On a visité un centre d’hébergement d'urgence de migrants à Paris

On a visité un centre d’hébergement d'urgence de migrants à Paris
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REPORTAGE – Où vont les migrants évacués des camps parisiens lorsqu'ils acceptent les propositions d'hébergement ? Metronews est allé visité un centre d'hébergement d'urgence, dans le 13e.

Dans quelles conditions les migrants évacués des camps parisiens, celui des jardins d’Éole ou de la halle Pajol par exemple, sont-ils hébergés ? Metronews est allé pousser la porte d’un de ces centres d’hébergement d'urgence de la capitale. Une visite faite vendredi dernier, sous l'œil attentif d’un communicant de la Ville de Paris.

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Le centre que nous avons visité est situé dans le 13e arrondissement, à quelques centaines de mètres du périphérique (les autres se trouvent dans le 19e, à Pantin, la Défense ou plus loin encore). Un immense immeuble de 16 étages qui détonne dans un quartier en pleine mutation, où se mélangent vieilles constructions haussmanniennes et nouvelles à l’architecture moderne, presque futuriste. Le bâtiment en question trône comme un vestige des années 1970, au milieu des grues et des chantiers qui foisonnent aux alentours.

Un centre géré par l'association Aurore

À l’entrée, sur la pelouse laissée en friche, quelques rats font d'incessants allers-retours entre un point d’eau et l’ombre d’un buisson. À l’intérieur du bâtiment, qui appartient au bailleur social de la SNCF et qui est géré par l’association de lutte contre l'exclusion Aurore , le hall et les bureaux administratifs semblent dater d'une autre époque. Ici, quelque 220 personnes se côtoient au quotidien.

"Sur les 220 personnes que nous accueillons, la moitié sont des migrants évacués des camps depuis le début du mois de juin", explique M. Caliskaw, le directeur du centre, l’autre moitié étant constituée de familles en grande précarité. Les résidents les plus récents sont arrivés vendredi, après l’évacuation partielle du camp de Pajol , dans le 18e arrondissement de Paris.

Des règles de vie commune

Le directeur semble ravi de faire visiter son centre d’hébergement, et résume humblement ses missions en cinq mots : "Accueillir, héberger, nourrir, vêtir, orienter". Le bâtiment est défraîchi et il le sait : les ascenseurs sont vieillots, les murs auraient besoin d’un grand coup de peinture, les sols sont usés par les passages répétés. Malgré cela, l’homme et ses équipes semblent dévoués corps et âme à ses résidents.

À leur arrivée, les migrants sont informés des règles de vie commune : pas question de faire n'importe quoi. La violence physique ou verbale n'est pas tolérée, de même que les absences de plus de 3 jours, sous peine de perdre sa place dans le centre. Le soir, le retour avant 22 heures est la règle, même si les rentrées plus tardives peuvent se faire.

Un confort sommaire

Au rez-de-chaussée se trouvent le hall d’accueil et le réfectoire. A l’étage, les chambres. Chaque migrant à sa clef. Le confort est spartiate, l'équipement minimum : 13 m² pour une personne, 30 m² pour trois personnes. Un lit par personne, une étagère, une petite salle de bain.

Combien de temps les migrants peuvent-ils rester dans ce centre ? Si à chaque évacuation couplée à des propositions de relogement, l’Ofpra, l’Office français de protection des réfugiés et apatrides, assure qu’il s’agit de solutions durables, la pérennité est liée aux démarches de demande d’asile. "Si au bout d’un mois, les migrants n’ont pas commencé ou n’ont pas voulu faire de démarches pour demander l’asile en France…", ils seront mis à la porte, explique le directeur du centre, qui use de circonlocutions pour ne pas dire "mis dehors" et préfère faire valoir les solutions d’accompagnement qu’il peut mettre en œuvre. Les migrants qui arrivent au centre et qui ont déjà fait une demande d’asile ailleurs en France ne peuvent pas rester non plus, précise le directeur. Ils sont alors raccompagnés vers la sortie et "invités" à regagner la ville où ils ont fait leur demande d’asile. Le tout, par leurs propres moyens. Quant à ceux qui demandent l’asile – environ 80 % d’entre eux –, "si les démarches sont faites, d’autres dispositifs d'hébergement de l’État pourront ensuite prendre la relève comme l'accès à un Cada, en centre d’accueil pour demandeurs d’asile", précise le directeur. En moyenne, le temps d'attente pour avoir une réponse à une demande d'asile est de un an.

Adama est de ceux-là. Arrivé vendredi dernier dans le centre d’hébergement – il se dit "content" –, ce Malien de 25 ans a engagé les démarches pour demander l’asile en France, pour fuir un pays où il dit être persécuté, ainsi que sa femme. Si cette dernière est arrivée dans l’Hexagone en 2012, lui n’a pu rejoindre Paris qu’en avril dernier.

Il a connu presque tous les camps, et presque toutes les évacuations. D’abord à La Chapelle, sous les rails du métro aérien, puis brièvement à la caserne de Châton-Landon avant d’atterrir à Éole, puis à Pajol. Lors de l’évacuation du campement des Jardins d’Éole, le 19 juin dernier, il a accepté les solutions de relogement proposées. Avant de déchanter. "On nous a emmenés dans un ancien centre de rétention, à Vincennes, avec des grillages et des barbelés. J’ai refusé de rentrer et je suis reparti". Effrayé par ces locaux, il rejoindra alors la halle Pajol, où un nouveau camp a émergé peu après l’évacuation des jardins d’Éole.

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Amada veut reprendre ses études de droit

Lorsque Pascal Brice, le directeur de l’Ofpra, est venu présenter des solutions de logements aux migrants installés à Pajol, vendredi dernier, l’enthousiasme avait fait place à la méfiance, comme le souligne Le Monde . "Il y a eu beaucoup de promesses et de trahisons, des solutions d’hébergement qui devaient être pérennes et se sont révélées temporaires", assure Amada.

À la rentrée, ce jeune Malien ne sait pas exactement où il sera. Mais il compte bien rester en France, avec sa femme et son fils. Outre les démarches de demande d’asile, il a entamé des procédures d’inscription à la fac de droit de Nanterre, les études qu’il suivait au Mali. Il espère bien que celles-ci aboutiront et qu’il pourra s’asseoir sur les bancs de la fac en septembre.

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