Notre-Dame des Landes : "Cela fait des années qu'on en parle, les gens sont fatigués"

Notre-Dame des Landes : "Cela fait des années qu'on en parle, les gens sont fatigués"

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RECIT - A quelques jours de la consultation locale sur le projet de Notre-Dame-des-Landes, les deux camps, les pro et les anti, fourbissent leurs dernières armes. Mais l'incertitude pèse sur la participation, et la campagne, menée par deux camps au départ opposés à cette consultation, n'a jamais vraiment décollé. Tour d'horizon.

Pauline est Nantaise. Comme les 968.000 électeurs de Loire-Atlantique, elle a reçu ses papiers pour aller voter, dimanche prochain, pour la consultation locale (ne parlez pas de réferendum) sur le projet d'aéroport de Notre-Dame-des-Landes. Depuis 15 jours, le sujet commence à titiller les conversations. "On en parle pas mal entre amis, collègues", raconte-t-elle. "Chacun débat de ce qu'il a compris, ce qu'il a entendu, et l'explique aux autres. Mais bon… La plupart des gens ne sont quand même pas à fond."

A Nantes, évoquer Notre-Dame-des-Landes, c'est comme parler politique à un repas de famille. Personne n'est d'accord, chacun sort ses arguments, ses contre-arguments. Et personne ne convainc jamais personne. "Ce qui plaide pour le transfert, c'est le bruit au-dessus de la ville et le développement de la région à échelle internationale", résume Pauline. "Et le principal argument contre, c'est qu'il n'y a absolument aucune urgence, et qu'un aéroport à cinq minutes de la ville en navette, c'est super." En outre, assure-t-elle, "les arguments écolos ne pèsent pas vraiment. Personne n'accorde un immense crédit à la ZAD comme zone majeure de biodiversité."

"Les gens sont fatigués et n'ont toujours pas une idée claire"

Débat de comptoir ? Un peu. Mais sans doute aussi que, depuis des années, les Nantais sont noyés sous les rapports, contre-rapports, études, expertises et contre-expertises qui se sont empilés au cours des ans, et sur lesquels s'affrontent les deux camps. "Je pense qu'il y a une lassitude, une vraie fatigue de l'opinion publique", décrypte Françoise Verchère, coprésidente du collectif d’élus opposés au projet, et membre de l' Acipa, principale association d'opposants au transfert . "Ce sujet, cela fait des années qu'on en parle, qu'on continue de traîner des vieux arguments qui n'ont plus cours, et que ni l'Etat ni certains médias n'ont fait le tri entre des vérités établies et d'autres faits qui relèvent de la propagande. Les gens sont fatigués et malgré toutes ces années de débats, ils n'ont toujours pas une idée claire. Je me mets à la place des citoyens, franchement, c'est compliqué."

Et ce n'est pas la campagne, organisée à la va-vite, qui va résoudre le problème. Depuis le début, les deux camps sont d'accord sur une chose : cette consultation, "improvisée", "bricolée", ils sont contre. Les pro-aéroport estiment que les procédures politiques, juridiques, administratives, leur ont toutes donné raison, que le dossier est donc plié. Les anti, que le combat est inégal et la question posée ("Etes-vous favorable au projet de transfert de l’aéroport Nantes Atlantique sur la commune de Notre-Dame-des-Landes ?" ndlr) est biaisée : hors EELV, toutes les instances politiques locales sont pour l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes.

Un document explicatif "pas objectif, introuvable et indigeste"

Mais les deux camps ont fait contre mauvaise fortune bon cœur. Et sont allés défendre leurs positions auprès du grand public. Ont organisé des réunions publiques, des campagnes d'affichages, de tractage sur les marchés. Sans trop y croire. Il est vrai aussi que l'organisation de cette consultation, une première en France, est restée jusqu'au dernier moment très floue. Pas d'aide financière, ni de panneaux électoraux à disposition. Ni, surtout, de propagande dans les boîtes aux lettres. Un état de fait dénoncé des deux côtés.

"On nous a bâti une consultation pour laquelle les électeurs n'ont reçu aucun argumentaire", déplore Françoise Verchère. Ceux qui ont souhaité s'informer ont dû aller sur Internet, chercher un document long de 17 pages , rédigé en un mois par la Commission nationale du débat public (CNDP), qui se contente de résumer les arguments des pro et des anti. "Ce n'est pas objectif et c'est indigeste", assène Françoise Verchère. "Les autorités auraient dû nous donner une page à chacun, résumant nos positions ainsi que celles de l'Etat. Ça n'a pas été le cas. La campagne s'est déroulée avec toutes les dérives qu'on avait craint : inégalité des moyens, utilisations des bulletins municipaux par des maires pro-transferts…"

"C'est un vote. Il faut que les gens se déplacent dimanche."

Le sujet a aussi été éclipsé par l'actualité sociale bouillonnante de cette fin d'année, loi Travail, pénuries d'essences… Alors oui, la lassitude perce. Et, des deux côtés, la prudence est de mise pour prédire quelle sera la mobilisation dans les urnes ce dimanche. "On a fait la campagne. Le contact et l'accueil avec les gens a été plutôt positif, sympathique et encourageant. Les gens en ont marre d'attendre, marre de la violence des Zadistes", résume Alain Mustière,  président des Ailes pour l'Ouest , association pro-aéroport. "Si je ne regardais que ça, je serais complètement rassuré. Mais ce n'est pas un sondage, c'est un vote. Il faut que les gens se déplacent dimanche."

Moins politiquement correcte, Françoise Verchère n'y croit pas vraiment. Un brin fataliste : "S'il y a du soleil ici, ce qui ne nous est pas arrivé depuis trois semaines, les gens iront ailleurs que dans les bureaux de vote, et je ne pourrais même pas leur en vouloir. D'autres, qui iront voter, iront répondre à une autre question, comme : 'Voulez-vous évacuer la Zad ?' 'Etes-vous contre le survol de Nantes par les avions ?' Ça n'a aucun sens d'asseoir une consultation publique là-dessus… Et si jamais la réponse est 'oui', l'Etat dira que cela a force de loi. Si la réponse est 'non', il dira que c'est juste un avis".

"La participation sera vraisemblablement faible"

Dans tous les cas, qu'il fasse beau ou pas, la consultation risque de ne pas clore le débat. Cécile Duflot, en déplacement à Nantes ce mercredi, a déjà prévenu : "Si le oui l'emporte, on continuera à s'opposer", a-t-elle martelé. Françoise Verchère abonde : "Nous avons encore des recours juridiques. Une consultation dont la participation sera vraisemblablement faible ne peut pas abolir les règles d'un projet, et n'annulera donc pas ces procédures en cours." Peut-être, donc, que la consultation de dimanche ne sera qu'un (petit) épisode de plus dans le long feuilleton de Notre-Dame-des-Landes. Et qu'on est encore loin de la dernière saison.

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