Nouvelles statistiques de la délinquance : des chiffres enfin fiables ?

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OPÉRATION TRANSPARENCE - Le ministère de l'Intérieur diffuse mardi matin des tendances mensuelles de la délinquance sur une nouvelle plateforme baptisée InterStats. Avec la caution des statisticiens issus de l'Insee, ce service a pour vocation de fiabiliser ces indicateurs politiquement sensibles. Mais il pourrait prêter le flanc à certaines critiques. Décryptage.

Est-il possible, en France, d'observer l'évolution de la délinquance avec sérénité ? Cette éternelle question revient sur la table mardi matin. Le ministère de l'Intérieur doit mettre en ligne, via son site Internet, une plateforme baptisée InterStats qui délivrera les principales évolutions des crimes et délits commis dans l'Hexagone. Le but poursuivi : "professionnaliser l'analyse" de la délinquance en appuyant les principales données sur la caution de statisticiens issus de l'Insee et regroupés dans un nouveau service du ministère mis en place depuis septembre 2014, à l'instigation de Manuel Valls. Voici les garanties apportées et leurs limites.

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 Le "timing" de la délinquance ne dépend plus du politique
Première garantie, la publication des chiffres ne sera pas soumise à une décision ministérielle. "Les dates de mise à disposition sont définies par nous, selon des critères techniques, hors du calendrier politique", assure François Clanché, inspecteur général de l'Insee et chef du service statistique ministériel de la sécurité intérieure. "Tout le monde aura accès à ces données au même moment, à 8h45, sauf le ministre de l'Intérieur qui les aura à disposition la veille au soir, mais sous embargo."

 Les chiffres police-gendarmerie ne seront pas l'alpha et l'oméga
Les données diffusées par InterStats se baseront avant tout sur l'enquête annuelle "Cadre de vie et sécurité" produite par l'Insee depuis 2007 avec l'Observatoire national de la délinquance (ONDRP). Cette étude menée auprès de 17.000 ménages - la prochaine est prévue pour novembre - "est la donnée la plus certaine" pour mesurer la délinquance subie, estime le chef du service. A côté, les chiffres de "l'activité police-gendarmerie" continuent d'être exploitées mais elles sont "imparfaites car elles ne sont pas créées pour faire de la statistique", dans la mesure où les infractions signalées aux forces de l'ordre ne représentent pas la totalité des faits de délinquance.

 Des données "fraîches" transmises tous les mois
Les données issues de la police et de la gendarmerie seront exploitées et publiées chaque mois. Le service statistique a fait le tri en retenant 9 catégories jugées "fiables" : homicides, vols avec armes, vols sans arme, vols sans violence, coups et blessures volontaires sur personnes de plus de 15 ans, cambriolages, vols de véhicules, vols d'accessoires sur véhicules. Sur InterStats, le grand public aura accès à des graphiques proposant l'évolution mensuelle, trimestrielle ou pluriannuelle de la délinquance, avec ou sans correction des phénomènes saisonniers (par exemple, les cambriolages connaissent des pics entre novembre et janvier). Pour éviter les mauvaises interprétations, les statisticiens recommandent de se focaliser "sur trois mois, voire sur un an", plutôt que sur un seul mois.

 Mais des données très incomplètes
Pour créer leur nouvel outil, les statisticiens ont substitué les 9 nouvelles catégories aux 107 types d'infractions recensés depuis 1972 dans " l'état 4001 " et regroupés dans le grand magma fourre-tout de la "délinquance générale". "L'état 4001 avait été créé à l'origine pour suivre l'activité des forces de sécurité, pas pour mesurer l'insécurité en France", justifie François Clanché. "Nous avons choisi de ne garder que les domaines représentatifs de la délinquance réelle." Exit, donc, les données relatives par exemple aux viols (5% seulement seraient déclarés aux forces de l'ordre), ou encore le vandalisme ou les dégradations. Exit, aussi, les données pourtant précieuses sur la délinquance économique et financière. Elles seront toujours accessibles sur la plateforme de données publiques data.gouv.fr mais n'entreront plus dans la communication du ministère de l'Intérieur. De quoi laisser présager, d'ores et déjà, de virulentes critiques de l'opposition sur les "chiffres cachés" de la délinquance. Un éternel recommencement.  

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