Nouveau forum des Halles : "Le projet a été très mal conduit de bout en bout"

Nouveau forum des Halles : "Le projet a été très mal conduit de bout en bout"

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POINT DE VUE - Après 5 ans de travaux, la Ville de Paris inaugure ce mardi après-midi la Canopée des Halles, qui surplombe le Forum, dans le centre de Paris. Mais la fête laisse un goût amer aux associations de riverains, qui, en plus de dénoncer la privatisation des lieux par le promoteur Unibail, "ont de sérieux doutes sur le fonctionnement futur de cette Canopée et de ses équipements."

Enfin ! Les invitations sont parties, l’inauguration des nouvelles Halles de Paris a lieu ce mardi après-midi. Au programme, visite de presse, discours et "geste inaugural", avant une ouverture au public de cette gigantesque Canopée . Enfin ! Car depuis des années, ce chantier fait parler, tiquer, et traîne en longueur. Pour la Ville, ça va être champagne et petits fours : cette Canopée symbolise le "renouveau du quartier", cette place centrale dans Paris, mêlant gare de RER, stations de métro, et où transitent chaque jour 750.000 personnes, le tout avec une architecture futuriste. 

Mais pas sûr que les associations de riverains soient autant à la fête. L'une des principale, Accomplir , qui a participé aux réunions de consultation tout au long du projet, est même très amère. "Le projet a été très mal conduit de bout en bout", constate Gilles Pourbeix, membre de l’association. "Il n’y a pas eu de consultation fine du quartier, pas de pilote dans l’avion." Au total, Accomplir déplore en vrac absence de lumière du projet initial, insuffisance des équipements métropolitaine, vente au promoteur Unibail, massacre des jardins… Rien ne va.

"Il reste deux ans de travaux"

Seul soulagement : cette inauguration marque le début de la fin des travaux qui ont empoisonne le quartier. Même si, dans les faits, le chantier est loin d’être terminé : "Les jardins ne sont pas finis, les rues avoisinantes du quartier piétons doivent être refaites, la gare RER et sa mise en sécurité ne sont pas finies… C’est paradoxal qu’on inaugure un bâtiment alors qu’il reste deux ans de travaux", note Gilles Pourbeix.

Et sur ce qui a été fait, là encore, c'est la désillusion. Le rendu, d'abord. "Où sont passées les esquisses qui ont séduit le jury en 2007 ?", questionne Gilles Pourbeix. "On y voyait un bâtiment tout en légèreté et en lumière." Ce qui était vendu, en effet, par le cabinet de Patrick Berger et Jacques Anziutti, c’était 18 000 écailles de verres, un immense toit en verre grand comme la place des Vosges, surplombant un vaste espace de circulation. Cette Canopée, ce toit aérien, était censé évoquer une feuille. Les photos du cabinet évoquent d’ailleurs bien cet objet léger, futuriste.


Force est de constater, que la réalité est parfois moins belle que la fiction. "Ils ont oublié la légèreté et conservé les 7 000 tonnes de métal. C’est lourd, quasi opaque ", tonne Gilles Pourbeix. Lui qui habite à 50 mètres est formel : "Toutes les vues données aux médias sont aériennes. Moi, je vis au niveau du sol, je ne vois pas du tout les choses de la même façon. Vous êtes déjà passé sous la Canopée ? Il n’y a pas de lumière." Et c'est sans parler du rendu de cette couleur "sable" de la charpente : "Le toit est d’un horrible jaune. Il donne une mine horrible à tous ceux qui passent dessous." Pas de lumière extérieure peut-être, mais l'éclairage artificiel n'est pas oublié. "D'après nos ses observations, il sera allumé sous la structure toute la journée". Quant à l’esthétique globale, elle "écrase le quartier" :  "On a perdu toutes les perspectives, On ne voit plus l'église Saint-Eustache", déplore Gilles Pourbeix. "C’est un nichoir à pigeons géant qui laisse passer la pluie. Sans parler de l’entretien qui promet d’être compliqué."


Si le contenant n'emballe pas, le contenu ne trouve pas davantage grâce aux yeux d'Accomplir. La Ville, qui a englouti plus d’un milliards d’euros dans le chantier, s’est vanté d’y avoir installé "6000 m2 d’équipements publics destinées à la culture", soit la "plus grande concentration d’équipements culturels de Paris". Soit un conservatoire, une médiathèque, un centre hip-hop, et une Maison des pratiques artistiques. Mais même là, ça pêche : il y a quelques semaines, les parents d’élèves du conservatoire, qui regroupe les quatre premiers arrondissements de Paris, ont envoyé une lettre à Anne Hidalgo, s’inquiétant que "les élèves des classe de musique et de danse ne disposent pas de lieux adaptés à leur travail quotidien". Les salles sont en effet "étriquées" pour les danseurs, et "les locaux destinés à l’orchestre symphonique ne permettant pas à ses musiciens de rentrer tous ensemble". Quant à l’auditorium prévu dans le projet initial, il a disparu… "Il a été remplacé par une boutique Nike", croit savoir Gilles Pourbeix.

Le fait rappelle en tout cas une réalité : le Forum des Halles reste surtout un immense centre commercial. L’endroit a d’ailleurs été totalement racheté en 2010 par Unibail, qui, pour cela, a versé 238 millions d’euros à la Ville. "Anne Hidalgo a toujours dit que la Ville n’avait pas vocation à gérer un centre commercial, et Paris s’est totalement désengagé", estime Gilles Pourbeix. "Cela se discute : cet endroit est le centre de Paris, le point d’accès à l’une de ses gares principales. Pour accéder à des espaces publics, RER ou RATP, on va passer par des allées privées. Ils peuvent y faire ce qu’ils veulent." Comme décider ces escalators en Z qu’a installé Unibail, qui permettent, à l’inverse de ceux en W, de faire passer les usagers devant toutes les boutiques pour passer d’un étage à l’autre. Des petits détails ? Pas si sûr...

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