Nuit Debout : qui sont les" Indignés" de la place de la République ?

SOCIÉTÉ

RÊVE GENERAL - Le soir du jeudi 31 mars, après la manifestation contre la loi Travail, une centaine de personnes a "occupé" la place de la République à Paris. Trois jours après, ces militants qui veulent "faire converger les luttes", créer des espace de débats et "réinventer le monde", dans la lignée du mouvement espagnol des Indignés, sont encore là. Qui sont-ils ? Qui a lancé cette opération "Nuit Debout" ? Metronews vous en dit plus.

"Vous n’êtes pas au courant ? Ce soir est prévue une occupation de la place de la République." Dès jeudi matin, dans le cortège lycéen mobilisé contre la loi Travail, le mot circulait chez les plus militants : en soirée était annoncée une "occupation" de la place de la République, à Paris. L’événement était aussi relayé via une page Facebook, intitulée "Nuit Debout" , avec un mot d’ordre : "Occupons une place parisienne, passons la #NuitDebout pour résister et créer, retrouvons nous le 31 mars !"

Le bouche-à-oreille a bien fait le reste, et le soir, des centaines de personnes se sont retrouvées sur ladite place. Le même genre d’opération s’est aussi déroulé dans une vingtaine de villes . Cette "Nuit Debout" a été plutôt bien relayée médiatiquement, la presse s’étant aussi fait l’écho des évacuations des personnes par les CRS vendredi et samedi matin. Surtout, "Nuit Debout" a développé sur les réseaux sociaux des communications tous azimuts : un compte Twitter Nuit Debout est bien achalandé (déjà 11.300 followers et près de 2000 tweets en quelques jours), une chaîne Youtube et un live en direct sont proposés, le tout étant centralisé sur le site internet convergence-des-luttes.org .

Intermittents, syndicalistes, ou citoyens engagés...

Le ton, les modes d’action (assemblées générales, mise en place d’"espaces de dialogues, de création et de réflexion critique...), les slogans ("Rêve générale", "Commune Debout"), le renvoi  au pouvoir du "peuple"… Tout cela donne à "Nuit Debout" un petit parfum "zadiste", ces militants en lutte comme à Notre-Dame-des-Landes, ou plus généralement de mouvance altermondialiste. L’idée sous-jacente est en tout cas de faire naître un mouvement à l’image de celui des Indignés de Madrid en 2011.

Cette "Nuit Debout" tire tout de même son origine de quelques organisateurs, un collectif informel "composé d’intermittents, de syndicalistes et de citoyens engagés", décrit le collectif sur son site internet . Le premier coup de canif a en fait été donné par l'équipe du journal alternatif picard Fakir, et celle du film Merci patron (dont le réalisateur François Ruffin, est aussi le directeur de Fakir).

"On essaie d'inventer un truc, un point de fixation des espoirs et des luttes"

Depuis quelques semaines, en effet, est né un véritable engouement autour de ce documentaire, sorti le 24 février, qui raconte le combat d'un couple d'anciens ouvriers du groupe LVMH qui parvient à soutirer de l'argent au PDG Bernard Arnault. Malgré son budget modeste et sa campagne de promotion limitée , le film a connu un beau succès et fait le tour de France. Des débats ont été organisés autour des projections, mêlant "syndicalistes, intellos, zadistes, ouvriers, mal-logés, étudiants, précaires... ". De là est née la volonté de faire"converger les luttes", de Notre-Dame-des-Landes à Goodyear en passant par la Ferme des mille vaches, pour "construire autre chose". La date du 31 mars avait donc été fixée pour une première mobilisation. Avec ce mot d’ordre un peu flou : "On occupe une place, un lieu, on verra bien où. Et aussi, surtout : on cause. On essaie d'inventer un truc, un point de fixation des espoirs et des luttes."

Sur place, à République, tout cela donne donc un campement improvisé, méli-mélo de bâches tendues entre deux arbres où s'installent, peu à peu, cantine, infirmerie, media center et même sound-system. Dans l'ensemble, les combattants sont plutôt jeunes. Et les revendications dépassent le seul cadre de la loi Travail : certains dénoncent "les dérives sécuritaires", "les violences policières" ; d'autres insistent sur le combat pour le Droit au logement ; d’autres encore viennent des jeunesses communistes ou du NPA, pour participer à cet embryon de mouvement. Des commissions se mettent en place (notamment celle de la communication), des assemblées générales se tiennent, des slogans aux airs de déjà-vu fleurissent ("Désobéis aux lois injustes", "Nos rêves sont trop grands pour vos urnes !"), bref, une vie se crée.

Est-ce pour autant, le début d’un mouvement social et citoyen ? Encore difficile à dire, et les politiques restent très, très prudents. Comme Julien Dray, conseiller régional d’Ile-de-France, qui s'est rendu sur place : "Il ne faut pas non plus surestimer ce qui est en train de se passer. Il y a des choses qui se disent, il y a du rêve, tant mieux, de l'envie, tant mieux", a-t-il déclaré sur radio J. Avant d'ajouter : "Dans le rêve, il y a toujours de l'exagération"". Sur la page Facebook, le mouvement est en tout cas annoncé comme devant durer jusqu'au 4 avril. Mais la journée du 5 est déjà organisée : une nouvelle manifestation contre la loi Travail est prévue , entre Nation et Bastille, à l'initiative des organisations de jeunesse. 

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