"Night Fare" :  des clients qui s'enfuient au moment de payer le taxi, est-ce fréquent ?

"Night Fare" : des clients qui s'enfuient au moment de payer le taxi, est-ce fréquent ?

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C'EST PAS QUE DU CINÉMA – Autrement dit, les conducteurs de taxi sont-ils souvent victimes de "taxi-baskets" ? Metronews a posé la question à plusieurs d'entre eux, alors que sort mercredi le film Night Fare, un thriller dans lequel deux jeunes gens ont la mauvaise idée de faire faux bond à leur chauffeur.

Deux jeunes habitants de la banlieue parisienne qui prennent leurs jambes à leur cou au moment de régler leur note de taxi, avant de se faire traquer par le chauffeur. Le "pitch" du thriller français Night Fare, de Julien Séri, qui sort en salles ce mercredi, nous a interpellés : de tels "taxis-baskets" arrivent-ils fréquemment dans la vraie vie, et comment réagissent alors les conducteurs ?

Une rapide recherche sur Internet montre que cette "grivèlerie" , déclinaison du "resto-basket" qui fait courir les serveurs, n'occupe que rarement la rubrique fait divers. Si une "enquête" publiée en 2010 sur le Post ("non vérifiée par la rédaction" précisait alors le site d'actu depuis disparu) n'hésitait pas à parler de "fléau des taxis-baskets", les articles rapportant de telles histoires ne sont pas légion. La Voix du Nord , notamment, racontait toutefois en février 2014 la fuite de passagers après un trajet de plus de 250 kilomètres entre Paris et Boulogne-sur-mer, facturé plus de 450 euros. "Le phénomène de 'taxi-baskets', répandu dans les grandes villes, est passible de 7 500 euros d’amende et de six ans d’emprisonnement", précisait le quotidien régional. L'infraction est en effet associée à de la "filouterie" par le code pénal .

"Il n'y a aucun profil chez les gens qui font font ça"

Parler de fléau ou de phénomène semble en revanche quelque peu exagéré, si l'on en croit les taxis parisiens à qui nous avons posé la question. "Quelqu'un qui part à la sauvette, je ne l'ai pas vécu personnellement mais c'est arrivé à plusieurs collègues, répond ainsi Kassas, six ans de métier au compteur : des gens qui prennent la fuite au feu rouge ou après avoir demandé au chauffeur de s'arrêter pour uriner, qui le font attendre le temps d'aller chercher l'argent chez eux et qui sortent de l'autre côté du bâtiment..." Le trentenaire dit toutefois avoir une plus longue expérience des clients qui n'ont pas de quoi payer, mais qui ne s'enfuient pas (c'est arrivé la semaine dernière à deux jeunes filles qui avaient pris un taxi depuis Paris jusqu'à Lyon, et qui ont fini en garde à vue après que leur carte a été refusée quand il a fallu régler les... 823 euros de la course, selon le Progrès ). "Dans ces cas-là, soit on perd du temps en allant porter plainte, soit on lâche l'affaire, soupire Kassas. On ne va pas se battre pour 15 ou 20 euros..."

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Le taxi-baskets, "cela arrive, mais ça reste heureusement rare", confirme un peu plus loin Carlos, 45 ans, qui travaille la nuit et commence sa journée en cette fin d'après-midi. "J'en ai fait l'expérience à plusieurs reprises, mais la dernière remonte à 10 ans", assure-t-il en soulignant que "c'est au chauffeur d'ouvrir l'œil" et de chercher à "établir un bon contact avec le client quand il a un doute". "Il ne faut pas croire que ça ne se passe qu'en banlieue", poursuit-il : ça m'est déjà arrivé dans les beaux quartiers du 7e et du 17e arrondissement de Paris". "Il n'y a aucun profil chez les gens qui font font ça. Ce sont plutôt des jeunes, parfois alcoolisés, mais ils peuvent être bien habillés", décrit également Mohammed, 63 ans. Lui a davantage fait les frais des clients indélicats : "En 15 ans de métier, ça m'est arrivé au moins cinq fois. C'est la différence avec nos concurrents VTC : nous, on n'a pas le droit d'être payés à l'avance ni de demander au client sa destination avant qu'il ne soit monté..."

Ali, 52 ans, ne se souvient de son côté que d'une histoire similaire, mais elle vaut le détour. "Il y a 7 ou 8 ans, j'ai ramené un homme qui m'avait fait signe sur le périph' parce que sa moto était en panne, se rappelle-t-il. Une fois chez lui, à Sèvres, il m'a dit de l'attendre devant son immeuble pendant qu'il allait chercher de l'argent, mais il n'est jamais redescendu. Je suis retourné sur le périph et j'ai cassé le phare de sa moto en lui laissant un mot : 'de la part du taxi que tu n'as pas payé'". Ali précise toutefois qu'il lui arrive de faire confiance aux gens qui n'ont pas de quoi le régler en acceptant qu'ils le fassent les jours suivants ("souvent, ils me donnent alors plus", sourit-il). Les vrais chauffeurs de taxi sont bien loin de réagir comme celui, terrifiant, de Night Fare.

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