Neknomination : le jeu à boire mortel qui enivre Facebook

Neknomination : le jeu à boire mortel qui enivre Facebook

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BINGE DRINKING – Le dernier jeu alcoolisé à la mode sur les réseaux sociaux a fait un cinquième mort ce lundi au Royaume-Uni. Un phénomène qui inquiète les autorités. Explications.

"Cap ou pas cap ?" Caroline n'a pas hésité longtemps quand une amie l'a invitée à participer au Neknomination sur Facebook. Le principe ? Se filmer en train boire un verre cul sec ("neck your drink", en anglais) et défier ensuite trois de ses amis à faire de même dans un délai de 24 heures. "Quasiment tous mes contacts ont participé, la plupart avec des shots de vodka ou de whisky pur !" raconte la jeune fille de 21 ans, dont trois connaissances ont déjà fait un coma éthylique.

Et pour cause : cette variante un peu potache du "binge drinking" -"biture express" – n'est pas sans risques. Bradley Eames, un Anglais de 20 ans, a été retrouvé mort chez lui lundi à Nottingham. Deux pintes de gin auront eu raison du jeune homme, qui serait la cinquième victime depuis un mois d'un jeu se répandant comme une trainée de poudre sur les réseaux sociaux.

"Dans un mois, on aura droit à autre chose"

En France, ils sont en effet plus de 25.500 à "liker" la page Facebook que Pierre, 19 ans, et son ami Jérémy, 17 ans, ont créée le 10 février dernier. Depuis, les deux jeunes hommes semblent dépassés par leur succès. Les messages de critiques se comptent par dizaines, certains contenus excessifs supprimés. De son côté, la police nationale a posté sur sa page un message pour mettre en garde contre les dérives du jeu. Sollicités par metronews, les auteurs de la page "Neknomination – France" préfèrent ne pas s'expliquer. "Désolé, mais nous recevons des dizaines de messages chaque jour. C'est assez lourd à force".

Un succès qui ne doit rien au hasard selon le sociologue Thierry Morel, spécialiste de l'alcoolisation chez les jeunes. "Des jeux à boire, il y en a toujours eu. Or là, on ne partage que du virtuel. Cela nous interroge davantage sur la question de l'image que les jeunes veulent refléter plutôt que sur leur hyper-alcoolisation." Cette dernière est en effet solidement ancrée dans la société française. Selon l'Inserm, 58 % des élèves de 11 ans reconnaissaient en 2010 avoir déjà bu une boisson alcoolisée. Une proportion qui, en 2011, atteignait 91 % des garçons et filles à la fin de l'adolescence. Un âge auquel les pratiques évoluent très vite, nous explique le sociologue.

"En public, les ados exprimaient surtout un besoin de lâcher prise grâce à l'ivresse. A travers l'écran, c'est autre chose : la recherche d'une estime de soi ou d'une reconnaissance." "Participer, cela revient à dire : "regarde-moi, j'arrive à boire ca alors essaye de faire mieux", renchérit Caroline. Selon l'étudiante, certains de ses contacts ont déjà troqué leur bouteille de vodka contre un costume de bon samaritain , défiant leurs amis d'offrir des repas aux SDF. "Dans un mois, on aura droit à autre chose", parie Thierry Morel.

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