Notre-Dame-des-Landes : pourquoi ça coince entre les zadistes et le gouvernement

Société
RÉCAP - Dix jours après le début des expulsions, un calme précaire s'est installé sur la ZAD mais le dialogue de sourds persiste, et l'intervention de Nicolas Hulot n'y fait rien. Pourquoi zadistes et autorités ne parviennent pas à s'entendre malgré l'abandon du projet d'aéroport ?

"Un sentiment de tristesse, de gâchis." Voilà les mots de Nicolas Hulot, ministre de la Transition écologique et opposant notoire au projet d'aéroport de Notre-Dame-des-Landes, après qu'il a tenté de trouver un terrain d'entente entre les zadistes et les autorités sur le devenir de la zad.


Force est de constater que le terrain d'entente est inexistant, à l'issue de la réunion de mercredi à laquelle participaient la préfète de la région Pays de la Loire, Nicole Klein, et une délégation d'opposants. "Aucune ligne n'a bougé, les exigences posées" par le gouvernement restant les mêmes, a regretté l'un de ces opposants, Marcel Thébault, l'un des quatre agriculteurs historiques de cette zone de 1.650 hectares.

Ce que réclame les autorités : des projets individuels

Quelles sont ces exigences posées par le gouvernement ? Que chaque personne souhaitant habiter la zad remplisse une déclaration d'intention individuelle, qui comporte leur nom et les grandes lignes de leur projet agricole ou para-agricole. Cette déclaration n'a pas de valeur juridique particulière mais est considérée comme un préalable à la signature de baux agricoles.


Les autorités ont donné aux opposants jusqu'au lundi 23 avril pour se régulariser en remplissant ce formulaire. Au delà de cette date, "tout ce qui doit être évacué sera évacué", a prévenu Emmanuel Macron. La majorité des 68 habitations précaires restantes sur la zad pourraient donc être détruites, comme l'ont été 29 squats pendant la première semaine d'expulsions.


Sur les 250 personnes qui occupent durablement la zone, "les seuls qui sont en situation régulière sont les quatre agriculteurs historiques qui ont demandé la rétrocession de leurs terres et ceux qui ont une convention d'occupation temporaire qui souvent exploitent les terres sans habiter là", avait détaillé Mme Klein, qui a recensé "33 conventions d’occupation temporaire de parcelles" signées individuellement.

Ce que veulent les zadistes : du temps (et des projets collectifs)

Donner son nom, c'est justement ce qui dérange bon nombre de zadistes. Jugeant la procédure de régularisation trop individuelle, certains réclament un formulaire permettant de déclarer leur projet d’activités à titre collectif. D'autres craignent également que le fait de donner leur nom les expose à des poursuites judiciaires.


Cette date butoir du 23 avril, présentée par Nicolas Hulot comme une "main du gouvernement" tendue aux opposants, est qualifiée par ces derniers de "compte à rebours infernal" et même de "pistolet sur la tempe" par Dominique Fresneau, le coprésident de l’Acipa, l'association historique d'opposants à l'aéroport.


Interrogée dans Le Monde, Sarah, 29 ans, estime que "ce n’est pas possible de pondre un projet agricole durant un siège militaire comme celui-là. Et puis nous, habitants de [la ferme des] '100 noms', on déclare quoi comme parcelle ? Les forces de l’ordre nous ont virés, elles ont tout détruit". À propos du formulaire individuel, cette zadiste "n’a pas envie de faire un truc bidon" et dit vouloir "trouver une manière de se régulariser, mais il faut aussi que les autorités fassent avec qui on est". 

Pas de nouveau Larzac

Y a-t-il un entre-deux possible entre la position des autorités et les différentes oppositions des zadistes ? Plusieurs fois au cours du débat, l'exemple du Lazac a été avancé. Première "zad" de France, le plateau du Larzac a été occupé pendant une décennie par des opposants au projet d'agrandissement d'une base militaire, de 1971 à 1981. Après avoir remporté leur bras de fer, ces opposants, réuni dans un seul collectif, ont pu louer le terrain dont l'État est propriétaire, et y développer des activités agricoles et culturelles.


Mais cette solution de gestion collective n'est pas envisagée par les autorités.  "Le Larzac n'est pas reproductible ici", a affirmé Nicolas Hulot, à l'unisson avec la préfète Nicole Klein. Tous deux affirment en revanche qu'ils ne fermeront pas la porte à des coopératives ou à des GAEC (groupements agricoles d'exploitation en commun), mais font des déclarations individuelles un préalable.

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