Radio pirate, covoiturage et jus de citron : comment les zadistes s'organisent face à l'intervention policière

EXPULSION - Au troisième jour d'expulsion d'une partie des opposants restés sur la zone de l'ancien projet d'aéroport de Notre-Dame-des-Landes, les "zadistes" qui restent s'organisent pour rendre l'évacuation la plus compliquée possible.

Sur la zad, tout le monde écoute Radio Klaxon. Les zadistes comme les gendarmes. On y entend pèle-mêle du rap, du jazz ou de la drum'n bass, mais aussi des flashs d'information précédés d'un bruit de klaxon, très réguliers depuis le début de l'intervention policière destinée à expulser une partie des opposants à l'ex-projet d'aéroport de Notre-Dame des Landes.


En début d'après-midi, une voix féminine annonce à l'antenne de cette web-radio zadiste les lieux détruits le jour-même par les forces de l'ordre : "la Dalle à caca, la Boîte noire et la Gaieté". Les présentateurs, informés en direct de la situation par les textos d'autres opposants, transmettent aux auditeurs les mouvements des gendarmes mobiles, donnent des nouvelles des personnes arrêtées ou blessés, et plusieurs consignes.


Après quelques heures de calme, les gendarmes mobiles se sont de nouveau déployés vers 15 heures. Radio Klaxon entrecoupe un morceau de musique orientale par des flashs courts et précis : "Ça charge aux Vraies rouges, il y a des blessés, beaucoup de gaz, des tirs tendus et des grenades. On a besoin de Maalox" (dilué, le Maalox aide à lutter contre les effets du gaz lacrymogène, ndlr)... "2 blindés et 2 camions bâchés arrivent par le sud à la Saulce".... "un blessé évacué des Fosses vers le Gourbi".... "250 flics à pied arrivent en direction de la Gréé à 200 m de la première barricade".

Deux jours auparavant, une chaîne de sms appelait "toutes celles et ceux qui peuvent à nous rejoindre dès maintenant ou dans les prochains jours". Et les renforts sont venus. Sur place, de nombreuses sources affirment que le nombre d'opposants a augmenté. Certains sont revenus car la bergerie du lieu-dit "Les 100 noms" a été détruite, alors que les discussions entre les autorités et les opposants institutionnels, incarnés par l'association Acipa, laissaient penser que le lieux était protégé.


Cette démolition a ressoudé les opposants aux motivations très variées, la capacité d'organisation des zadistes promet de rendre l'opération policière plutôt compliquée. Après plusieurs années sur place, parfois marquées par d'autres tentatives d'expulsion, les occupants de la "zone à défendre" ont acquis une expérience. 


Sur les réseaux sociaux, de nombreux messages circulent, adressés à ceux qui veulent rejoindre la zad. Y sont listés les fournitures nécessaires sur place : nourriture, écouteurs ("pour écouter radio klaxon"), jus de citron et Maalox (on sait désormais pourquoi), gants, compresses, etc.

Équipes médicales, cartographes, médias d'information en continu, conducteurs de tracteurs... l'organisation semble rodée parmi les zadistes et leurs soutiens. Certains se chargent des repas pendant que d'autres occupent le terrain et tentent d'empêcher plus ou moins violemment les expulsions et les destruction de cabanes. 


Cocktails molotov, catapultes pour lancer des pierres à bonne distance... En plus du soutien logistique, des techniques beaucoup plus agressives sont mises en oeuvre par certains zadistes. Un stand "collecte de pipi" a été vu sur place afin de confectionner des "pipitov", des cocktails molotov où l'essence a été remplacée par de l'urine. 

En dehors de la zad, les soutiens des opposants s'organisent aussi. Plusieurs annonces de covoiturage circulent sur les réseaux sociaux proposent de transporter les volontaires sur la zone. "Minivan 7 places en départ du 65 vendredi en fin d'aprèm, il nous reste 4 places. Possibilité de récupérer du monde sur le Gers, région toulousaine, Lot-et-Garonne, Dordogne", annonce l'une d'elle. 


En fin d'après-midi, ce mercredi, l'électricité avait été coupée sur une partie de la zad. Alors que les forces de l'ordre semblent gagner du terrain sur place, un message sur un de ses sites proches des zadistes évoque déjà la "reconstruction" et commence à lister le matériel utile : "les consommables comme clous, vis ; câble électrique ; planches, poutres, etc."


Inactive pendant une petite heure au moment de l'offensive des gendarmes mobiles, Radio Klaxon émettait de nouveau en fin d'après-midi. Cette fois, c'est une voix masculine qui lit en boucle une annonce déclinant les lieux encerclés par "les bleus", ainsi que la "bonne nouvelle" du moment : un camion de gendarmerie embourbé non loin.

Tout savoir sur

Tout savoir sur

Notre-Dame-des-Landes : après l'abandon et l'évacuation, le dépôt des dossiers

Sur le même sujet

Plus d'articles

Lire et commenter