Notre-Dame-des-Landes : ce nouveau rapport fera-t-il (enfin) pencher la balance sur le projet d'aéroport ?

Société
AEROPORT - Le rapport des médiateurs sur le projet de Notre-Dame-des-Landes doit être remis ce mercredi à Édouard Philippe, avant une décision rapide de l'exécutif sur la poursuite ou non de ce projet enlisé depuis des années.

Un rapport pour éclairer. Un nouveau, trois ans après celui de la commission du dialogue lancé par Jean-Marc Ayrault, après l’échec de l’évacuation de la ZAD, en 2012. Celui-ci sera-t-il différent ? Fournira-t-il de nouveaux éléments pour permettre de sortir du bourbier ? En tout cas, après Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy et surtout François Hollande, voici donc Emmanuel Macron lui aussi chargé de trancher sur le dossier controversé de l’aéroport de Notre-Dame-de-Landes. Le Président se veut droit dans ses bottes : il a promis ce mardi dans le Monde qu’il trancherait "au plus tard" en janvier. 


Ce rapport de la mission de médiation, commandé sous François Hollande pour calmer les tensions nationales - et locales -  est donc remis Edouard Philippe mercredi 13 décembre. Sans trancher, il recense les avantages et les inconvénients des différentes options - agrandir l’aéroport existant, ou construire le nouveau, et émet des recommandations pour chacune. 


Impossible de dire pour l’instant, vers quoi penche le président Macron. Mais il semble prêter une oreille attentive à chacune des deux parties : "Le débat autour de Notre-Dame-des-Landes s’est polarisé autour d’une information insuffisante", a-t-il dit dans Le Monde, mardi. "On prend toujours les meilleures décisions en acceptant le débat démocratique, mais instruit et informé de manière indépendante". 

Aujourd’hui, la question de Notre-Dame-des-Landes n’est plus abordée de façon rationnelleJean-Marc Ayrault, dans le JDD

Dans sa décision, Emmanuel Macron devra arbitrer entre de multiples facteurs. "Les intérêts climatiques seront évidemment pris en compte", a rappelé le Président. Mais il évoque aussi "les aspects démocratiques et économiques". En effet, lors du référendum organisé en juin 2016 en Loire-Atlantique, 55% des habitants de Loire-Atlantique s’étaient prononcés en faveur du nouvel aéroport. Une décision vite décriée au niveau national. Mais au niveau local, le projet a le total soutien de la majorité des élus locaux, qu’ils soient de droite ou de gauche, exceptés les écologistes. Jean-Marc Ayrault, ancien Premier ministre a d’ailleurs réaffirmé dimanche dans le JDD que "passer outre le référendum" serait "un déni de démocratie". "Ce projet a fait l’objet de toutes les concertations possibles", a-t-il rappelé. "Plus de 180 recours ont été déposés par les opposants, tous ont été perdus. Le projet a donc été approuvé juridiquement et démocratiquement", soutient-il. "Aujourd’hui, la question de Notre-Dame-des-Landes n’est plus abordée de façon rationnelle. C’est devenu un totem. On veut un scalp", regrette-t-il. Bruno Retailleau, ancien président LR de la région Pays-de-la-Loire, va dans le même sens.


Les critères économiques peuvent aussi jouer. Les élus de l’Ouest voient dans cette infrastructure un moyen d’accompagner – et booster - le développement du grand Ouest, en le reliant notamment au reste de l’Europe. Mais surtout, se retirer du projet, monté en partenariat public-privé, coûterait cher à l’Etat : selon RMC, si le nouvel aéroport ne se fait pas, l’Etat devrait payer autour de 280 millions de compensations à Vinci pour le manque à gagner. 

Difficile à trancher

Sur ce rapport, censé donc  faire toute la lumière dans cette histoire, des extraits ont fuité, dans la presse locale, dans le Télégramme ou Ouest-France. Aucun choix n’émerge, seules des données brutes sont données. Mais les premiers chiffres permettent au Télégramme d'indiquer que le rapport serait plutôt favorable à Notre-Dame-des-Landes. D'autres médias ont depuis interprété les mêmes chiffres de manière opposée. Mais rien n'est simple et tranché : la réhabilitation de l'actuel aéroport Nantes-Atlantique coûterait ainsi autour de 500 millions d'euros, soit aussi cher que la construction d'une nouvelle piste à Notre-Dame-des-Landes. Egalité donc. Mais si l’on considère le trafic aérien, la hausse du nombre de passagers fait pencher en faveur du nouvel aéroport : prévu initialement pour 2065, le cap des 9 millions de passagers aériens au départ de Nantes devrait en réalité être franchi en 2040.


Sur le volet environnemental, l’un des principaux arguments brandis par les opposants, il apparait que, dans les deux cas, des zones humides seraient abimées. Le bilan carbone sera néanmoins moins polluant en se contentant d’augmenter l’actuel aéroport de Nantes-Atlantique. Décision difficile à arbitrer, donc. Un expert du rapport, interviewé par RMC, raconte à la radio qu’il change d’avis "chaque jour" sur l’option à prendre. "Parfois je me dis il faut le faire, le lendemain je me dis : non, il ne faut pas le faire", confie-t-il. "Si vous regardez, en terme de bruit ou en terme de création d’emplois à court terme : oui, il faut le faire. Mais si vous raisonnez en terme d’argent à dépenser tout de suite et d’utilité, non il ne faut pas le faire, c’est de l’argent fichu en l’air".

La volcanique question des Zadistes

D’autres critères entreront forcément en jeu, pour Emmanuel Macron, et notamment l’évacuation de cette Zad, occupée par une centaine d’opposants, prêts à en découdre, et qui peuvent mobiliser très rapidement de nombreux opposants de la France entière. Et plane forcément  sur une éventuelle opération l'ombre de Sivens, où un militant avait perdu la vie, lors d’une intervention des forces de l’ordre.


La décision sera donc surtout politique pour le président Macron.  Et son ministre de l’Ecologie Nicolas Hulot, notoirement opposé au projet, a indiqué à 20 minutes qu’il prendra ses "responsabilités" "en fonction de ce qu’il y a dans le rapport, qui va nous apporter à tous, je l'espère, de nouveaux éléments et peut-être de nouvelles alternatives (...) "Prendre mes responsabilités, ça ne veut pas forcément dire démissionner", a-t-il cependant précisé.

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Notre-Dame-des-Landes : après l'abandon et l'évacuation, le dépôt des dossiers

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