"On en a compté 200 à vue de nez à côté de la tour Saint-Jacques" : les rats pullulent dans Paris

"On en a compté 200 à vue de nez à côté de la tour Saint-Jacques" : les rats pullulent dans Paris

BON APPÉTIT - Paris fait face à une recrudescence importante, mais récente, de rats. Pour y remédier, la Ville a lancé un vaste plan d’action. Il prévoit notamment la fermeture et le nettoyage de jardins et d'une partie du Champ-de-Mars, mais aussi des actions sur le plus long terme.

"Les rats s’installent à la tour Saint-Jacques. On en a compté 200 à vue de nez, hier soir vers 18 h, rien que  côté grille rue de Rivoli, qui se pressaient dans le jardin de la Tour Saint-Jacques. Pourquoi cette prédilection ?" Le petit texte a été publié la semaine dernière sur le blog de Vivre le Marais, association des habitants du quartier, assorti d’une photo, montrant une dizaine de rats en train de fureter derrières les grilles d’un jardin, en plein cœur de la capitale. 

Les rats sont donc dans Paris. Et de plus en plus nombreux. Sur internet, pas besoin de remonter bien loin, pour trouver des témoignages de passants, qui ont croisé le chemin d’un rat, vivant ou mort. 

La Ville de Paris confirme cette "recrudescence récente de rats", depuis quelques mois. D’après les observateurs, ces rongeurs ne se montrent pas agressifs. Mais, c’est leur grand nombre, et les problèmes d’hygiène qui en découlent, qui interpellent. Car même si la peste n'est –heureusement – plus d’actualité, les rats peuvent être porteurs de maladies transmissibles à l’homme. Mais ils causent aussi de gros dégâts, en rongeant tout ce qu’ils trouvent. Seuls le béton et la brique leur résistent.

Si l'animal se développe autant, c’est d’abord parce qu’il est attiré par les déchets qui peuvent s’entasser, mais aussi car certaines caractéristiques de l’aménagement urbain sont pour lui de véritables nids douillets : les zones de chantier, les espaces verts qui se multiplient, ou encore les corbeilles, pensées pour la lutte contre le terrorisme mais dont il peut facilement percer et atteindre le contenu. 

Le Champ-de-Mars va être fermé

Face à l’inflation de rats autour de la tour Saint-Jacques et du jardin des Rosiers, le maire du 4e Christophe Girard avait mis le sujet à l’ordre du jour de son conseil d’arrondissement, le 29 novembre dernier. Le jardin a été fermé pour une opération de dératisation, via des boites d’appâtage et des blocs de produits empoisonnés. 

De son côté, l'Hôtel de Ville vient de lancer un "plan d’action à grande échelle". Eradiquer complètement les rongeurs est cependant impossible, reconnaît la municipalité. Il s’agit donc surtout de limiter "significativement" leur présence, notamment en "éliminant les rats dans les parties en sous-sols des immeubles bâtis et dans les zones de travaux, en ciblant la population vivant à la surface". Comment ? Les services de la Ville posent des boîtes à trous, contenant des appâts anticoagulants, et rebouchent les terriers. 

Pour traiter au mieux, les zones les plus touchées sont déjà fermées : les squares Cambronne et Garibaldi (15e), le jardin Villemin (10e), le square Langlois (11e). Le square de la Roquette et le boulevard Richard-Lenoir vont l'être également. Le Champ-de-Mars sera fermé par parcelles, successivement. La fermeture permet à la Ville non seulement de poser ses boites, mais vise aussi à empêcher que les passants donnent de la nourriture aux bêtes, entretenant sans forcément sans rendre compte la catastrophe sanitaire. 

La difficile gestion des rats en milieu urbain

Un plan d’action de plus long terme va également être mis en place : installation de corbeilles inaccessibles aux rats, adaptation des horaires de passage des agents de propreté pour éviter que les déchets restent  dans l’espace public trop longtemps. Mais aussi des actions de communication pour inciter le public à adopter des comportements adaptés (pas de nourrissage, dépôt des déchets alimentaires dans les corbeilles prévues à cet effet, vigilance lors de pique-nique…). 

Reste que la lutte contre les rats n’est pas qu’un problème parisien, loin de là. Comme en témoigne le séminaire international "Stratégie de gestion des rats en milieu urbain" accueilli par la Ville en juin dernier. L’occasion de se rappeler que le sujet n'est pas nouveau : la première de ces conférences mondiales de lutte contre les rats a eu lieu... en 1897 à Venise. A l’époque, les intervenants cherchaient à empêcher le rongeur de s’installer et essayaient de l’éradiquer. Un siècle plus tard, l’animal, qui détecte les pièges et résiste aux poisons, a montré qu’il savait bien se défendre. On parle désormais ainsi de "gestion raisonnée"... Paris compterait aujourd'hui environ deux rats par habitants : l'idée est donc de ne pas les laisser trop se développer. Enfin, essayer.

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