Nucléaire : après Fessenheim, combien de centrales fermeront en France ?

Nucléaire : après Fessenheim, combien de centrales fermeront en France ?

Société
DirectLCI
ÉNERGIE - Le ministre de la Transition écologique a confirmé il y a quelques jours que la centrale nucléaire de Fessenheim fermera avant 2022, et ce même si l'EPR de Flamanville n'a pas été mis en service. Mais pour les autres centrales vieillissantes, l'État se donne le choix entre plusieurs scénarios.

L'avenir du nucléaire en France se précise, et en particulier celui de la centrale de Fessenheim. Le ministre de la Transition écologique François de Rugy a confirmé ce jeudi que la plus vieille centrale nucléaire en activité en France "fermera pendant ce mandat, d'ici 2022". Cette fermeture, a précisé le ministre sur franceinfo, ne sera plus conditionnée à la mise en service de l'EPR de Flamanville, une centrale nucléaire de nouvelle génération. Le démarrage de cette dernière a été retardé d'1 an en juillet par EDF, repoussant celui-ci à 2020.


"Aujourd'hui, on est obligé d'envisager de ne pas faire les deux opérations en même temps car tout simplement nous n'avons

pas de date", a expliqué François de Rugy. "EDF n'est pas capable de nous donner une date et l'Autorité de sûreté du nucléaire non plus sur l'ouverture de Flamanville", a-t-il ajouté, en évoquant "quelques problèmes autour du développement de l'EPR". Le chantier, démarré en 2007, était en effet censé se terminer en 2012, et devait coûter 3 milliards d'euros. L'EPR aura finalement au moins 8 ans de retard et sa facture atteindra au moins 10,9 milliards d'euros, selon EDF.

Le site de Fessenheim transformé en centre de démantèlement des centrales nucléaires

Ce même jeudi, le plan de reconversion du site de Fenssenheim devait être présenté sur place par le secrétaire d'État Sébastien Lecornu, qui devait fait le déplacement dans la petite ville collée à la frontière allemande, entre Colmar et Mulhouse. Objectif du plan : "faire de Fessenheim une reconversion économique exemplaire", selon le ministère de l'Écologie cité par Le Monde, et surtout garantir des perspectives pour les 850 agents EDF et les 300 salariés des entreprises sous-traitants travaillent sur le site, ainsi que pour les 1.000 emplois indirects qui en dépendent. Pensé pendant 9 mois par l'État et toutes les collectivités locales concernées (Alsace, Haut-Rhin, Fessenheim et sa communauté de commune), ce plan doit aussi compenser les 14 millions d'euros de recettes fiscales annuelles pour ces dernières.


Cette reconversion consistera notamment à créer une zone d'activité au nord de Fessenheim, a indiqué le secrétaire d'État, qui annonce le déblocage de 10 millions d'euros pour accompagner son développement, ainsi qu'une prime de 15.000 euros par emploi créé. Cette zone, aménagée par une société d'économie mixte franco-allemande, doit occuper 200 hectares au total, "dont 30 hectares seront disponibles dès le 1er janvier 2020". Quant à la perte de recettes fiscales pour les collectivités, l'État s'est engagé à la compenser en partie, à hauteur de 30 millions d'euros sur 10 ans.

EDF a également annoncé la création sur le site nucléaire d'un "technocentre de démantèlement des grosses pièces métalliques" des centrales, censé générer 200 emplois et 100 millions d'euros d'investissements. "Il y aura à l'avenir des besoins dans le démantèlement des centrales nucléaires, c'est une opportunité à saisir avec les Allemands", affirme Sébastien Lecornu, cité par Le Monde.

D'autres fermetures de centrales avant 2028 ?

Si l'avenir du site de Fessenheim semble acté, qu'en est-il de celui des autres centrales vieillissantes ? Il dépendra du document de Programmation pluriannuelle de l'énergie (PPE) censé fixer la politique énergétique de la France jusqu'en 2028, et qui doit être dévoilé par le gouvernement fin octobre. Mais pour se décider, l'exécutif doit choisir entre des scénarios contradictoires, avec pour objectif de passer la part du nucléaire dans la production d'électricité de 75% à 50% le plus vite possible, tout en respectant les objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre.


Le gestionnaire de réseau RTE, filiale indépendante d'EDF, a mis sur pied 5 scénarios différents, dont 2 ont été retenus par Nicolas Hulot début 2018. Ces 2 scénarios envisagent la fermeture de 9 à 16 réacteurs nucléaires d'ici 2035. Mais selon Les Échos, qui cite une source anonyme, RTE estime qu'il est possible de fermer 6 réacteurs nucléaires entre 2024 et 2028. Il s'agit des réacteurs les plus vieux, d'une puissance de 900 mégawatts (MW). Le problème, c'est qu'EDF n'envisage pas de fermer de réacteurs avant 2029, et propose d'en fermer 7 à 12 entre 2029 et 2035. Lequel de ces deux scénarios sera privilégié par l'État ? Réponse fin octobre, en théorie.

En vidéo

VIDÉO - Un rapport parlementaire pointe du doigt les failles sécuritaires des centrales nucléaires

Prolonger la durée de vie des réacteurs : une opération à 100 milliards ?

"Je doute qu'il y ait d'autres décisions de fermetures de centrales (que celle de Fessenheim) avant la fin du quinquennat, sauf si l'Autorité de sûreté nucléaire l'impose", anticipe une source anonyme interne à EDF, citée par Reuters. "Reste à savoir si la PPE inclura une liste de réacteurs à fermer." Cette source estime également que la stratégie bas carbone de l'État "protège EDF dans la décennie qui vient".


D'ici 2035, 26 réacteurs nucléaires sur 56 (sans compter les 2 réacteurs de Fessenheim) vont atteindre les 50 ans d'utilisation depuis leur date de mise en service. Alors que les centrales nucléaires ont été conçues pour une durée de 40 ans, EDF prévoit des travaux pharaoniques d'ici 2025 pour prolonger leur durée de vie à 60 ans. Le coût de ces travaux, baptisés "grand carénage", est estimé à 50 milliards d'euros par EDF et à 100 milliards d'euros par la Cour des Comptes).

Sur le même sujet

Plus d'articles

Lire et commenter