"On a affaire à des salopards" : le coup de gueule du Pr Yves Martinet contre les cigarettiers

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FILTERGATE - Une plainte déposée par le Comité national contre le tabagisme vise les filiales françaises de quatre cigarettiers. En cause : les tests réalisés pour mesurer les substances nocives.

Après le "dieselgate", en route vers le "filtergate" ? Ce vendredi 9 février, le Comité national contre le tabagisme (CNCT) annoncé avoir déposé une plainte le 18 janvier au parquet de Paris pour "mise en danger de la vie d'autrui", à l'encontre des filiales françaises des quatre grands cigarettiers, Philip Morris, British American Tobacco, Japan Tobacco International et Imperial Brands (dont Seita est une filiale). 

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Dans cette plainte, le CNCT accuse les majors du tabac de tricher sur les taux de goudrons et nicotine. Dans son viseur : "L'existence de minuscules trous" dans les filtres de cigarettes destinés à " falsifier les tests", en agissant comme un "système de ventilation invisible". Pour en savoir plus, LCI a contacté le Pr Yves Martinet, président du Comité national contre le tabagisme. 

LCI : L'existence de "trous de ventilation" dans les filtres à cigarettes n'est pas nouvelle. Pourquoi n’en parle-t-on qu'aujourd’hui ?

Pr Yves Martinet : Cela date en fait de la fin des années 50, au moment où les mesures du taux de goudrons et de nicotine ont commencé à être imposées aux Etats-Unis. Aujourd'hui, 97 % des cigarettes comportent des perforations invisibles du filtre. Nous avons aujourd'hui la certitude que ces minuscules trous servent uniquement à fausser les tests de mesure de quantité de nicotine. Selon les marques et les relevées qui ont été effectuées lors de précédentes études, la teneur réelle en goudron et nicotine inhalée par les fumeurs serait entre 2 et 10 fois supérieure pour le goudron et 5 fois supérieure pour la nicotine. Or, depuis le 1er janvier 2017, la mention des taux de goudron et de nicotine ne figure plus sur les paquets depuis l'apparition du paquet neutre.

LCI : Il y a donc clairement tromperie pour les consommateurs...

Pr Yves Martinet : L'objectif, c’est que les fumeurs absorbent des quantités de beaucoup plus importantes qu’ils ne le pensent. Et cela a pour effet de les maintenir dans l’addiction et la dépendance. De ce fait, il inhale également de très grandes quantités de goudron et de monoxyde de carbone. Selon les marques et les relevés qui ont été effectués lors de précédentes études, la teneur réelle en goudron et nicotine inhalée par les fumeurs serait entre 2 et 10 fois supérieure pour le goudron et 5 fois supérieure pour la nicotine. Ils fabriquent une drogue, qui est déjà très forte, et ils font tout pour la rendre encore plus puissante. L’idée est toujours de rendre les consommateurs encore plus accros. Il faudrait que les mesures soient faites non pas de manière mécanique, mais dans les conditions identiques de celles du fumage d’une cigarette.

LCI : Selon vous, les majors de l'industrie du tabac font donc tout pour rendre les fumeurs encore plus accros ?

Pr Yves Martinet : On a affaire à des salopards. Ils n’ont aucune morale. C’est le paradigme du capitalisme le plus pur. Ce sont des industries transnationales. Ils sont quatre et fonctionnent comme un petit cartel. Ils ne vendent qu’un produit, un produit qui est totalement inutile. On peut très bien vivre sans fumer. Et, d’autre part, c’est un produit qui tue. Et pour arriver à vendre ce produit qui tue, il faut arriver à en faire une promotion d’enfer.

LCI : Pensez-vous que la plainte va déboucher sur l'ouverture d'une enquête ?

Pr Yves Martinet : Les majors du tabac réalisent des dizaines de milliards d’euros par an. Nous sommes face à des transnationales qui sont extrêmement puissantes. Cependant, notre dossier est béton. D’autres procédures sont également en cours dans d’autres pays, comme en Suisse et aux Pays-Bas. L’objectif de la plainte que nous avons déposée au parquet de Paris est de remettre sur la place publique et de réexpliquer que cette industrie est criminelle et que les risques liés au tabagisme sont immenses et bien plus importants que ceux qu’on peut penser. Il faut arrêter de tromper les fumeurs, il faut qu’ils sachent vraiment ce qu’ils fument.

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