Pour éviter un "musée à ciel ouvert", les locations Airbnb bientôt interdites dans le centre de Paris ?

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LOGEMENT - C’est la proposition de l’adjoint parisien au Logement Ian Brossat pour lutter contre les appartements inoccupés. Il souhaiterait aussi interdire les résidences secondaires à Paris.

Airbnb et Paris, c’est un combat qui dure depuis déjà longtemps, à coups de restrictions, de négociations, de partenariats, de compromis. Cette fois-ci, les couteaux semblent à nouveau tirés : c’est désormais l’interdiction totale qui est envisagée. L'élu parisien Ian Brossat, adjoint au logement de la Ville de Paris, semble même faire de Airbnb son ennemi personnel. Il demande ce jeudi aux législateurs d'interdire les locations d'appartements entiers via Airbnb dans les quatre arrondissements du centre (Ier, IIe, IIIe et IVe)", et n’autoriser que la location de chambres, comme aux premiers temps de la plateforme. 

Ces arrondissements, situés à proximité des sites touristiques de Notre-Dame-de-Paris, du Louvre ou de l'Opéra, sont en effet particulièrement ciblés par les locations de plateforme. En cause, déplore l’élu, deux dérives :  l’"explosion des locations illégales" et le "manque de logements", provoquées par la croissance exponentielle des locations meublées de courte durée. 

Est-ce qu'on veut que Paris soit une cour de récréation pour des milliardaires saoudiens ?Ian Brossat

L’élu s’alarme du fait que Paris se vide. "Un logement sur quatre ne sert plus à loger des Parisiens", explique l’adjoint communiste. "On ne peut plus accepter qu’ils soient transformés en meublés touristiques ou en résidences secondaires occupées deux semaines par an." Autre constat : en 2014, selon l'Insee, Paris comptait "environ 107.000 logements secondaires sur 1,1 million de logements à Paris". L’élu aimerait ainsi aussi la fin des résidences secondaires dans la capitale. "Est-ce qu'on veut que Paris soit une ville accessible aux classes moyennes ou une cour de récréation pour des milliardaires saoudiens ou américains ?", s'interroge-t-il. Il demande donc aussi aux législateurs d'"interdire l'achat de résidence secondaire à Paris".


Ses propositions, dévoilées jeudi par le journal Le Parisien et l'AFP, à l’occasion de la sortie d’un livre sur la plateforme  ("Airbnb la ville ubérisée"), dans laquelle il montre l’impact de Airbnb sur les loyers, la spéculation immobilière, la standardisation des commerces, la perte d’identité des quartiers, "n'engagent pas la maire de Paris Anne Hidalgo", précise-t-il. Des mesures existent en effet déjà pour tenter d’encadrer ces locations d'appartements à Paris. Elles sont limitées à 120 jours par an et par logement, et les contrôles ont été renforcés. Montreraient-elles leurs limites ? Voire leur inefficacité ? Quoi qu’il en soit, l’adjoint au logement estime qu’il faut aller plus loin, et que ses mesures supposent un changement législatif, qu'il espère voir adopter lors des débats sur la loi logement Elan, à l'automne.

Des quartiers entiers transformés

Ian Brossat pointe les effets en cascade de la plateforme. "De plus en plus de professionnels achètent des appartements, voire des immeubles entiers, pour les transformer en machine à cash", explique-t-il au Parisien, chiffrant le nombre de "logements perdus" depuis cinq ans à 20.000. "Si on ne fait rien dans le centre, il n'y aura plus d'habitant : comme sur l'île Saint-Louis, on va finir par avoir un nombre d'habitants en déclin, des commerces de bouche transformés en boutique de fringues ou de souvenirs", prévient-il. "On sera dans un musée à ciel ouvert !"


De plus en plus de villes dans le monde, comme Berlin, Barcelone, Amsterdam, accusent Airbnb d'accentuer la crise du logement en incitant les propriétaires à louer à des visiteurs de passage plutôt qu'à ses résidents permanents. Mais les armes sont difficiles à trouver, pour se défendre. En août, la ville de New York a pris un arrêté obligeant la plateforme à communiquer à la mairie la liste des transactions effectuées pour des logements dans la ville.

C’est un peu le combat de David contre GoliathIan Brossat

Ian Brossat, qui est également chef de file du PCF aux élections européennes, assure que Airbnb, dont le "lobby susurre tous les jours à l’oreille de la Commission européenne", sera l’un des grandes causes de sa campagne. "C’est un peu le combat de David contre Goliath, mais nous finirons par gagner cette bataille", dit-il. "Car cela pose une question simple : est-ce que les infirmières, assistantes maternelles, policiers ou cadre ont encore le droit de vivre à Paris ?"

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