Non, les mandats de Sarkozy n'étaient pas "sans violence ni drame"

SOCIÉTÉ
FACT-CHECKING - En meeting mardi à Marseille, le candidat à la présidence de l'UMP a rebondi sur le drame de Sivens. Selon lui, ses propres passages au ministère de l'Intérieur puis à l'Elysée se sont déroulés sans "drame, sans violence". Nicolas Sarkozy aurait-il la mémoire courte ?

Pour Nicolas Sarkozy, cela ne fait aucun doute : il est meilleur que ses successeurs socialistes. C'est en tout cas ce que l'ex-chef de l'Etat a expliqué en réagissant mardi, au cours d'un meeting de campagne pour la présidence de l'UMP à Marseille , à la mort de Rémi Fraisse, le jeune militant tué vendredi au cours de manifestations contre le barrage de Sivens, dans le Tarn. A la tribune, il lance :

"Il n' y a pas un texte où on peut me dire : 'Tu as eu peur de la rue, tu as eu peur de tes adversaires, tu as reculé'. C'est ma fierté et, aujourd'hui je le dis alors qu'il y a un évènement dramatique, sans violence, sans drame, j'ai été quatre ans ministre de l'Intérieur, cinq ans président de la République, tous les matins je me disais : 'La France est un pays éruptif, attention, soyons républicain'."

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Par contraste, Nicolas Sarkozy vise l'actuel ministre de l'Intérieur socialiste, Bernard Cazeneuve, ainsi que le président François Hollande, qu'il accuse donc d'avoir mal géré la situation à Sivens. Mais contrairement à ce qu'il affirme, ses passages place Beauvau puis à l'Elysée n'ont pas été exempts de violences ni de drames. Retour en arrière.

19 octobre 2011: mort d'Ali El Anziz
Depuis quelques jours, un mouvement social grossit à Mamoudzou, préfecture de Mayotte. Les habitants de l'île, devenue six mois plus tôt le 101e département français, se plaignent de "la vie chère". Ce 19 octobre un manifestant, Ali El Anziz, 39 ans, meurt au cours d'échauffourées avec la police. Selon le préfet, des policiers ayant été la cible de jets de pierre par des manifestants, ont répliqué par des tirs de grenades lacrymogènes et un flash-ball. Le procureur de la République conclura à une perforation du coeur consécutive à des massages cardiaques inappropriés. Douze jours plus tôt, un enfant de 9 ans avait déjà perdu un œil suite au tir de flash-ball d'un gendarme. Alors que le président du conseil général de Mayotte demande "solennellement" au président Sarkozy "d'intervenir", la CGT accuse le gouvernement de François Fillon de "jouer la carte du pourrissement du conflit social".

27 octobre 2005 : mort de de Zyed Benna et Bouna Traoré
Poursuivis par une voiture de police dans les rues de Clichy-sous-Bois (Seine-Saint-Denis), Zyed Benna, 17 ans, et Bouna Traoré, 15 ans, entrent dans un transformateur EDF pour se cacher. Ils meurent électrocutés. Le drame provoque la colère de la population locale, qui accuse les policiers d'avoir fait preuve d'excès de zèle dans la course-poursuite. La grogne s'étendra à d'autres banlieues du pays, qui seront le théâtre durant trois semaines d'émeutes urbaines d'une ampleur inédite. Alors ministre de l'Intérieur, Nicolas Sarkozy prend - comme Bernard Cazeneuve aujourd'hui - fait et cause pour les policiers, niant qu'il y ait eu poursuite "au moment du drame" et rendant hommage à leur "travail remarquable". Quelques jours plus tard, lors d'une émission spéciale consacrée à la crise des banlieues, il lance à l'adresse des jeunes concernés : "Ce sont des voyous, des racailles, je persiste et je signe". Loin, donc, de ménager le "pays éruptif".

VIDEO - La déclaration de Nicolas Sarkozy à Marseille (à partir de 46'35) :

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