#NuitDebout : comment Periscope participe au succès du mouvement

SOCIÉTÉ

DIRECT LIVE - La Nuit Debout émerge et s’étend dans toute la France, puissamment appuyée par les réseaux sociaux. Pour la première fois dans l'histoire des mobilisations citoyennes, chaque matin, les médias font le décompte des participants "physiques", mais aussi de ceux qui ont suivi le mouvement de chez eux, via Perisocope. Comment cette nouvelle application, via un internaute, Rémy Buisine, a popularisé ce mouvement ? Eléments de réponse.

D’un coup, il est devenu un des visages de cette mobilisation qui se veut sans chef. Il s’appelle Rémy Buisine, il a 25 ans, il est community manager pour une radio musicale. Il se rend place de la République depuis les débuts du mouvement "Nuit Debout", emmené par ces citoyens mobilisés contre la loi Travail et qui, le 31 mars au soir, n’ont "pas voulu rentrer chez eux".

Rémy Buisine est curieux. Il a entendu parler de ça, alors il est venu, a vu, a tendu son smartphone à bout de bras, et diffusé ce qu'il se passait sur Periscope, application qui permet à chacun de suivre un événement en direct tout en le commentant. Rémi filme "sans filtre", un "live sans parti pris", explique-t-il à metronews. Des heures de direct qui transforment la place de la République en une immense agora 2.0.

Il aurait fait crasher Periscope

Periscope, c'est encore nouveau, beaucoup utilisé par les ados. En France, l'appli est devenue célèbre  après le buzz autour du footballeur du PSG Serge Aurier , qui y avait traité son entraîneur, Laurent Blanc, de "fiotte". Une anecdote bien à l’image de ce qui circule sur l’appli lancée par Twitter : des vannes, des clashs, des "lol" et "mdr". Mais elle a atteint un nouveau stade de popularité - et d'intérêt médiatique - dimanche soir, quand le compte de Rémy Buisine a littéralement explosé : pendant la nuit, son live a atteint un pic de 80.000 connectés, pendant les 4 heures de la retransmission.  Près de 400 000 connectés au total sur la soirée. Au point que, rapportent certains, il aurait fait "crasher" l’appli. Forcément, ça interpelle. Même lui. "En live, je voyais les connections qui n'arrêtaient pas de monter. J'ai compris qu'il se passait quelque chose."

Regarder le live de Rémy sur Nuit Debout , c’est comme passer la soirée à ses côtés. Il nous prend par la main et nous emmène, toutes les fins de journée, place de la République. Comme un passant qui débarque, il pose des questions simples : "Qu’est-ce que vous faites ? Comment vous êtes organisés ? C’est quoi ces signes quand vous communiquez en AG ?". Et puis, il ouvre ses oreilles. Nous montre les AG, les intervenants qui se succèdent, pour "faire le point sur les luttes". Discret, mais bien présent.

Les médias en prennent pour leur grade

En bas à gauche de l'application, défilent les commentaires des connectés. Ça va de : "Notre mouvement doit être européen" à  : "Dommage, on ne voit rien. Personne n’a un projo ?". Il y a, aussi, des adresses à la foule : "Arrêtez de crier, on n'entend pas" ; Des soutiens de toute la France s'affichent : "Nantes est avec vous", "On vous soutient dans le 65". Forcément, ça part un peu dans tous les sens. Mais certains idées-forces se dégagent clairement, comme la critique faite aux médias "traditionnels" :  "Boycott médias", "Vive Rémy en live", "Il montre ce qu’ils ne montrent pas", etc.

De temps en temps, Rémy prend la parole. Livre ses impressions, et fait des petits coups de pub :  "Vous êtes maintenant 29 000 sur ce live ! C’est très impressionnant ! Partagez-le !" Et quand il s’arrête, à la fin de la soirée, c’est que sa batterie a lâché...


A Nuit Debout, Periscope est devenu un instrument de mobilisation. Au point que, désormais, dans les décomptes matinaux des médias, les chiffres de la manifestation "physique" sont additionnés à ceux de l'audience générée par Periscope... Et, peut-être bien que le live de Rémy a amené du monde, à République : "Le dimanche soir, des gens m'ont dit qu'ils étaient au fond de leur lit, et qu'ils étaient venus après avoir vu le Periscope. Certains ont fait 20, 30 km !" Periscope nourrit Nuit Debout, et inversement. Les promoteurs du mouvement l'ont bien compris, et se montrent enchantés par cet inattendu coup de pouce virtuel. "Les internautes ont aussi vu les hashtags NuitDebout, ou encore 32Mars, 33Mars. Il y a eu un effet de curiosité, ils viennent voir."

Rémy Buisine se décrit comme un curieux. Il refuse l'étiquette de "militant", mais a déjà été bien exposé médiatiquement  ( TF1 , Le Monde , Le Grand Journal, ou encore Rue 89 .) Et ça ne plaît pas toujours. Comme le montre la pique de la militante Caroline de Haast, autre "figure" de lutte contre la loi Travail au travers d'une pétition qui a rassemblé plus d'un million de signataires sur le site Change.org .


"Gérard Holtz presente le Téléthon"

D’ailleurs, ce "live sans filtre" peut-il durer ? Si Rémy Busine est encensé par ses fans, d’autres regrettent la neutralité, voire la simplicité de son approche. Et considèrent dommageable que cette "porte d’entrée médiatique de masse" vers Nuit Debout ne soit pas davantage contrôlée. "C'est très dommage que le mouvement ne se soit pas approprié la diffusion de ses AG", regrette ainsi un internaute sur le forum d’Arrêt sur Images.  "C'est cool que Rémy Buisine se soit trouvé là avec son téléphone, mais il débarquait complètement dans ce milieu militant, et même s'il a fait preuve de curiosité, ses interventions étaient complètements incongrues. On était un peu entre 'Gérard Holtz présente le Telethon' et 'Nicolas Hulot découvre les Papous'. Qu'attendons-nous pour bâtir nos propres outils web ?"

Déjà, d'autres comptes, comme celui des Mutins de Pangée , un collectif audiovisuel au profil plus militant, propose lui aussi ses Périscope en direct de la place de la République. "J'ai décompté une vingtaine de Periscope, plus ou moins longs, sur Nuit Debout", raconte Rémy. Depuis quelques jours aussi, Convergence-des-luttes.org, le site officiel du mouvement, met en ligne les compte-rendus de ses AG . Le "38 mars", soit le 7 avril, elle a aussi lancé son canal de diffusion, la "TV debout" , qui mêle direct, interviews, plateau télé et commentaires.  Le mouvement se structure. Le début d'une bataille de la com' ? Rémy, lui, continue d'aller tous les soirs à Répu. Mais ne s'interdit pas d'arrêter les directs s'il estime avoir fait le tour. "Je suis en indépendance totale. Peut-être qu'à un moment je passerai à des live moins long, ou des comptes-rendus hebdomadaires. Et puis il va y avoir d'autres évènements que j'aimerais couvrir. Comme l'Euro de foot."

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