Nouvelle Calédonie : tout comprendre de la crise et du référendum d'indépendance

DirectLCI
DÉCRYPTAGE - A moins d'un an du référendum sur l'indépendance, le Premier ministre Edouard Philippe est arrivé dans la nuit de vendredi à samedi à Nouméa. Il entame une visite de quatre jours sur ce territoire français depuis 1853 qui doit se prononcer l'année prochaine sur son indépendance. Les habitants devront décider s'ils souhaitent quitter ou non, le giron de la France. Explications.

Le déplacement est sensible et très politique. Edouard Philippe entame une visite de quatre jours, en Nouvelle-Calédonie : son premier dans cet archipel du bout du monde. L'occasion pour le Premier Ministre de "faire le point sur les travaux qui se poursuivent", avant la tenue du référendum, prévue en novembre 2018. 


Cette visite qui intervient un mois après un premier accord sur le référundum trouvé entre les partisans de l'indépendance et les non-indépendantistes, doit permettre au Premier Ministre de visiter les trois provinces du "Caillou" et rencontrer les forces politiques favorables et défavorables à l'indépendance. Le chef du Gouvernement devrait aussi participer, avec le judoka Teddy Riner, à une cérémonie de désignation des "ambassadeurs de l'inscription sur les listes électorales", sujet extrêmement sensible pour pouvoir participer au référendum sur l'indépendance.

Le référendum d'autodétermination : un processus engagé il y a trente ans

Après un processus de plus 30 ans, un référendum sur l'indépendance sera présenté à ses habitants avant novembre 2018. Dans les années 80, les affrontements entre indépendantistes kanaks et loyalistes caldoches d'origine européenne sont nombreux. Mais l'histoire en gardera principalement le point culminant de ces affrontements : la prise d'otages de gendarmes par des Kanaks dans la grotte d'Ouvéa : 19 d'entre eux sont tués lors de l'assaut, ainsi que deux militaires. Quelques semaines plus tard, les accords de Matignon marquent un retour à la paix. Dix ans plus tard, les accords de Nouméa entérinent l'organisation d'un référendum d'autodétermination pour 2018 au plus tard. 


Mais si pour l'heure, seules deux voies semblent possibles, une troisième pourrait être envisageable : celle d'un statut à part qui permettrait à la Nouvelle Calédonie de rester dans le giron de la République. En d'autres termes, Edouard Philippe vient prendre la température locale après les négociations qui se sont tenues à Paris, récemment. Lors de ces discussions, menées à Paris, il fallait parvenir à un accord sur le corps électoral autorisé à voter au référendum sur l'indépendance. Les indépendantistes ayant toujours considéré que seuls les Kanaks, population autochtone, avaient légitimité à se prononcer, cela constituait le principal point d'achoppement entre les deux camps. 

Le référendum en quelques repères

  • Nov. 2018

    Référendum d'autodétermination

  • 5 mai 98

    Accord de Nouméa (avec un nouveau statut et le report du référendum)

  • 26 juin 1988

    Accords de Matignon (nouveau statut d'autonomie, et décision du scrutin d'autodétermination prévu en 1998)

Un référendum mais avec des spécificités électorales

Un processus de décolonisation progressif est en cours dans cet archipel français depuis 1853. Comme expliqué plus haut, il doit déboucher selon les termes de l'accord de Nouméa de 1998 sur un référendum d'autodétermination, qui doit avoir lieu au plus tard en novembre 2018. En cas de réponse négative à l'indépendance, deux autres scrutins référendaires sont envisagés par la loi. La composition de la liste électorale spéciale qui votera lors de ce référendum parasite les relations politiques sur l'île. 


Il existe trois listes électorales, en Nouvelle-Calédonie. Une générale, pour les élections nationales françaises. Elle est ouverte à tous les Français résidant sur place depuis au moins six mois. La deuxième est la liste provinciale : elle permet d'élire les membres des assemblées de province et du Congrès. Et enfin, la liste spéciale (Lesc) qui permettra de voter la consultation de 2018. C'est cette liste qui posait problème. 


Début septembre, le Conseil d’État sollicité par le gouvernement avait estimé qu'il était envisageable de pouvoir inscrire d'office tous les natifs, sous réserve d'une présence minimum de six mois dans la commune, sur la liste générale. En vertu des critères fixés par la loi organique de 1998, une fois présents sur la liste générale, les Kanaks ayant un statut civil coutumier (les droits de la personne, des biens, de la famille sont régis par les règles de la société traditionnelle) rejoignent sans condition la liste pour le référendum.

Ce que cela changerait pour la Nouvelle-Calédonie, si le oui l'emportait

Actuellement, la Nouvelle Calédonie est une collectivité française d'Outre-Mer. Elle a un statut spécial qui lui a été conféré en 1998, en vertu des accords de Nouméa. Elle a donc son gouvernement, un congrès, un sénat ainsi qu'un conseil économique et social. Comme Saint-martin, Saint-Barthélémy ou encore La Polynésie Française, ou encore Wallis et Futuna, le "Caillou" bénéficie d'une autonomie juridique et patrimoniale. Elles s'administrent mais ne possèdent que des compétences administratives, ce qui ne leur permet pas d'édicter des lois ou des réglements autonomes, ainsi que l'indique le site Vie Publique. 


Le gouvernement calédonien fixe entre autres les prix et les tarifs réglementés, l'organisation des services du territoire, établit le programme des importations ou nomme les officiers publics et ministériels. Ces collectivités sont gérées par des assemblées élues au suffrage universel direct et c'est la loi qui détermine leurs champs de compétences. Si le oui l'emportait, l'enseignement, la défense ou encore la justice, des compétences gérées par la France, seront transférées au gouvernement local. 

A un an du référendum, c'est l'incertitude

Moins d'un an avant le référendum l'incertitude demeure, quant à l'issue de celui-ci. De nombreux facteurs économiques et sociaux viennent renforcer les inquiétudes sur l'avenir du territoire. Après plusieurs années de relative tranquillité, portée par les investissements publics et ceux dans l'industrie du nickel, l'économie calédonienne peine à se diversifier dans d'autres secteurs. L'échec de sa diversification dans le tourisme, l'agriculture ou l'économie bleue met en lumière sa trop grande dépendance aux revenus des ressources minières. 


Depuis les accords de 1998, la priorité a pourtant été donnée au développement économique et à la construction d'équipements publics mais les tout ceci s'est fait parfois au détriment des enjeux sociaux. Le territoire océanien se classe 9e dans la classement des endroits les plus violents de la République. Les dernières statistiques le montrent : des hausses sensibles de la délinquance juvénile et des violences conjugales sont remarquées. Le quart des faits de délinquance sont imputables aux mineurs et chaque week-end apporte son lot de violences dans une île où "la violence a tendance à se banaliser", relèvent les forces de police et de gendarmerie. 

Quant aux routes, celles de Nouvelle-Calédonie sont plus meurtrières que celles de métropole avec un taux quatre fois plus important et notamment l'alcool au rang des premières causes. Les acteurs sociaux tirent régulièrement la sonnette d’alarme sur le nombre croissant de "jeunes en perte de repères" qui trouvent dans l'alcool et le cannabis un exutoire. Pourtant, en 2012, un plan global de lutte contre les addictions a été mis en place : celui-ci a depuis été enterré. Chaque année, ils sont entre 600 et 700 jeunes à décrocher du système scolaire, selon les estimations qui pourraient être revus à la hausse. 

La position d'Emmanuel Macron sur la question

Autant de problématiques sociales qui font de ce territoire d'outre-mer, un "enjeu" politique pour le Gouvernement Macron. Emmanuel Macron n'a jamais fait mystère de son souhait que le territoire reste dans la France : il l'avait affirmé en mai dernier, au journal Les nouvelles calédoniennes. Il se disait "convaincu que la présence de la France est nécessaire pour garantir la paix civile et le développement", en Nouvelle-Calédonie. Mais ne pouvant décider du futur de l'archipel, il avait relativisé : "quel que soit le choix qui sera fait, la République sera aux côtés de la Nouvelle-Calédonie, car il ne peut y avoir de rupture dans notre histoire commune". 

Sur le même sujet

Plus d'articles

Lire et commenter