Nuit de la solidarité : on a les chiffres et les profils des sans-abris... et maintenant, on fait quoi ?

Nuit de la solidarité : on a les chiffres et les profils des sans-abris... et maintenant, on fait quoi ?

BILAN - Après le décompte des sans-abris à Paris en février lors de la Nuit de la solidarité, la Ville dressait le premier bilan, jeudi soir, du visage de la précarité dans la capitale. L'occasion de se poser la question des suites à donner à l'événement.

L'acte I s'est tenu dans les rues de Paris, à la recherche des sans-abris. L'acte II a eu lieu sous les hauts plafonds dorés de l'Hôtel de Ville. Avec des stands d'assos, des gommettes à coller sur des panneaux pour dire ce qui a plu ou pas, des fournées de petits fours qui attendent sagement devant les serveurs en grande tenue. C’est sûr, le décor a changé. Après la Nuit de la solidarité le 15 février dernier à Paris, où 1700 bénévoles et encadrants ont quadrillé la ville pour recenser les sans-abris, la mairie de Paris faisait le grand bilan de l'événement, jeudi soir, et invitait pour l’occasion tous les participants de cette grande soirée. LCI y était. 

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Concepts lumineux

Anne Hidalgo est arrivée dans la grande salle de l'Hôtel de Ville, les smartphone ont crépité. Sous les hauts plafonds, la maire de Paris a parlé "ville monde", "ville connectée". Elle évoqué les "défis" que cela posait et les "outils nouveaux à inventer". Elle a parlé d'une "ville qui gagne, d'une ville qui attire", mais "forcément, quand on attire, on attire aussi ceux qui vont moins bien". Elle a redit cette "volonté unique d'être attractifs mais de se mettre au service de ceux qui vont moins bien".  Et elle a félicité les Parisiens qui "ont répondu présent". Elle en a "encore la chair de poule"", du "temps que vous avez, que nous avons passés ensemble à parler dans la rue" : "une expérience humaine extraordinaire". Elle a parlé, enfin, "de la fierté qu'elle a d'être maire d'une ville qui réagit avec son cœur, avec ses tripes, qui ne veut pas se laisser dicter les choses par l'ordre établi". 

Dans un coin, une bénévole soupire, glisse en coin : "Ça aurait été tout de même mieux si on avait eu quelque chose à leur donner, aux sans-abris, pour cette Nuit de la solidarité. Ils le demandaient tous. Nous, bénévoles, on a eu des paniers repas. Ça aurait pu être pour eux. En plus, il y en a qui ont été jetés !"

En vidéo

Paris organise sa Nuit de la solidarité pour les sans-abris

Et tout ça donne quoi ?

Après les discours et les remerciements - et avant les petits fours - place aux chiffres. Des premiers résultats étaient déjà tombés, mais l'analyse fournie jeudi soir a été plus serrée, permettant de dresser plus en détail le profil de la précarité à Paris. Le 15 février au soir, 2952 personnes à la rue ont été rencontrées, dont 2025 dans la rue, le reste dans les métros, hôpitaux, parkings souterrains, gares, ou encore bois. Le public est, d'après le questionnaire, "d'une extrême précarité", indique Vanessa Benoit, directrice adjointe du Centre d'Action social de la Ville de Paris (CASVP). Un sur deux indique passer la nuit dans la rue, 17% dans une tente, 10% ne sait pas où aller. 

Autre enseignement, les sans-abris sont jeunes : les deux tiers ont entre 25 et 54 ans. 13% ont cependant moins de 25 ans ; et un quart a 55 ans ou plus. Ce sont des hommes, majoritairement, à 88%, mais la présence de femmes (12%) est importante.  Un quart des personnes à la rue ce soir-là sont dans des groupes de plus de 5 personnes ; 3% en famille ; et 71% de personnes seules. Côté longévité, Emilie Moreau, de l'Atelier parisien d'urbanisme, note "deux publics très distincts" : "plus d'un tiers sont à Paris depuis plus de 5 ans, et un quart depuis moins de trois mois". La majorité d'entre eux erre depuis plus d'un an. 17%, cependant, sont à la rue depuis moins d'un mois.

Le plus frappant ?

Pour  Vanessa Benoit, "c'est le fait que "65% des personnes rencontrées n'appelle jamais le 115". Et les raisons avancées sont éclairantes : "Une partie ne connaît pas, une autre explique que c'est injoignable, une dernière qu'il n'y a jamais de place." Sont avancés, aussi, des obstacles pratiques : pas de téléphone, le fait que les centres n'acceptent pas les animaux, ou que c'est compliqué pour les couples. Côté santé, une personne sur deux a un problème. 60% des sondés n'ont pas de couverture médicale.

Les souhaits des sans-abris ?

Les aides demandées sont diverses. Revient cependant, à 71%, une demande de logement ou d'hébergement, de prendre une douche (45%), un repas chaud (38%), d'avoir des vêtements (33%) ou encore de les laver (33%). "Les besoins fondamentaux sont très élevés", analyse Vanessa Benoit. "Mais il y a aussi une demande d'aide pour des démarches administratives, ou de domiciliation administrative, ou encore de charger son téléphone." 19% des répondants demandent aussi… une écoute, ou encore un lieu pour stocker leurs affaires personnelles. Moins de 4 personnes sur 10 indiquent avoir des ressources financières. Et, dans un tiers des cas, cette ressource est la mendicité. 

Maintenant qu'on a les chiffres, on fait quoi ?

"Cette photographie sur une nuit, en période de grand froid, alors que 16.000 places d'hébergement étaient ouvertes, nous oblige tous", affirme Dominique Versini, adjointe en charge de la Solidarité à Paris, qui a décliné jeudi soir plusieurs engagements de la Ville. Il manque, donc, 3000 places d'hébergements à Paris. "Paris s'engage à monopoliser son patrimoine municipal, pour couvrir au moins la moitié des 3000 places", indique l'adjointe. La Ville veut aussi "renforcer l'engagement citoyen", d’abord en reconduisant cette Nuit de la solidarité tous les ans, et surtout en créant un lieu de rencontre et de formation ouverte à tous, La Bulle, porte de la Chapelle à Paris. 

Dans les plans évoqués, encore, celui de mettre en œuvre "Des abris pour les sans-abris", un projet conçu dans le cadre du Budget participatif. "Il permettra de créer des petits abris dans les lieux de vie de ces sans-abris, qui ont un matelas et ne veulent pas forcément quitter un quartier dans lequel ils se sentent accueillis." Autres projets, très concrets : développer deux accueils de jours, créer une bagagerie par arrondissement, un bain douche dédié aux femmes, installer deux nouveaux restaurants solidaires, pour pouvoir manger assis.  

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