"Nous ne sommes pas des autistes" : la présidente de SOS Autisme dénonce un "dérapage" de Pujadas

"Nous ne sommes pas des autistes" : la présidente de SOS Autisme dénonce un "dérapage" de Pujadas

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INFO METRONEWS – "Nous ne sommes pas des autistes", a déclaré David Pujadas pour expliquer l'attitude de ses équipes lors de l'imbroglio qui a conduit jeudi à l'annulation de l'émission "Des paroles et des actes" avec Marine Le Pen. La présidente de l'association SOS Autisme, Olivia Cattan, va envoyer dimanche soir une lettre ouverte au présentateur du JT de France 2 pour dénoncer ces "propos jugés irrespectueux et préjudiciables par de nombreuses familles et personnes autistes".

"Ce n'est pas à vous, Monsieur Pujadas, grand journaliste qui a fait de grandes écoles, que je vais apprendre à quel point les mots sont importants." Le sang d'Olivia Cattan, elle-même journaliste, n'a fait qu'un tour lorsqu'elle a entendu les explications que David Pujadas donnait, dans une interview publiée jeudi sur FranceTVinfo et reprise ensuite par plusieurs médias , pour justifier l'attitude de la rédaction en chef de "Des paroles et des actes" (DPDA) dans le psychodrame qui s'est soldé par l 'annulation de la venue de Marine Le Pen .

"Nous l'avons entendue, déclarait-il à propos de la recommandation du CSA qui a conduit France 2 a décidé de modifier le programme de l'émission. Nous ne sommes pas des autistes". Cette dernière phrase a suscité la colère d'Oliva Cattan, présidente de SOS Autisme France , qui nous confie avoir écrit une lettre ouverte au présentateur du JT de France 2, qu'elle lui enverra dimanche soir, pour dénoncer des "propos jugés irrespectueux et préjudiciables par de nombreuses familles et personnes autistes". "Depuis des années, le mot 'autiste' est employé à tort et à travers, devenant peu à peu une insulte. ( ) Et aujourd'hui, c'est au tour de Monsieur Pujadas, journaliste pourtant chevronné et éclairé, de déraper", écrit-elle dans ce texte, où elle épingle d'autres responsables politiques ayant tenu des propos similaires, à l'instar de l'ancien ministre Laurent Wauquiez jugeant que "le président Hollande ne doit pas rester autiste".

Elle lui demande un euro symbolique et une heure de son temps

"Que vouliez-vous signifier au juste en disant cela Monsieur Pujadas ?, poursuit-elle. Que vous n’étiez pas sourd, mais alors là vous mélangeriez deux handicaps bien différents, ou plutôt pensiez-vous à 'déficient mental' ? Si c’est le cas, savez-vous Monsieur Pujadas que l’autisme n’est pas une déficience mentale ?". Pour enfoncer le clou et permettre à David Pujadas de mieux saisir "la confusion de langage" qu'il a faite "sans s'en rendre compte", Olivia Cattan, qui estime que les mots ont "une influence sur la façon de percevoir les personnes handicapées", rappelle la définition que la Haute autorité de santé donne de l'autisme : "C’est un trouble du développement caractérisé par des perturbations dans les domaines des interactions sociales, de la communication et par des comportements, intérêts et activités au caractère restreint, répétitif".

Contactée par metronews, celle qui a également lancé récemment un coup de gueule contre l'intervention d'Eglantine Emeyé dans l'émission "On n'est pas couché" , explique vouloir faire faire "de la pédagogie" en interpellant ainsi David Pujadas – comme elle l'avait l'an dernier pour le député Noël Mamère, qui avait tenu des propos similaires et s'était ensuite excusé. "Que l'on soit homme politique ou journaliste, on doit donner l'exemple de la bonne sémantique et du bon langage, nous explique-t-elle. Car si nous commençons nous-mêmes à parler comme cela, il ne faut pas s'étonner que les enfants utilisent cette insulte dans les cours d'école". Un sondage IFOP réalisé en 2014 pour son association révélait en effet que 29% des 18-24 ans reconnaissent avoir déjà traité un tiers d'autiste.

Pas question d'une quelconque action en justice contre David Pujadas. Mais dans sa lettre ouverte, Olivia Cattan lui propose de verser "un euro symbolique" à son association, "afin de transformer ce dérapage préjudiciable en action positive de sensibilisation des médias". La présidente de SOS Autisme, qui racontait dans son livre "D'un monde à l'autre" (éditions Max Milo, paru en 2014) son combat pour permettre à son fils de vivre normalement , invite également le présentateur à accorder "une heure" de son temps, "dans les prochains jours", pour venir rencontrer des enfants, adolescents et adultes autistes. De manière à ce qu'il puisse "mettre un visage humain derrière ce mot" qu'il emploie "sans savoir ce qu'il représente". Et ainsi "prendre conscience de leur intelligence, de leur humour et du regard qu'ils ont sur le monde".

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