Objet "fascinant" ou de "désolation" ? La folie des hand spinners donne le tournis aux profs et directeurs d'école (et certains les interdisent)

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PHÉNOMÈNE DES COURS DE RÉCRÉ - A l'instar des cartes Pokémon, les toupies "Hand spinner" font fureur chez les écoliers. Mais ils n'hésitent pas à les manier en classe, prétextant qu'elles les aident à mieux se concentrer. LCI a interrogé des professeurs et chefs d'établissement confrontés à ces gadgets intrusifs, qui se révèlent sources de distraction et de tensions entre les élèves.

Le professeur débite sa leçon. Mais un bruit de roulement accompagne sa voix monocorde : celui d’une petite toupie qui virevolte sur les doigts de certains élèves. Lesquels n’ont d’yeux que pour elle, soucieux de la faire tenir en équilibre… 


Depuis quelques semaines, le Hand spinner est devenu la coqueluche des écoliers. Initialement, cette toupie à trois alvéoles était destinée aux jeunes ayant des troubles de l’attention, afin de les aider à stimuler leur concentration. Elle est toutefois devenue rapidement populaire chez les autres enfants. Au point que ces derniers n’hésitent pas à la ramener en cours pour la faire tourner au nez et à la barbe de leur enseignant. 


Alors que ces joujoux ont été interdits dans certaines écoles américaines, comment les professeurs et chefs d’établissement français réagissent-ils à leur déferlante dans les salles de classe ? "Mes élèves jouent presque tous avec des Hand spinners, nous confie Corinne G., institutrice dans un village de l’Hérault. Leurs parents leur ont expliqué que ce jeu était, à l'origine, destiné à aider des enfants ayant des troubles de l’attention. De ce fait, ils veulent tous y jouer en classe, prétendant souffrir de troubles similaires..." 

Des conséquences néfastes pour les élèves en difficulté

Mais pour Marc Deloménie, directeur de l’école Jules Ferry à Limoges, "ce qui aide à se concentrer, c'est l'ambiance générale de classe" et non pas une toupie. "Aujourd’hui, l’environnement stressant et bruyant de la ‘vraie vie’ ne favorise pas la concentration. Si vous parlez avec les enfants, ils ne se posent plus ! Il y a toujours de l'interaction. Ils ont peur d'être avec eux-mêmes", explique-t-il avant de s’alarmer : "Quand les élèves grandiront, s'ils n'ont pas appris à trouver en eux le moyen de se concentrer, passeront-ils au verre d'alcool ou plus si affinités ?". Dans son établissement, les Hand spinners sont confisqués, "comme tout objet n'ayant pas de rapport avec le travail en classe".


Selon Olivier Sauret, professeur de physique-chimie dans un collège parisien, l'usage de la toupie "ne détourne pas l'attention de ceux qui arrivent à se concentrer plutôt facilement" et "ne gêne pas le travail de groupe". En revanche, "un élève seul qui a du mal à se concentrer aura tendance à se réfugier sur son 'spinner' à la moindre difficulté", assure-t-il. Principal du collège parisien Pierre-Jean de Béranger, Fabrice Meunier renchérit : "C'est plutôt une source de distraction que de concentration pour nos élèves et nous, adultes de l'établissement, y voyons surtout un objet de désolation". 

Et le principal d’étayer son propos : "Cela affaiblit encore plus nos élèves les plus fragiles car faire deux choses en même est trop complexe. Par conséquent, ils zappent le cours pour se concentrer sur l'objet puisque c'est plus ‘facile’". En réaction, Fabrice Meunier a décidé d’interdire l’utilisation des toupies en classe. "Les professeurs principaux de chaque classe ont été chargés de l'annoncer aux élèves et d'essayer de leur faire comprendre le pourquoi de notre position", explique-t-il. 


Dans d'autres établissements, comme le montre le tweet ci-dessous, l'interdiction a été directement notifiée aux parents :

En vidéo

VIDÉO - Quatre choses à savoir sur le "hand spinner"

Il faut avouer que c'est très agréable de les faire tournerRachid Zerrouki, instituteur à Marseille

Pour ne rien arranger, le Hand spinner suscite aussi des tensions entre les enfants, assure à LCI Rachid Zerrouki, instituteur à Marseille : "Je les ai interdits car même si en soi ces objets ne me dérangent pas, ils créent de la jalousie entre ceux qui en ont et ceux qui n'en ont pas". Ainsi, si les élèves se défient pour savoir qui fait les plus belles figures avec la toupie, "il y a aussi une compétition plus malvenue, pour savoir qui a le plus beau Hand spinner et donc le plus cher", souligne l’enseignant.


Rachid Zerrouki comprend toutefois l’engouement autour de ces toupies. "Il faut avouer que c'est très agréable de les faire tourner", reconnaît-il. L’institutrice Corinne G. acquiesce : "Faire tourner ces toupies est assez fascinant. J’en avais une sur mon bureau ce midi et j’ai passé un bon moment, tout en corrigeant mes cahiers, à les faire tourner... machinalement". 

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