On a testé… Les Grands voisins, ce site qui veut réinventer la vie de quartier

SOCIÉTÉ

PLUS BELLE LA VIE – Dans le 14e, le projet des Grands Voisins a investi le site de l’ancien hôpital Saint-Vincent-de-Paul. Ici, se mêlent bar, associations, start-ups, et hébergements d’urgence.

L'endroit est répertorié dans les guides de sorties branchées. Les week-ends, les hipsters de la rive gauche y déboulent faire leur sortie. Ils franchissent la Seine. Pour arriver dans le 14e. C'est dire. Et pourtant, les Grands voisins, installés dans l’ancien hôpital Saint-Vincent-de-Paul, c'est bien plus qu'un bar branchouille. 

C’est aussi un lieu d’hébergement d’urgence, une pépinière de start-up, un recueil d’associations, un lieu de créations en tout genre, locaux d’artistes, et, depuis cet été… un camping. Le seul dans Paris. Les Grands voisins, c’est tout ça à la fois. Un joyeux bazar. Dur à résumer.

Dans les allées, ça va ça vient. Des jeunes lookés se sont arrêtés au bar La Lingerie. D’autres visitent, passent voir les ateliers d’artistes, glissent un pied à la brocante de l’entrée. Vont jeter un coup d’œil dans les potagers. Sont attirés par les cris, derrière : dans une allée, se dispute un match de cricket à vélo. Le public applaudit, les fesses sur des bottes de paille. Des enfants s’extasient sur le poulailler. S’étonnent dans la serre d’aquaponie, où poussent des salades alimentées par… les déjections de poissons. Derrière encore, s’étire une enfilade de tentes Quechua. Les gens vont, viennent, se baladent ou piquent un roupillon. Lieu de balade, de vie, d’échange, de mélanges, entre le squat et l’institution. C’est tout ça, les Grands Voisins.

L’histoire a commencé en juin 2015. L’hôpital Saint-Vincent-de-Paul est désaffecté, promis à la démolition en 2018. 6 700 m2 de friches, en plein Paris. A la place, doivent y pousser des logements écolos. Mais en attendant, trois associations ont obtenu de s’y installer : Yes We camp, qui construit des équipements temporaires et artistiques dans des espaces partagés ; l’association Aurore, qui développe des hébergements d’urgence ; et Plateau Urbain, qui assure la coordination technique. Le tout, avec la bénédiction de la Ville de Paris. 

L’idée : ouvrir l’endroit aux start-ups, assos, artistes, et personnes en difficulté. Mélanger tous ces publics. Et développer une autre manière de vivre le quartier, et le voisinage. « Derrière le nom des Grands Voisins, il y a l’idée que tu es un voisin, un humain avant d'être le dirigeant d'une structure ou un travailleur, et qu’on peut faire de chouettes rencontres et partager nos compétences. C’est peut-être un peu bisounours, mais on y croit ! », raconte Aurore Rapin, de Yes We camp. Surtout, elle insiste : « Les Grands voisins, c’est avant tout un projet social, et pas qu’une machine à cash. » Un petit tâcle à Grand Train, lieu de sortie branché installé dans le 18e, sur une friche SNCF. « Nous, on n’ouvre au public que cinq jours par semaine, pour garder du temps entre nous, un aspect village. »

Aujourd’hui, environ 600 personnes vivent ou travaillent sur le site de l’ancien hôpital. « Il y a de tout, un sérigraphiste, un urbaniste, des réalisateurs de documentaires, des associations comme les Petit Débrouillards, des personnes en dispositif d’insertion », énumère Aurore. A cela, se mêlent aussi les visiteurs le week-end, des jeunes fêtards en soirée, des touristes qui viennent tâter du camping…. « On essaie d’avoir la mixité la plus forte possible, de faire cohabiter des publics qui n'ont pas forcément l'habitude de se croiser, des gens qui ont du temps, l’envie de découvrir d’autres cultures ».   

Et si au début, les relations de voisinage ont été timides, des interactions commencent à se créer. "Ca prend du temps d'apprendre à vivre ensemble ", reconnaît Florie Gaillant, de l’association Aurore. « La mixité sociale ne se décrète pas. On propose des cadres, et les gens prennent ou pas. » Un tas de petite initiatives sont lancées, pour aider les gens à se rencontrer. « On organise des barbecues, on a une guinguette ambulante qui tourne sur le site, des ateliers jardinage », détaille Aurore. « On fait des apéros de bienvenue pour chaque arrivant. En janvier, on a lancé le Conseil des grands voisins, pour ouvrir au maximum le pilotage du projet aux structures qui sont là. »  Bref, ils mettent une belle énergie à créer ce nouveau quartier. 

Reste que tout ça est éphémère. En 2018, les bâtisseurs investiront les lieux. C’est dans le contrat. Mais pour Aurore, c’est aussi cet aspect qui est intéressant. « Forcément, ça conditionne la manière dont on investit l’espace. On met une énergie dans les projets qu’on ne mettrait pas si on y restait 10 ans. Mais du coup, on teste plein de choses, on met en place des systèmes hyper simples, qu’on abandonne ou ajuste si ça ne marche pas. » Pour Simon Lainey, président de Plateau Urbain, cette occupation est même une nouvelle manière d’occuper le territoire, qui commence à être acceptée. « Il y a cinq ans, la Ville de Paris aurait préféré murer les lieux, et mettre un gardien en attendant les travaux. Nous, on veut montrer qu’il faut au contraire investir ces espaces intercalaires, ouvrir ces lieux : ça permet aux start-up de se lancer, aux associations de mettre leur subvention ailleurs que dans des loyers, aux artistes de ne pas se faire virer s’ils sont en squat. » 

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