"On attend notre fille depuis 4 ans et demi" : après le gel des adoptions, des orphelins oubliés en RD Congo ?

"On attend notre fille depuis 4 ans et demi" : après le gel des adoptions, des orphelins oubliés en RD Congo ?

COMBAT – A partir de l’année prochaine, les adoptions d'enfants congolais par des Français seront suspendues. Problème : il ne reste donc plus que quelques jours pour rapatrier des orphelins d'ores et déjà adoptés… mais toujours sans nouvelle de leur visa.

Au début de l’année 2011, Irène et Denis Grelier sont devenus des parents comblés. Leur petite fille née en République démocratique du Congo (RDC), Miradi, arrivait alors à la maison après de longs mois de procédure d’adoption. "Miradi, ça veut dire ‘miracle de la vie’ en congolais, alors on a gardé ce prénom" confie son père à LCI, ce vendredi 2 décembre. S’il prend la parole aujourd’hui, c’est qu’Irène et lui attendent la petite sœur de Miradi… depuis quatre ans et demi. 

La sœur biologique de leur première fille avait deux ans lorsque la procédure d’adoption a commencé. Depuis, la fillette n’a pas quitté l’orphelinat de Kinshasa, que Miradi avait fréquenté avant elle. "Nous avons facilement obtenu notre second agrément, en 2012" précise Denis. "Les autorités françaises et congolaises nous encourageaient dans le choix de ce regroupement familial. Et puis comme beaucoup de parents, nous avons subi le blocage des adoptions en RD Congo jusqu’en avril dernier." A l’époque, en effet, la RDC stoppe plusieurs dossiers et avec eux, de nombreux enfants adoptés et promis à une famille française. 

Visa refusé

Mais la vraie douche froide arrive en août dernier pour le couple Grelier : la demande de visa pour rapatrier la sœur de Miradi est rejetée par la Mission d’Adoption Internationale (MAI), organe rattaché au Quai d’Orsay. La raison ? Des "doutes quant à l’adoptabilité" de la petite fille. Une décision "injuste et non justifiée" assènent les parents, qui pointent du doigt la toute récente suspension des adoptions entre la France et la RDC 

L’annonce officielle, en effet, est tombée le 24 novembre dernier. Par voie de communiqué, le quai d’Orsay a fait savoir que "compte tenu des irrégularités constatées depuis des mois dans les dossiers d’adoption en République démocratique du Congo, les adoptions internationales" étaient suspendues, à compter du 1er janvier 2017. 

"Quelle identité pour ces enfants ?"

Seulement voilà. Dans les orphelinats congolais, restent encore, à l’image de la petite fille d’Irène et Denis, une cinquantaine d’enfants adoptés par des Français. Parmi eux, vingt-sept enfants sont sous la responsabilité de l’organisme "Vivre en famille", une ONG autorisée à l’adoption au Congo. Auprès de LCI, une porte-parole détaille : "Nous craignons que ces enfants ne restent à jamais dans leur orphelinat." Et de poursuivre : "Sous quel patronyme ces enfants, qui portent déjà le nom de leurs parents adoptifs français, vont-ils grandir ? Faut-il que les parents demandent la révocation de l’adoption ? Dans ce cas, quelle identité ces enfants vont-ils retrouver ?"

Beaucoup de questions auxquelles Céline Boyard, avocate au barreau de Paris, tente de répondre. Pour celle qui suit ces dossiers d’adoption depuis longtemps, "la France reproche au Congo des irrégularités alors qu’il lui arrive à elle aussi de se tromper". Et estime dommage qu’il n’y ait pas "une coopération plus grande entre ces deux pays. Cette situation ubuesque, difficilement compréhensible, ressemble à une forme de pression sur le Congo pour qu’il ratifie la convention de La Haye en matière d’adoption internationale."

Un prochain recours en justice ?

Le Quai d’Orsay, sur son site Internet, précise d’ores et déjà que "les familles ne l’ayant pas encore fait peuvent déposer une demande de visa". Mais ne donne pas d’information à l’adresse des parents soudainement déboutés dans ce contexte trouble. Sollicité par LCI ce vendredi, le ministère des Affaires étrangères n’a pas encore répondu à nos questions complémentaires. 

En attendant, Irène et Denis ont effectué un recours auprès de la MAI et sollicité Jean-Marc Ayrault sur la question. En vain, pour le moment. Selon Céline Boyard, les parents dans la situation d’Irène et Denis devraient avoir à passer par le tribunal administratif pour espérer un jour réunir Miradi et sa jeune sœur. 

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