Niveau des écoliers : maternelle 1, primaire 0 ?

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ECOLE – Une note publiée ce mardi par le ministère de l'Education révèle un certain paradoxe chez les écoliers français : si leur niveau a largement progressé ces quatorze dernières années au CP, cela ne se répercute pas lorsqu'ils arrivent en CE2. Faut-il comprendre que l'enseignement en primaire n'est pas à la hauteur ? Explications.

Il y a deux ans, le ministère de l'Education nationale n'était pas loin de crier victoire. Après avoir comparé le niveau d'entrée au CP des élèves de 1997 avec ceux de 2011, il avait constaté un net progrès. Pour vérifier où en étaient ces bons acquis, la direction de l'évaluation du ministère (la Depp), a repris ces mêmes panels d'écoliers pour tester leur niveau à leur entrée en CE2, deux ans plus tard, donc (en 1999 et en 2013). Bilan : les élèves du "super CP" de 2011 ne sont pas devenus de "super CE2". Pire, ils sont parfois un peu moins bons que leurs prédécesseurs.

Dans sa note , publiée mardi, la Depp détaille les résultats de son étude. En français d'abord, les élèves de 1999 et ceux de 2013 ont à peu près le même niveau sur la compréhension des consignes des textes faciles et la reconnaissance de mots. En revanche, les derniers sont moins bons devant un texte qui contient de l'implicite, ils connaissent moins de vocabulaire et maîtrisent moins bien l'orthographe. En mathématiques, ensuite, le niveau des "super CP" de 2011 ne se voit qu'en soustraction en CE2, où ils sont bons. Ils sont par ailleurs aussi à l'aise que leurs prédécesseurs sur le calcul et les mesures. Mais sur d'autres domaines, comme la géométrie, le rangement des nombres ou la résolution de problèmes, ils sont nettement moins performants qu'en 1999. Globalement, le taux de réussite moyen des élèves baisse de deux points entre 1999 et 2013 (de 66% à 64%).

"Il faut mieux armer les professeurs"

Faut-il y voir une baisse de niveau des écoliers français ces toutes dernières années ? Pas vraiment, nuance la directrice de la Depp, Catherine Moisan. En effet, selon la chercheuse, les élèves n'ont pas régressé sur les acquis du CP, à savoir leur capacité de décodage et le déchiffrage. Deux points que les élèves maîtrisent toujours en CE2. "L'inquiétude porte plutôt sur la maîtrise du langage et la compréhension", explique la chercheuse. En clair, les "élèves ont le code, mais cela ne suffit pas " : il faut ensuite que ces acquis servent à la compréhension, comme face à un problème en mathématiques, ou face à de l'implicite dans un texte en français. Et c'est là que le bât blesse.

"Il est clair que ces résultats conduisent à interroger la fonction des classes de CP et de CE1 dans la construction des apprentissages à l'école élémentaire", pointent ainsi les auteurs de l'étude. En clair : les élèves sortent avec de bonnes bases de la maternelle, mais ils ne transformeraient pas l'essai en début de primaire. Pour y remédier, il faudrait donc mieux "armer les professeurs" de ces classes, insiste Catherine Moisan. Qui espère que ces recherches contribueront à "créer des outils" pour les maîtres. L'étude montrent clairement qu'ils n'en ont pas assez à leur disposition. Sans compter les difficultés croissantes que connaissent les instituteurs à enseigner dans des classes "de plus en plus surchargées" avec les années. Un élément que le principal syndicat du primaire, le SNUipp-FSU, n'a pas manqué de rappeler mardi. Et d'insister sur le fait que "les conditions d’enseignement et le fonctionnement de l'école" sont consubstantiels "à la réussite scolaire", au même titre que la pédagogie. Tout un programme pour le ministère.

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