Menu végétarien à la cantine : "D’un point de vue nutritionnel, ça n’entraîne pas de problème particulier"

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ALIMENTATION - Le ministre de la Transition écologique Nicolas Hulot propose, dans un entretien à L'Obs paru ce jeudi 30 novembre, d'instaurer un menu végétarien par semaine dans les cantines scolaires. Une bonne idée ? Pour le savoir, LCI a demandé son avis à Patrick Sérog, médecin-nutritionniste à Paris

Le ministre de la transition écologique et solidaire souhaite que les cantines scolaires proposent « prochainement » aux enfants un menu végétarien "un jour par semaine". Interrogé sur sa consommation de viande, Nicolas Hulot confie qu’il n’est pas végétarien. "Dans ma famille, nous sommes cinq. Deux d’entre nous sont végétariens. Les trois autres, dont moi, ne mangent plus de la viande qu’une fois par semaine. Chacun son chemin (…) C’est aussi une affaire d’éducation. Je souhaite donc que, prochainement, les cantines scolaires proposent aux enfants un menu végétarien un jour par semaine." 


Dans l’optique notamment de réduire la consommation de viande et d’aller vers une "alimentation durable", le cercle de réflexion Terra Nova a suggéré la semaine dernière la généralisation de l’option du repas alternatif végétarien et l’imposition d’un jour végétarien par semaine dans les collèges et les lycées, ce qui est déjà le cas chez nos voisins britanniques. Le médecin-nutritionniste Patrick Sérog répond aux questions de LCI.

LCI : Selon vous, cette mesure est-elle une bonne idée ?

Dr Patrick Sérog : D’un point de vue nutritionnel, ça n’entraîne pas de problème particulier. Il y a quatorze repas dans une semaine. Instaurer un menu végétarien, une fois par semaine, cela ne va pas priver les enfants de viandes. Le bon côté, c’est que cela va habituer les enfants à manger davantage des protéines végétales. Ces nutriments sont souvent peu présents dans l’alimentation des enfants. On les trouve uniquement dans les légumineuses (lentilles, pois-chiches, pois-cassés, haricots vert et haricots rouges, les fèves) et les céréales (riz, sarrasin, blé). Sur ce point-là, c’est une bonne idée. C’est une mesure politique. Aujourd’hui, tout un courant philosophique, ethnologique et sociologique pousse à la moindre consommation de viande et à la protection de l’animal. Chaque époque a ses propres évolutions, nous sommes actuellement dans cette tendance qui correspond à ce que la société souhaite instaurer. Avant on mangeait du cheval mais de nos jours, il devenu plus intime. Et quand une chose devient plus intime, on ne peut plus le manger.

LCI : Nicolas Hulot estime qu'il s'agit d'une affaire d'éducation. Pourquoi est-ce important de sensibiliser les enfants à la diversité alimentaire, dès cet âge-là ?

Dr Patrick Sérog : Il est très important d’habituer les enfants à manger des choses variées, et cela dès leur plus jeune âge. Cet éveil des papilles permet de créer une mémoire des aliments et de former une partie de ses préférences. C’est quand on est petit qu’on est capable d’accepter cette diversification alimentaire, qui se retrouvera dans son régime alimentaire à l’âge adulte. De manière générale, les gens les moins hardis mangent en moyenne une quinzaine d’aliments différents, quand d’autres en consomment jusqu’à 50 aliments. Or, cette diversité alimentaire est essentielle pour apporter tous les nutriments dont l’organisme a besoin pour fonctionner convenablement.

LCI : Le débat sur la consommation de viande est un sujet récurrent. L’alimentation carnée fait-elle partie "de notre nature profonde" ?

Dr Patrick Sérog : L’homme mange de la chaire animale depuis la nuit des temps. La chasse a été l’un des premiers modes de subsistance de l’espèce humaine, avec la pêche et la cueillette. Il ne s’agit de dire qu’il faut manger de la viande tous les jours. L’alimentation carnée fait partie de notre répertoire alimentaire depuis des millénaires et elle participe à la diversité d’aliments nécessaires au fonctionnement de notre métabolisme.

LCI : Sur le plan nutritionnel, quelles sont les bénéfices de la viande ?

Dr Patrick Sérog : La viande apporte des protéines avec des acides aminés essentiels, du fer et de la vitamine B12. Les nutriments présents dans la viande ont l’avantage d’être plus facilement absorbables par l’organisme que celles d’origines végétales. L’alimentation carnée a donc un réel intérêt nutritionnel. Il n’est pas nécessaire de manger de la viande de manière quotidienne, on trouve également ces protéines dans les œufs et les poissons. Cependant, se priver complètement de viande, ce n’est pas une bonne chose à long terme. Sur les quatorze repas de la semaine, il faut en manger au moins quatre ou cinq fois et sous différentes formes : rouge, blanche. Les jeunes enfants, pendant leur croissance, ont un besoin important en fer et en protéines.

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