La ville de Nice va réserver des emplois aux enfants de Harkis

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INSERTION - Nice est devenue lundi la première grande ville de France à prévoir un contingent d'emplois réservés aux enfants de Harkis, en raison de "la persistance de (leurs) difficultés d'insertion" plus de 50 ans après la guerre d'Algérie.

Des postes réservés aux enfants de Harkis. Nice est la première ville de France à prendre cette mesure. Elle part en effet du principe que ces Algériens qui ont combattu avec l’armée française durant la guerre d’indépendance souffrent de "persistantes difficultés d’insertion", plus de cinquante ans après la guerre d’Algérie.


Christian Estrosi, président de la métropole Nice Côte-d'Azur, l’avait déjà annoncé le 25 septembre dernier, à l’occasion de la Journée nationale d’hommage aux Harkis : "La thématique de l’insertion professionnelle pour les enfants de Harkis apparaît comme une des actions prioritaires à entreprendre", estimait-il, dans un communiqué. "C’est pourquoi je m’engage, via l’accès aux emplois réservés prévus par les lois du 26 mai 2008 et du 5 juin 2009, à affecter un contingent d’emplois de catégories B et C aux enfants de Harkis, sans concours et condition d’âge, au sein de la collectivité."

Emplois réservés

Une délibération a ainsi été soumise au vote lors du dernier conseil municipal de Nice. Le 6 octobre dernier, il a ainsi été proposé au conseil métropolitain de bien vouloir "installer un Comité de pilotage en charge du suivi de la démarche visant à favoriser l’insertion professionnelle des demandeurs d’emploi" ; et de "réserver un contingent d’emplois réservés aux enfants de Harkis prévoyant la possibilité d’être inscrits sur les listes d’aptitude prioritaires, de manière dérogatoire, afin d’accéder, sans concours et sans condition d’âge, aux emplois réservés de catégories B et C".


Le nombre d'emplois réservés sera défini chaque année par un comité en fonction des besoins et des profils de demandeurs. "Le manque de reconnaissance et la persistance de difficultés d'insertion rencontrées par la première génération et leurs descendants sont encore perçues comme des discriminations à l'encontre de la communauté des Harkis", a justifié la métropole Nice Côte d'Azur. 

Une mesure déjà en place dans les lycées

C’est l’adjointe déléguée à l’Euro-méditerranée et aux Rapatriés, Agnès Rampal, qui a présenté la délibération, et rappelé qu'une telle mesure est déjà appliquée dans les lycées de la Région : six postes sont réservés pour des enfants de Harkis, en application d'une loi de 2008. "Aujourd’hui, vous estimez qu’il convient de dupliquer ce dispositif au niveau de la métropole", a poursuivi Agnès Rampal en s'adressant à Christian Estrosi, "d’identifier les postes pouvant leur être réservés, en tenant compte des besoins des compétences et de la nature des candidatures susceptibles d’être reçues. Une nécessaire démarche qui honore notre collectivité". 

Leurs conditions de vie ont été plus que difficilesAgnès Rampal, adjointe déléguée à l’Euro-méditerranée et aux Rapatriés

La délibération a été adoptée à l'unanimité par le conseil de la métropole, y compris l'opposition socialiste qui a cependant fait remarquer à Christian Estrosi, maire de Nice depuis 2008, que cela arrivait "peut-être un peu tard". La métropole Nice Côte d'Azur regroupe 49 communes dans un département, les Alpes-Maritimes, où la communauté harkie représente environ 20.000 personnes.


"J'espère juste que ce n'est pas une mesurette de plus", a réagi Ali Amrane, président du collectif des associations de Harkis des Alpes-Maritimes et lui-même élu à Grasse comme adjoint au maire, en ajoutant : "Pourquoi ne pas commencer par titulariser les enfants de Harkis déjà en contrats précaires ?" Selon lui, le plan d'action pour les Harkis de 2014 adopté sous la présidence de François Hollande est "très mal appliqué car les grandes administrations comme la fonction publique pénitentiaire, hospitalière et les douanes ne recrutent pas les enfants de Harkis en raison du niveau scolaire exigé: il faut un niveau baccalauréat".

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Journée nationale d’hommage aux harkis : un enjeu électoral ?

A la fin de la guerre d'indépendance, 55.000 à 75.000 Harkis ont été abandonnés en Algérie et victimes de sanglantes représailles de la part des nationalistes. Quelque 60.000 ont été admis en France, et placés dans des camps à leur arrivée, source de handicaps sociaux et culturels qui perdurent. "Les enfants de Harkis sont donc dans leur immense majorité issus de ces camps ", a indiqué Agnès Rampal lors du conseil métropolitain. "Leurs conditions de vie ont été plus que difficiles. Ces camps sont sommaires, fermés, souvent très éloignés des villes et des écoles. Ces conditions ont donc créée des difficultés très importantes d’insertion pour leurs enfants. C’est un processus de reconnaissance et de réparation bien légitime. C’est un exemple fort, qui pourrait être suivi de bien d’autres collectivités."

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