Notre-Dame-des-Landes : gendarmes, CRS, huissiers... le plan des forces de l’ordre pour l'expulsion des zadistes

ZONE A DEFENDRE - Survols d'hélicoptères et patrouilles d'un côté, appels aux renforts de l'autre, l'évacuation de la ZAD, qui a démarré lundi matin à 6h et se poursuit ce mardi, s'annonce compliquée et risque de durer.

Dès 3h du matin lundi, les 2500 gendarmes mobilisés pour l'évacuation ont commencé à entourer le site et les zadistes. L'entrée des gendarmes s'est faite sur les coups du 6h, comme la loi l'autorise. L'opération vise à déloger "une centaine" de personnes, a affirmé le ministre de l'Intérieur, Gérard Collomb. Une quarantaine "d'édifices" doivent également être démantelés par les gendarmes au cours de cette opération, a indiqué le ministre sur Europe 1, précisant que des forces de l'ordre seraient maintenues "tant qu'il sera nécessaire" pour empêcher de nouvelles occupations sur cette zone de la région nantaise. Ce mardi, ces opérations se sont poursuivies. 


LCI vous détaille comment s'organise cette évacuation majeure, décidée il y a de ça trois mois par le Premier ministre Edouard Philippe. 

Opération hors-norme

La semaine dernière, des médias ont avancé la date de ce lundi 9 avril, à l’aube, mais rien n’avait été officiellement confirmé. Les informations de nos confrères se sont confirmées ce matin à l'aube. L'opération d'expulsion des occupants de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes a démarré légalement à 6 h du matin. 


La trêve hivernale s’est terminée la semaine dernière. Et une chose est sûre : les trois mois écoulés depuis l'abandon par Edouard Philippe du projet controversé d'aéroport à Notre-Dame-des-landes, a permis aux autorités de minutieusement préparer l'opération. Une opération qui se veut hors-norme, avec un déploiement massif des forces de l’ordre. Vingt-cinq escadrons de gendarmerie mobile, soit environ 2.500 militaires vont être mobilisés pour toute la durée de l’opération, qui s'annonce longue. En parallèle, la préfète a renouvelé mercredi dernier et jusqu'au 12 avril des arrêtés interdisant le transport de carburant, de matières dangereuses, et objets pouvant servir d'armes dans et autour de la ZAD. 

Des expulsions ciblées

Les zadistes encore présents sur le site sont estimés à 250. La quasi-totalité n’a pas régularisé sa situation, comme le demandait le gouvernement, en déclarant par exemple de nouveaux projets agricoles individuels. Ils l'ont dit, ils préfèrent une gestion collective du territoire et la possibilité de mener des projets non agricoles. Mais pour l’opération d’évacuation qui est prévue, ce sont entre 50 et 100 personnes bien ciblées qui sont tout particulièrement visées. 


L’opération a été minutieusement préparée - les hélicoptères ont multiplié les survols de la zone, les patrouilles sont devenues monnaie courante - et ne prendrait pas la forme d’une évacuation générale de la ZAD, mais d’expulsions ciblées. Le dispositif se veut conforme à toute procédure d’expulsion : les gendarmes se rendront sur les zones concernées par les personnes expulsables, accompagnés d’un huissier de justice, dont la présence est obligatoire pour respecter la procédure. L’huissier demandera à ces personnes de partir avec leurs effets personnels. Les consignes données sont claires : à tout prix, éviter la force. 


Pour les autorités, l’idée est évidemment d’éviter de revivre le fiasco de l’opération César de 2012, tentative d'évacuation massive du site, qui avait tourné à l'échec. Plus d'un millier de policiers et gendarmes avaient été engagés pendant plusieurs semaines, en vain. Eviter aussi, et surtout, le drame comme celui du barrage de Sivens, en 2014, où Rémi Fraisse, militant écologiste avait été tué par une grenade tirée par un gendarme. 

Le modus operandi

Dans le scénario envisagé, les habitants illégaux qui "coopéreront" seront raccompagnés à l'extérieur dans le calme. Une fois les personnes évacuées, leurs affaires les plus volumineuses, qui n’auront pas pu être emportées en partant, seront stockées pendant un mois dans un garde-meuble, comme le veut la procédure légale, permettant aux expulsés de venir les récupérer par la suite. Puis les "déconstructeurs" interviendront pour enlever les abris, cabanes, et autres bâtisses, construits par les occupants illégaux. Des propositions de relogement ont été faites par les services de l'Etat, mais personne, pour l’heure, n’a accepté car les zadistes refusent de partir.


Voilà pour le modus operandi sur le site à proprement parler, donc. Mais à côté de ce dispositif de gendarmes mobiles, neuf compagnies de  CRS sont également déployées. Elles vont être en charge du maintien de l’ordre à Nantes et Rennes. Elles se déploieront autour des lieux sensibles ou des préfectures : les zadistes ont en effet appelé à des mobilisations devant ces institutions lorsque commenceront les expulsions.


En face, les zadistes affûtent eux aussi leurs armes face à ce qu'ils décrivent comme un "ouragan départemental". Quelles formes prendront-elles ? Sur le terrain juridique, ils contestent via leurs avocats la légalité des expulsions. Sur le terrain de Notre-Dame-des-Landes, ils promettent, dans un communiqué, une "résistance physique et déterminée", et rappellent notamment qu'"en 2012, c’est la jonction entre des barricades, des blocages humains ou avec des tracteurs, des sabotages, des projectiles, des cabanes perchées, des blagues, chants et harcèlements divers, qui a permis finalement de mettre en déroute leurs troupes". 


Une méthode qu’ils comptent bien réutiliser, en jouant au chat et à la souris avec les forces de l’ordre. L'idée est que chaque quartier organise sa propre résistance, à l’image de la vie sur la ZAD. La semaine passée et le week-end ont été l’occasion de battre  le rappel des troupes, en appelant tous les soutiens à rallier le site de la ZAD. Deux grands rassemblements sont programmés dès 4 h du matin lundi, suivis d'une répartition sur les différents points de blocage. 

Tout savoir sur

Tout savoir sur

Notre-Dame-des-Landes : après l'abandon et l'évacuation, le dépôt des dossiers

Sur le même sujet

Plus d'articles

Lire et commenter