Sarkozy mis en examen : qui est Ziad Takieddine, rouage incontournable de l'enquête sur les financements libyens

PORTRAIT - L'enquête sur des soupçons de financement libyen de la campagne présidentielle victorieuse de Nicolas Sarkozy en 2007 met en scène des protagonistes aux versions contradictoires. Parmi eux : Ziad Takieddine, un homme d'affaires franco-libanais.

Des coulisses des ventes d'armements au premier rang d'un scandale d'Etat. Le nom de Ziad Takieddine est (ré)apparu à plusieurs reprises mardi et mercredi durant la garde à vue de Nicolas Sarkozy. Mis en examen mercredi soir sur le financement de sa campagne en 2007, l'ex-président de la République, qui a évoqué "le sinistre Takieddine" lors de son interview jeudi soir sur TF1, n'a pas manqué d'éreinter ce Franco-libanais à la réputation sulfureuse.


Homme d’affaires né au Liban en 1950 dans une famille de notables, Ziad Takieddine se lance dans des études de commerce et de marketing. Il débute sa carrière sous un costume de publicitaire chez Young & Rubicam, une agence dont il devient directeur adjoint. Au début des années 1980, il met un pied dans le monde des affaires en France, en reprenant la station de ski d'Isola 2000. C'est là qu'il rencontre sa future épouse, avec laquelle il aura deux fils. C'est aussi là qu'il fait la connaissance de François Léotard qui, en 1993, devient ministre de la Défense. 

"Affaire Karachi"

Le Franco-libanais va alors mettre son carnet d'adresses, fruit de sa carrière et du réseau familial, au service de certains officiels de l'Etat français. Tout d'abord dans ce qui deviendra "l'affaire Karachi" : en 2002, un attentat dans cette ville du Pakistan tue 11 employés français, qui travaillaient pour la Direction des constructions navales (DCN). 


L'enquête antiterroriste révélera la piste de rétrocommissions -illégales- en marge de contrats d'armement avec le Pakistan et l'Arabie Saoudite, susceptibles d'avoir financé la campagne présidentielle d'Edouard Balladur en 1995. Un rapport divulgué en 2009 évoquera même l'hypothèse d'un acte de rétorsion à la suite de l'arrêt des commissions à des responsables pakistanais décidé par  Jacques Chirac après sa victoire sur son rival de droite et son entrée à l'Elysée. 

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INTERVIEW - "Sarkozy a toujours nié les accusations de mon client", dit l’avocate de Takieddine

Quel rapport avec Ziad Takieddine ? Les juges le soupçonnent en fait d'avoir joué un rôle central dans cette affaire. Ils ont en effet acquis la conviction que près de 327 millions d'euros de commissions indues avaient été versés à des intermédiaires en marge de ces contrats signés en 1994 par le gouvernement Balladur avec le Pakistan (Agosta) et l'Arabie Saoudite (Sawari II). 


Dans ce dossier financier, six protagonistes sont dans l'attente de leur procès, dont Nicolas Bazire, ex-directeur de la campagne de Balladur, Thierry Gaubert, alors membre du cabinet du ministre du Budget Nicolas Sarkozy, et Ziad Takieddine lui-même. En septembre 2017, devant la Cour de justice de la République (CJR), il a confirmé avoir remis 6,2 millions de francs au camp Balladur après avoir été sollicité par Nicolas Bazire via Thierry Gaubert. Mais il a affirmé qu'il n'avait "pas connaissance" de leur finalité politique, selon son avocate.

Hôtel particulier

Entre son implication dans le dossier Karachi et sa mise en examen, Ziad Takieddine est aussi apparu dans une autre affaire, cette fois-ci en Libye. A partir de 2004, les relations commerciales entre la France et le régime de Kadhafi sont restaurées, puisque l'embargo sur les armes est levé. Dans sa vaste enquête, Mediapart raconte ainsi que Takieddine est l’organisateur des visites à Tripoli de Claude Guéant, Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’Intérieur, et de Brice Hortefeux, ministre délégué  aux Collectivités territoriales. A cette période, l'homme d'affaires fréquente plusieurs hommes politiques, si l'on en croit les photos révélées par Mediapart sur lesquelles on voit les couples Copé et Hortefeux au cap d’Antibes, où ils séjournent chez Ziad Takieddine. Celui-ci possède par ailleurs un hôtel particulier de 700 mètres carré, dans le 16e arrondissement de Paris. 


Deux ans plus tard, Nicolas Sarkozy se lance dans la campagne présidentielle. Une campagne qui aurait donc été financée en partie par le régime libyen. Et ce, notamment grâce à l'entremise de Ziad Takieddine. L'homme connait en effet bien la région : en 2011, à son retour de Tripoli, il est  par exemple arrêté à Paris avec 1,5 million d’euros en espèce sur lui. Puis, en 2013, il affirme qu'il existe des "preuves" d'un financement de la campagne par la Libye, sans en dévoiler. En 2016, il affirme avoir remis à l'ex-chef de l'Etat et à son camp 5 millions d'euros provenant de Mouammar Kadhafi entre 2006 et 2007. Ce que Nicolas Sarkozy dément. Ziad Takieddine sera d'ailleurs mis en examen pour ces accusations, en 2017. 

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Affaire libyenne : Sarkozy mis en examen

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