, votre enfant ait honte de vous. "La plupart du temps, cela intervient vers l'âge de 12 ans, quand le jeune ado commence à porter un regard critique sur son milieu familial", explique à LCI Patrick-Ange Raoult, psychologue clinicien, auteur de "la honte à l'adolescence" (Editions In Press), et plus récemment "Comprendre et soigner la jalousie" (Editions Dunod). 


"Cela arrive au moment où les parents ne sont plus idéalisés. Et puis, au même moment, il y a une dépendance vis-à-vis du regard des copains qui est particulièrement importante puisque c'est envers eux que les adolescents vont désormais se déterminer, les parents ayant perdus leur légitimité", poursuit le thérapeute. Souvent, cela provoque bon nombre de situations, pas toujours agréables à vivre pour les parents. On en a listé quelques unes et on a demandé à Patrick-Ange Raoult de nous les déchiffrer.

"Tu peux me déposer avant l'entrée du collège, j'ai pas envie que mes copains te voient"

La réponse de Patrick-Ange Raoult >> "'Dépose-moi au coin de la rue, s’il te plaît…' Quel parent ne s'est pas liquéfié en entendant cette phrase couperet ? Pour autant, pas question de s'opposer à cette injonction sauf si on veut que notre adolescent ne nous parle plus pendant deux ou trois semaines ! C'est juste le premier signal qui montre que votre ado commence à se détacher de vous. Il faut alors comprendre que le temps de la petite enfance, où la mère et le père sont des super-héros protecteurs et dignes d’admiration, est bel et bien révolu. Ce qu'il veut signifier au regard des autres, c'est juste qu'il est devenu autonome, qu'il est grand, et par conséquent qu'il n'est plus dépendant de ses parents". 

"Tu ne vas pas sortir habillé(e) comme ça ?"

"Dans cette phrase, il y a deux versants différents de la honte. Soit l'enfant souhaite dire que ses parents sont "has been", qu'ils lui font honte parce qu'il ont l'air trop vieux, ce qui porte atteinte à son image, à sa réputation d'adolescent. Soit à l'inverse l'enfant trouve que ses parents sont ridicules a essayer de faire "trop jeunes". Dans l'idéal, vous l'aurez compris, mieux vaut ne faire ni trop vieux, ni trop jeune. En effet, l'ado ne souhaite pas que ses parents soient trop éloignés de lui et en même temps, il ne veut pas qu'ils soient trop proches non plus, et tentent de leur ressembler. La quadrature du cercle". 

"Tu peux pas arrêter de m'embrasser devant mes copains/copines"

"L'adolescence, c'est aussi le temps où l'on commence à prendre de la distance corporelle avec ses parents. 

L'ado est en train de se sexualiser - c'est le phénomène pubertaire - et du coup cela modifie complètement son rapport à l'adulte, et particulièrement à ses parents. Pour lui, tout rapprochement physique est interprété du côté de la sexualité, y compris une simple bise". 

"La mère/le père de mon copain/ma copine est beaucoup plus cool que toi"

"On entend souvent cette phrase. Les parents des copains sont toujours mieux que nous. Or objectivement, ils ne le sont probablement pas mais cela fait partie du travail de distanciation à l'égard de ses parents. Les ados ont besoin de provoquer leurs parents pour sortir, d'une certaine manière, de leur emprise et tous les arguments sont bons. Et puis, c'est aussi un moyen de faire part de toutes leurs insatisfactions, leurs déceptions. L'adolescence, c'est le moment où on sort le cahier de revendications. Et dans ce domaine, il y a toujours de la matière !


Au fond, ce que l'adolescent essaye de dire c'est : " j'aurais voulu des parents extraordinaires et tu ne l'es pas". Il n'y a pas lieu de s'en fâcher, vous avez probablement fait au mieux de ce que vous pouviez faire, mais l'adolescent est dans l'idéal, et ses parents n'en font pas partie. Et je dirais heureusement car quand ils le sont, c'est plus difficile pour s'affirmer. Le risque c'est de se sentir écrasé et là, la honte retombe sur l'adolescent. Au contraire, quand on pense que ses parents ne sont pas terribles, ça permet de se dire que l'on va pouvoir faire mieux, c'est tout le travail de l'ambition".  

Lors d'une fête : "Tu ne vas pas danser devant tout le monde, quand même ?"

"Quand on est adolescent, on n'a pas envie que ses parents se donnent en spectacle et encore moins qu'ils soient ridicules, cela les met en concurrence. Si vous êtes assis à siroter votre boisson toute la soirée, c'est pas terrible. Alors que si vous savez vous amuser un petit peu avec suffisamment de discrétion, cela montre que vous êtes quand même dynamique. Toute la nuance est là. C'est comme la question des rapports sexuels de ses parents : pour les ados, c'est impensable parce que c'est dégoûtant. L'exposition de la crudité, de l'obscénité des parents est impossible à gérer pour les ados. Et ça c'est sujet de honte".

Avant d'inviter un copain/une copine à la maison : "On pourrait pas repeindre le salon ? La déco est vraiment trop moche"

"Quand on invite un copain chez soi, on veut montrer qu'on a un bel intérieur, dans tous les sens du terme. Et si on habite un appartement un peu vieillot, ça vient porter atteinte à ce qu'on est. Ici les registres se mélangent un peu, on est du côté de la honte d'être. Mais si c'est juste une question de déco, on peut  essayer d'en parler avec son adolescent pour lui permettre de se réapproprier l'endroit où il vit en faisant, par exemple, des travaux ensemble".

"Tu fais un boulot à la con"

"La profession de ses parents, c'est une sorte de porte-drapeau pour les adolescents et le drapeau, il vaut mieux qu'il soit de bonne facture. En plus, les ados savent très bien pointer les failles chez leurs parents alors quand on a un métier pas très valorisant, le mieux reste encore d'expliquer son parcours de vie, et pourquoi éventuellement on n'a pas fait de grandes études... sans battre sa coulpe non plus. Juste dire les choses simplement. Cela permet aussi de lui renvoyer l'idée qu'on a la possibilité de choisir sa vie.


Surtout quand on vit dans un milieu mal reconnu socialement ou stigmatisé parce que là, ils héritent d'une honte sociale en quelque sorte. Avec le sentiment en plus d'être dévalorisé, disqualifié des gens qu'ils fréquentent. Quand on intègre un lycée où l'ensemble des autres parents sont notables, médecins, architectes, il peut y avoir une souffrance sociale par rapport à ce que sont ses parents. Cela n'a évidemment pas le même impact quand on évolue dans les mêmes milieux. Cela a moins une valeur négative". 

"Pourquoi mes copains/copines peuvent s'offrir des objets de marque et pas moi ?"

"Il y a toujours une pression sociale entre groupes d'ados. Si un adolescent est particulièrement sensible à ces problèmes de marques et d'apparence extérieure, c'est probablement parce qu'il a une estime de lui très dégradée. Donc, après avoir rappelé à son ado les contraintes sociales, il faut lui dire comment on peut s'apprécier suffisamment pour que, quelque soit la situation matérielle dans laquelle on est, on puisse trouver une place légitime auprès des autres. Là les parents jouent un rôle important. D'autant que dans certains cas, la honte n'est pas du côté de l'adolescent mais du côté des parents : c'est parce qu'ils ont honte de leur situation qu'ils transmettent ce sentiment à leurs enfants. 


Certains ont une stratégie différente : la honte qu'ils ressentent d'être moins bien lotis, ils en font un argument de provocation. Par exemple, ils arrivent au collège avec des vêtements déchirés, une tenue négligée. D'autres ont une troisième stratégie, et dieu sait qu'elle peut faire des dégâts, c'est de s'en prendre à ceux qui leur semblent encore plus faible qu'eux. Une façon de se dédouaner de son statut précaire. On le voit notamment dans les situations de harcèlement sur les réseaux sociaux".

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